
Á Marjane Satrapi
Parlons d’un sujet qui m’intéresse au plus haut point, l’amour. Il n’échappe pas à son lot de généralités, de lieux communs et de conneries sans nom.
Ainsi, plusieurs fois, on m’a demandé : « Tu crois à l’amour, toi ? », sous-entendu, tu crois à ces fables, à ces balivernes ? J’ai, en général esquivé la question tant j’étais consterné. Croire à l’amour ? Qu’est-ce que la croyance a à voir avec l’amour ? Devant un enfant qui tête sa mère poseriez-vous la question de savoir s’il croit au sein, au lait, à la faim ou même à sa mère ? On est amoureux ou pas, point. Si vous l’êtes, vous aimez, vous ne croyez pas.
Une variante: « Tu crois au grand amour ? ». Intéressant et informatif. Il existe donc une échelle, des gradations et donc sûrement un petit et un moyen amour. Fascinant ! Certains aiment donc modérément. C’est prudent en effet. Il ne faut pas exagérer ! En somme, ce sont des amoureux à la marguerite : « J’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout! ». Il suffit juste de tomber sur le bon pétale.
Autre tarte à la crème ridicule des sceptiques et des cyniques : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ! ». Je pense exactement l’inverse. Tout d’abord, celui ou celle qui demande des preuves d’amour n’est pas amoureux, il veut faire un investissement sûr avec des garde-fous. Qu’il se lance dans la finance, plutôt. En amour, il n’y a pas de garanties, pas de contrat. Toutes les soi-disant preuves que l’on pourrait donner peuvent être motivées par bien autre chose que l’amour. On peut donner des « preuves » pour séduire et coucher. Souvenez-vous du vicomte de Valmont. C’est un spécialiste des preuves. On peut aussi le faire par orgueil, par défi, par intérêt. Fiez-vous plutôt à votre cœur et à votre ressenti. Eh oui, on peut se tromper et être trompé. Eh oui quand on est vivant on peut mourir et quand il pleut on peut être mouillé. Ce sont les risques à encourir.
« Les histoires d’amour finissent mal, en général. » chantaient les Rita Mitsouko. Une fois encore, je ne suis pas d’accord et j’ai des exemples. Il existe des histoires d’amour qui durent et ce ne sont pas des exceptions (une pensée plus qu’émue pour Marjane Satrapi à qui je dédie cette chronique). Ensuite, un certain nombre d’histoires d’amour finissent, en effet, mais pas mal. Il n’y a aucune règle ou fatalité. Enfin, beaucoup de choses finissent, à commencer par la vie. Ce n’est vraiment pas une raison pour ne pas vivre. Je dirais même le contraire. Si l’amour est parfois bref, c’est une raison supplémentaire d’en profiter.
« Peace and love ! » disait les hippies, moqués par les cyniques. C’est pourtant un très beau programme. Mais les pessimistes ont toujours raison un jour. Annoncez une catastrophe, elle arrivera statistiquement. Ce jour-là, justement, vous fanfaronnerez, triomphant, au son de : « Je vous l’avais bien dit ! » et les gens vous approuveront en oubliant les centaines de fois où rien ne s’est passé.
Si je parle de pessimistes, c’est que la paix, aujourd’hui, est dans un sale état. Peut-être est-ce parce que, comme l’amour, il ne faut pas la prendre pour argent comptant. Il faut y tenir, la protéger et l’entretenir, et savoir qu’elle peut cesser, et tout faire pour qu’elle continue.
Il est vrai que notre vocabulaire, sûrement façonné par une morale judéo-chrétienne étriquée (pléonasme!), ne nous aide pas beaucoup. En effet l’expression « tomber amoureux » dit bien l’idée de déchéance qu’historiquement la société, forcément bien-pensante, lui attribuait, évidemment à tort. Quiconque a déjà aimé sait, au contraire, à quelles hauteurs cela l’a porté. La même expression peut être employée pour la maternité. On « tombe enceinte ». Là encore quelle conception (c’est le cas de le dire!) de l’enfant à naître !
Enfin, il y a les constats qui se veulent un peu désabusés : « Je n’aime plus comme à 20 ans. » . Comme c’est étonnant ! Quel scoop ! Avec l’âge on ne fait plus rien comme à 20 ans, courir, dormir, danser, boire, penser. Et alors ?
L’amour, vous n’y « croyez pas ? ». Pourtant, ceux qui n’en ont pas reçu sont marqués pour la vie, et ceux qui ne savent pas aimer sont vraiment à plaindre.
En attendant d’être amoureux, si vous ne l’êtes pas déjà, relisez des poèmes d’amour, et ne venez pas me dire que c’est mièvre, car c’est encore une fois la ritournelle de ceux qui ne peuvent pas aimer, ou de ceux qui ont peur, ne voulant ni perdre le contrôle, ni risquer un jour de souffrir.
Réécoutons Edith Piaf : « Sans amour, on n’est rien du tout ! ».




