
99% d’un fleuve coule vers la mer.
La science l’atteste et le prouve.
La géographie ausculte ce fleuve, détermine l’ampleur de son débit, nomme ses affluents, décrit les paysages qu’il traverse et les méandres que ceux-ci engendrent.
Ce fleuve charrie son histoire, ses pêches, ses naufrages, ses baptêmes.
Des romans, des peintures, des photos le racontent.
Ce fleuve irrigue, nourrit, invite aux campements, aux villages, aux villes. Il porte ceux qui le traversent, le descendent, le remontent, tout comme ceux qui s’évadent. Il suscite des ponts, des passerelles.
Le fleuve, c’est aussi une flore, une faune, une vie.
Enfin, sans surprise, mais avec toujours un émerveillement renouvelé, ce fleuve va féconder la mer.
1% du fleuve reste pourtant inconnu, échappe à toute science, file, passe. Qui est-il, où va-t-il, à l’insu de tous ?
À l’insu de tous ?
Presque.
Ce qu’il est, où il va, seuls les poètes en rendent compte et chantent le saisissement de ses eaux, ses rives arpentées, l’impassibilité passagère de son humeur, sa lamentation obstinée, ses marées, ses chagrins ignorés, un rythme, un chant, une langueur.
Ce 1% des fleuves est ce dont la poésie est faite, cette part intouchée du monde, ce trésor à jamais non cartographié.




