Le « cas » Brigitte… Et que dit la psychanalyse ?

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Article publié en septembre 2018 dans le numéro 15 de Rebelle(s)

Sorte de Valéry Giscard d’Estaing réformiste, encore plus jeune (il avait 39 ans à son élection à l’Élysée), enfant ripoliné d’une bourgeoisie de pognon, Emmanuel Macron a le regard fixe et froid du lézard jupitérien imbu de lui-même. Il appartient corps et âme à une classe (le Tiers-Etat aisé) jusqu’à la caricature. Elevé par des jésuites les plus stricts (quand il rencontra le pape François, il n’oublia pas la bise de la soumission !), puis brillant énarque, Inspecteur des finances au service de la banque Rothschild (deux ans, comme associé-gérant), membre du Parti Socialiste de 2006 à 2009, adjoint du Président François Hollande lors de sa campagne victorieuse, après avoir été Ministre de l’Economie et des Finances, il donne sa démission et crée de toutes pièces un mouvement politique d’adhérents baptisés « En marche », dès 2016. Ensuite, profitant de la lente déconfiture annoncée de la candidature François Fillon, il ne participe pas aux Primaires, par choix tactique judicieux, et remporte néanmoins les élections présidentielles le 7 mai 2017 en écrasant sa dernière rivale, la conservatrice (réactionnaire?) Marine Le Pen (avec 66 % des suffrages exprimés). Il la surpasse dans un débat télévisé qui fera date devant l’Histoire.

Voilà bien l’itinéraire récent d’une réussite opportuniste, complète et éclatante. Cependant, l’homme, habile jongleur d’idées surtout philosophiques, demeure énigmatique sur sa nature profonde. Son mariage avec Brigitte Trogneux, professeur de Lettres classiques, son aînée de 24 ans, qui pourrait donc être sa mère comme modèle identificatoire, le rend encore plus insaisissable. Mais qui est-il au fond ? Et que peut décrypter le psychanalyste rebelle à son sujet ? Quand les rideaux du Réel seront levés, le scénario de la vérité n’aura pas fini d’étonner…

Enfant surdoué d’un couple de médecins aisés, perpétuel réformiste d’intention, Emmanuel Macron ne cessera jamais de consacrer sa vie au Dieu Mammon (qui personnifie les biens matériels dont l’homme se fait l’esclave).

Dans certains environnements familiaux plus que riches – celui d’Emmanuel Macron est de ceux-là – on se marie facilement et on divorce tout autant facilement. De toute façon, on s’incline volontiers devant la persuasion de l’argument capitaliste pour prendre une décision. Le libéralisme ultra n’a rien de très catholique sur ce plan. Ce qui est certain c’est que le bel Emmanuel au look d’éternel « bon chic bon genre bien élevé » apprit tôt à tenir compte, pour son avenir, des comptes bancaires de tous et de chacun, et de chacune. Sa biographie prouve qu’il ne recula devant nulle audace pour gérer sa propre surface commerciale ad hoc. Quant à ses primes amours, elles surent rejoindre les ambitions des adultes friqués de son milieu social à l’aise, sachant que l’argent ne peut qu’améliorer le bonheur, comme chacun sait.

Figure modèle enviée, issue d’une famille riche originaire du département de la Somme, Emmanuel Macron est volontiers présenté par les médias en France, grâce à de nombreuses émissions télévisées ou radiophoniques, comme une sorte de prodige innocent tombé du ciel de la Finance, en impeccable complet veston, et issu de la dernière pluie ambitieuse. In praxis, le jeune homme n’hésita guère à apparaître en magicien expert et à prétendre vouloir très tôt résoudre en même temps plusieurs problèmes épineux, surtout en gestion économique. Sur ce plan, sorte de Donald Trump aux petits pieds, Emmanuel Macron n’étonna personne dans son entourage proche en s’entendant plus tard avec l’actuel Président des Etats-Unis. Qui se ressemble s’assemble, surtout dans le royaume des fortunes affichées.

Le couple qu’il forme avec Brigitte demeure populaire, comme un lifting réussi. Personne, en fait, ne lui reproche d’avoir brisé l’entente d’une famille nombreuse et d’avoir éloigné le banquier, géniteur des 3 enfants de Brigitte…

Quoi qu’il en soit des apparences et de la Réalité, les épisodes de la jeunesse rayonnante et balzacienne de notre Président plaisent particulièrement à Paris-Match et aux lecteurs de Voici. Tout cela, en effet, rappelle à l’inconscient collectif de nos compatriotes l’affaire Gabrielle Russier qui émut en son temps même le Président Pompidou quand il apprit son suicide en 1969 à la suite de relations sexuelles avec l’un de ses élèves, adolescent de 15 ans en quête d’identification sur les planches de la vie.

D’une incontestable éloquence dont il ne tord jamais le cou, Emmanuel Macron a été « suspecté » longtemps d’avoir de fortes tendances homosexuelles mais il l’a démenti avec vigueur. Cette protestation ne l’a pas empêché de se faire photographier avec son épouse pour la fête de la musique lors d’une soirée «électro » avec des DJ en tee-shirt disant notamment « Fils d’immigrés, noir et pédé » ! Mais, après tout, Brigitte était présente aussi en veston rose, une main noire sur l’épaule…

Comme psychanalyste jungien, je ne peux m’empêcher de voir notre Président de la République tel un businessman jeune et dynamique, presque asexué à force d’élégance, et expert en communication souveraine et habile, compensant dans le sens jungien du verbe, par une hyperactivité spectaculaire et sans répit, une libido trop distante, voire probablement déjà indifférente. Mais Christian Rossi n’est pas Emmanuel Macron, bien évidemment. Et Brigitte n’est pas davantage Gabrielle Russier. Et puis, ce qui était interdit d’après la Loi au cours des années Pompidou ne l’est plus au 21ème siècle, puisque « notre » Président Macron lui-même a légalisé à 15 ans le passage à l’acte sexuel autorisé et consenti, entre une enseignante et un élève adolescent. Cela fait partie aussi des réformes, après tout.

La rentrée d’automne apportera-t-elle de nouveaux éléments, de nouvelles révélations, sur les mœurs du Jupiter énigmatique de l’Elysée ? De toute façon, comme l’écrivait André Gide, un des écrivains préférés du Président Macron : « On ne peut à la fois être sincère et le paraître ».

Jean-Luc Maxence

Pourquoi « En marche » ne marche plus ?

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Limbo 1 – © Eric Desordre

Le mouvement « En Marche » fondé par Emmanuel Macron connaît aujourd’hui une désaffection inquiétante chez les militants. Ce soi-disant nouveau parti fait-il réellement de la politique autrement ? Ou cache-t-il une vérité dont on ne veut pas parler ? Et quel rôle joue Brigitte Macron ?

De nombreux marcheurs ont quitté « En Marche » car ils ressentaient une absence sévère de démocratie interne, estimant même que son organisation politique était digne de l’Ancien Régime. A bien regarder les statuts d’ « En Marche », on peut être frappé par le manque de représentativité de la base militante. Cela ne s’est jamais vu dans un parti politique français. La liberté d’opinion et d’expression est complètement bafouée et aucune critique ne peut être émise contre le pouvoir et ses abus. Invraisemblable ! Certes, le mouvement a rassemblé de nombreux partisans grâce notamment aux réseaux sociaux. Mais les chiffres ne permettent pas de rendre compte de l’effet castrateur exercé sur les marcheurs qui, s’ils peuvent organiser librement des barbecues, des apéros ou encore des dîners-débats entre eux, demeurent malheureusement des militants novices auxquels on empêche de participer aux décisions du mouvement. Mais d’où vient cet effet castrateur ?

Une politique de la castration

L’hyperprésidentialisation actuelle de la République Française peut se comprendre à bien des égards comme une des manifestations du refus de l’angoisse de castration. Lors de son allocution devant l’Assemblée Nationale le 04 juillet 2018, le premier ministre Edouard Philippe ironisait d’ailleurs sur sa relation avec le président : « Je me sens mal, si mal. J’ai la boule au ventre tous les matins à l’idée de bosser avec ce castrateur ». L’ironie du premier ministre français en dit long sur la psychologie macronienne. On reconnaît le castrateur au fait qu’il ne s’est jamais plié à l’angoisse de castration et qu’il a toujours su maintenir son Moi infantile omnipotent. Les français ont pu s’en apercevoir lorsque le président a remis en place avec un ton moralisateur inouï un jeune collégien qui a eu l’impudence de l’appeler « Manu ». Les caméras ont ainsi pu filmer la puissance castratrice du président. Mais d’où provient-elle ? Les psychanalystes savent qu’il faut toujours commencer par analyser la cellule familiale. Première observation : le jeune président est très discret sur sa famille. Ses parents, Jean-Michel Macron et Françoise Noguès, sont tous deux médecins. Emmanuel est l’aîné d’une fratrie composée de sa sœur Estelle et de son frère Laurent qui sont également tous les deux médecins. Il est à noter que les parents d’Emmanuel ont perdu une petite fille avant la naissance d’Emmanuel. Du coup, il est à se demander si la disparition de cette sœur aînée n’a pas engendré au sein de la cellule familiale une névrose d’angoisse ?

Mais c’est certainement l’épouse du jeune président qui nous apporte le plus d’éléments. Le fossé générationnel qui sépare Emmanuel et Brigitte a bien entendu été le centre de discordes dans la famille. Si Brigitte Macron aime à déclarer que « le seul défaut d’Emmanuel, c’est d’être plus jeune qu’elle », on peut s’interroger quant à la place maternelle qu’occupe la première dame de France. Si Brigitte incarne une mère pour Jupiter et les!Français, il est plus que probable qu’elle dissimule également un aspect obscur. Il y a certainement une mère dévorante, une ogresse castratrice qui habite en elle. Ceci pourrait alors nous éclairer sur le comportement de notre président castrateur à son tour. Oui, il faut supposer que le président Macron est un jeune loup aux dents longues qui tire son ambition de son complexe de castration non résolu.

Le complexe de castration chez Freud

Que nous dit Freud sur la castration ? Si la médecine définit la castration comme une mutilation physique de l’organe reproducteur, la psychanalyse y voit plutôt une expérience psychique qui apparaît dès l’enfance. La castration, c’est ce moment particulier où l’enfant reconnaît la différence sexuelle, cet instant symbolique primordial où il rompt avec le sentiment illusoire d’omnipotence. Cette rupture est rendue possible par la distinction qu’il perçoit entre les hommes et les femmes d’un point de vue anatomique. L’enfant prend conscience des limites du corps. La psychanalyse nous dit également qu’il ne faut pas réduire la castration à un instant symbolique qui serait limité dans le temps. Si cette expérience psychique surgit très tôt dans l’enfance, il se répète inlassablement tout le long de la vie. D’ailleurs, l’analyse personnelle a pour fonction de faire revivre consciemment cette expérience de la castration que nous avons tous tendance à refouler. Accepter la souffrance qu’implique la perte de l’omnipotence et les limites du corps, tel semble être l’un des objectifs de la cure analytique.

C’est en 1908 que Freud décrit le complexe de castration à partir du cas clinique du petit Hans. On peut repérer 4 étapes majeures dans le complexe de castration chez le garçon qui diffère sur plusieurs points chez la fille.

1) Dès son plus jeune âge, le garçon s’invente une croyance : tout le monde est doté d’un pénis.

2) Les parents mettent en garde le garçon contre ses désirs incestueux. Freud lie le complexe de castration au complexe d’Œdipe. La menace de castration est le dispositif psychique que les parents utilisent pour faire comprendre au garçon qu’il risque d’être dépossédé de son pénis s’il continue à vouloir destituer son père et posséder sa mère. Les menaces verbales et les multiples interdictions visant à restreindre la libido infantile vont ainsi former le « surmoi », l’ensemble des barrières psychiques qui permet de contenir le « ça », le réservoir des pulsions inconscientes.

3) Plus le garçon découvre la zone génitale, et plus il réalise l’absence de pénis. Mais la croyance du garçon est tenace. Il refuse le principe de réalité et se forge une autre croyance : les filles ont un petit pénis qui grandira plus tard.

4) La croyance du garçon s’éteint lorsqu’il fait le lien entre les femmes d’âge mûr sans pénis et sa mère. L’angoisse de castration surgit et se concrétise lorsque la perception de l’absence de pénis chez la femme est associée au rappel des menaces parentales concernant les pratiques auto-érotiques et les désirs incestueux du garçon.

Freud nous explique que les désirs incestueux sont maîtrisés sous les effets de la castration. C’est l’angoisse de castration qui contraint le jeune garçon à accepter la loi du Père, à renoncer au désir incestueux avec la mère et qui met ainsi fin au complexe d’Œdipe. Cette crise est essentielle car elle permet l’identité masculine du garçon. Elle a été féconde puisque le garçon a apprise à gérer sa frustration et à engendrer ses propres limites.

Le conflit oedipien d’En Marche

Au regard de sa soif de pouvoir et de son amour indéfectible pour Brigitte (mère substitutive et castratrice), il est certain qu’Emmanuel Macron n’a pas résolu son Œdipe et son complexe de castration. Il persiste dans une relation castratrice qu’il a certainement vécue avec sa mère génitrice et devient lui-même castrateur par refus de perdre son Moi infantile omnipotent.

La non résolution oedipienne d’Emmanuel Macron ne peut que plonger son mouvement politique dans la même impasse. Il y a un effet direct sur la personnalité de Jupiter mais aussi sur le mouvement « La République En Marche » qui se fonde finalement sur la non résolution oedipienne d’Emmanuel Macron et non sur une conviction politique. Il n’y pas de logique partisane ou de militantisme politique dans ce mouvement. Il y a chez les adhérents un transfert sur le couple Macron. S’il existe un sentiment d’appartenance politique, il faut dire qu’il est aussi évanescent qu’un Big Mac.

Frédéric Vincent

Le musée des arts politiques premiers, par Lucien de Samosate

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Masque du Marais – © Eric Desordre

Visiter le musée des arts politiques premiers est un régal. Parmi une profusion d’objets hétéroclites, on trouve des maroquins de diverses époques, des couronnes de lauriers flétris, des promesses empaillées et des calices d’amertume pour défaite électorale, mais on peut y admirer, surtout, une collection de masques unique. On sait que les masques servent soit à cacher son identité, soit à prendre celle d’un autre. Ils sont autant appréciés du personnel politique que du théâtre latin où on les appelait « persona ». Ils possédaient un grand trou au niveau de la bouche pour faire porter la voix, élément fondamental face au public des jeux du cirque et des salles des fêtes. Pour jouer la tragédie, par exemple lors d’un décès ou à la suite d’un crime national, on trouve des masques affligés, et pour jouer la comédie de la sympathie, des masques grotesques. On peut ainsi faire face à toutes les situations. Dans la salle réservée aux arts politiques premiers, ces deux types de masques sont largement représentés et, parmi les comiques, les masques les plus réussis sont certainement ceux qui servent à « faire peuple ». Il y en a un qui a les joues en accordéon, un autre avec des lèvres de tête de veau, un troisième qui chante « … et moi, et moi, et moi, c’est du sérieux », un autre encore avec des yeux en roue de scooter, mais le plus rigolo, c’est encore celui qui a les oreilles qui bougent quand on lui joue du rap d’autant plus qu’à ses côtés il y a un vieux masque flétri qui se trémousse. Je ne saurais que trop vous recommander d’aller visiter le musée des arts politiques premiers à Paris, quai Branleurs.

Si vous voulez approfondir, sachez que ce nom de « persona » a donné en français le mot « personne ». Une personne. Et n’allez pas ajouter « comme vous et moi » !

Comment t’appelles-tu ? — demande, dans l’Odyssée, l’abominable géant anthropophage Polyphème à Ulysse.

Moi, je m’appelle Personne.

D’accord Personne, bon tu me plais, je te mangerai en dernier.

C’est pour ça qu’il y en a certains qui sont plus personnes que d’autres, pour être mangés en dernier. Ceux qui le sont tout de suite s’appellent individus. Ils ont un numéro qu’on appelle de sécurité sociale. On le trouve dans la carcasse des voitures brûlées et le trafic de drogue qui, dieu soit loué, va être intégré dans le calcul du PIB. On attend impatiemment que l’INSEE y inclue aussi la prostitution afin de combler le trou de la Sécu. Quelle magnifique évolution de l’économie tout de même !

Mais attention aux évolutions ! Là où l’on voit que l’Odyssée a vieilli, c’est que le cyclope avait un œil unique au beau milieu du front. Aujourd’hui il en faut trois : un pour regarder la route, l’autre le compteur de vitesse, le troisième pour guetter les radars. En plus il faudrait un œil qui maigrisse, pour passer de 90 à 80, de 80 à 70 sur la ceinture, de 50 à 30 dans les artères où on n’a pas de veine. On ne peut que se féliciter que les obèses passent de 130 à 110. Ça évite les morts par surpoids et pour les éviter totalement la Sécurité Routière conseille de marcher à pied, avec circulation alternée. C’est pour votre sécurité, ne l’oubliez pas.

Car voyez-vous, ce qu’il faut, c’est protéger les gens. Avant, ils faisaient attention tout seuls, maintenant c’est nettement mieux, on les y aide, on fait attention à leur place, mais c’est tout de même eux les responsables, faut pas croire ; et d’ailleurs on le leur rappelle avec une petite amende par-ci, un petit impôt par-là, et n’oubliez pas de dire merci, c’est pour votre bien. Et puisqu’on parle d’impôts, à présent que c’est aux chefs d’entreprise de les collecter, on va enfin pouvoir employer les agents du fisc à contrôler les chefs d’entreprises, ça leur permettra d’embaucher et, qui sait ? des agents du fisc… Vous ne pensiez tout de même pas qu’on allait diminuer le nombre de fonctionnaires qui ne fonctionnent pas, insensés que vous êtes ! Ah, il faut tout vous dire, à commencer par ce qu’il ne faut pas dire !

Mettez-vous bien dans la tête que c’est pour votre bien qu’on vous dit ce qu’il faut penser. Ça vous évite de réfléchir. C’est très dérangeant de réfléchir. Ça fait terriblement stresser et le stress, c’est très dangereux pour la santé. Vous, c’est la télé qu’il vous faut, il y a d’excellentes chaînes. On peut se les mettre aux pieds, le boulet est livré avec. Amusez-vous avec nos animateurs, suivez l’avis de nos experts patentés, haïssez les opinions non conformes à celles de nos chroniqueurs maison et surtout, surtout, méfiez-vous des fake news. Sachez-le bien, la vérité, c’est ce qu’on vous dit, pas ce que vous disent les autres. Les autres, ils n’y connaissent rien, ils veulent vous tromper, nous, on est moraux, c’est au nom de la morale qu’on fait la guerre, alors les méchants, ceux qui ne disent pas la bonne vérité, il faut les éliminer. C’est ça la liberté. Oh, bien sûr, vous pouvez penser ce que vous voulez, mais à condition que ce soit ce qu’on vous dit. Et si ce qu’on vous dit n’est pas la réalité, eh bien, on changera la réalité, c’est tout ! Voilà le progrès. Profitez-en, dépensez, consommez, vivez !

Et sachez que s’il y a des hauts et des bas, tout se compense. Regardez : les prix montent, les retraites baissent, les inégalités sociales augmentent, le système de santé régresse, l’immigration progresse, la sécurité diminue, c’est merveilleux, non ? Ah que la France est belle !

Le loup dangereux d’Emmanuel l’autiste

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Éditorial du numéro 15 de Rebelle(s) de septembre 2018, par Jean-Luc Maxence

On peut dire que la raison d’être essentielle d’un magazine rebelle comme le nôtre, sous quelque point de vue et dans quelque domaine qu’on l’envisage, c’est d’oser la politique militante et de considérer l’audace comme légitime. Interroger, en cette rentrée automnale, ce qui se dissimule derrière l’apparence liftée du quinquennat présidentiel du couple Brigitte/Emmanuel Macron, revient à exiger toute la lumière sur le sens principiel du cirque médiatique de la « macronie », telle qu’elle nous est imposée aujourd’hui.

Au-delà des postures éculées du « business model » Macron comme l’écrivent Attac et la Fondation Copernic(1), associations dressées contre le pouvoir exorbitant de la haute finance et du despotisme des multinationales, où allons-nous tous comme un seul citoyen sous le charme ? Où nous mène tout droit cette gestion glacée d’un autiste évident surveillé et protégé par une mère symbolique experte en communication pour Paris-Match ou Voici ?

En marche ? Pour quelle Révolution (2) publicitaire de deux balles, pour quel Gavroche du CAC 40 ? En fait, Emmanuel et Brigitte ont instauré, main dans la main, un Parti de gentils adhérents pour un porte-à-porte néolibéral bien préparé n’évoquant jamais les inégalités sociales affaiblissant notre pays et faisant souffrir ses citoyens, mais davantage les cash-flow hasardeux des banquiers d’affaires, les dépôts de bilan cachés, et les pâles sourires des énarques studieux à l’heure de pointe des faillites définitives des « start-up » du désespoir et des privatisations forcées du service public, avec ou sans ordonnances pour réformer de fond en comble la SNCF !

Hélas, force nous est de constater que le progrès social demeure une expression inconnue du mirobolant « plan-com » proposé à nos médias trop souvent envoûtés de beaux mots philosophiques ! Le « nouveau monde » qu’on nous promet sur nos petits écrans a des relents d’Ancien Régime et des élans bonapartistes vétustes. Emmanuel Macron est aussi franc du collier politique qu’il est franc de son éloquence distillée comme l’élixir d’ennui sans fin lors d’un cours à Sciences Po.

Au début de l’an dernier, sur TFI, le Président, symboliste en diable même s’il n’aime guère les francs-maçons qu’il trouve trop spontanément fraternels, a jeté en pâture aux bons citoyens crédules : « Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordées, c’est toute la corde qui dégringole… » . En effet. Les observateurs d’Attac ont raison : le jeune président Macron en utilisant de telles images pour tous fait semblant d’oublier que les possibilités réelles de suffisamment bonnes conditions sociales et culturelles pour faire un citoyen suffisamment heureux, passent toujours par un bon fonctionnement de ce fameux « ascenseur social » dont le Président Macron ne parle guère ! Vraiment, notre ténébreux Président aurait besoin d’urgence d’une piqûre d’humilité fraternelle et d’un pétard de poésie vivante pour oublier ses origines sociales de bourgeois tranquille, et ses dogmes d’énarque « fort en thème et en réseau» sur le plan économique, pour protéger les plus faibles, les plus opprimés et les plus fragiles de nos compatriotes. Il devrait s’occuper davantage de ce rôle de guide plus inspiré qu’éclairé qu’il doit conserver à l’égard des derniers de cordée afin de ne pas les perdre en route et de ne jamais les laisser tomber dans le ravin !

Trop protégé par la Première Dame, le premier homme du pays peut-il sortir de sa bulle dorée et protectrice et abandonner ses obsessions de timide petit garçon en représentation, en complet veston bien élevé, et « sortir » à l’air libre dans les couches moyennes de notre peuple, prendre un peu de bouteille citoyenne pour trinquer juste ?

Jean-Luc Maxence

(1) L’imposture Macron, Un business model au service des puissants (Éditions LES LIENS QUI LIBÈRENT, 2018)

(2) Révolution, Emmanuel Macron : Réconcilier la France (XO Éditions, 2016)

Interview : Laurent Mauduit diagnostique la mort du réformisme devenu impuissant

Quand Laurent Mauduit s’explique pour REBELLE(S), la magie fraternelle opère. Cofondateur de MEDIAPART, il est souriant et jovial. Il commente d’entrée de dialogue, le « renoncement » de François Hollande, la veille au soir. En m’appuyant sur son ouvrage d’investigation MAIN BASSE SUR L’INFORMATION, paru aux Éditions du Seuil sous le label « Don Quichotte », je lui demande si, selon lui, nous en serions là sans une certaine « démolition » systématique, par la Presse, du personnage carentiel. Sa réponse fuse, nette et tranchée. Mauduit me cite l’ouvrage célèbre de Marc Bloch, L’ÉTRANGE DÉFAITE, témoignage écrit en 1940 et tentant de discerner les raisons de la défaite française lors de la bataille de France pendant la Seconde Guerre mondiale : sclérose des élites et des bureaucraties, responsabilité des gouvernants, crise du régime parlementaire, carence des chefs… Le grand républicain expliquait que la débâcle n’était pas une victoire de l’Allemagne sur la France mais une défaite de la France sur elle-même : « Le pis est que nos adversaires n’y furent pas pour grand-chose ». Pour François Hollande, on peut dire, de la même façon, que le parti socialiste n’a jamais été à la hauteur des enjeux et qu’il est le premier responsable de son propre naufrage. Le choix du Président de ne pas briguer un second mandat, inspire les mêmes constats. Les adversaires du Parti Socialiste ne sont pas pour grande chose dans cette désertion, dans cet échec. Dans l’immense basculement que nous avons connu, du capitalisme rhénan vers un capitalisme à l’anglo-saxonne beaucoup plus tyrannique, ignorant le compromis social, le vieux courant politique qu’est le réformisme est progressivement devenu impuissant. Ce sont à ses ultimes convulsions, à sa mort, que nous assistons aujourd’hui. Et Laurent Mauduit m’évoque sa jeunesse de militant politique dans les années qui ont suivi 1968, à l’époque où il lisait le philosophe Louis Althusser, philosophe membre du Parti Communiste à l’origine d’une importante refondation de la pensée marxiste, dans la mouvance de Roland Barthes et autre Claude Lévi-Strauss. Il me retrace son parcours de journaliste économique, et compare avec humour son itinéraire avec le mien quand j’étais migrant d’une famille maurassienne traditionnelle. Il revient sur ce qu’il appelle « le naufrage de la gauche », celui d’une génération qui fut celle de sa jeunesse avec pour têtes de « manif » des personnalités comme Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Marie Le Guen ou Manuel Valls. Il m’évoque enfin son passage du quotidien Le Monde à la création de Médiapart, avec ses 130 000 abonnés sur le net.

JLM : Une Presse indépendante des pouvoirs financiers… N’est-ce pas un rêve d’utopiste, un mirage pour les alouettes ? Chimère sortie toute gesticulante de L’UTOPIE d’un Thomas More revue et corrigée à la sauce contemporaine ?

LM : Il ne peut y avoir une vision du monde sans utopie, bien entendu ! Même en politique, il faut une part de rêve et la « révolution Internet », à mon avis, peut faciliter la mise en expression de cette part de rêve. C’est une étape, une révolution technologique aussi importante que la découverte de la machine à vapeur ou de l’électricité, après tout. Cela change toute la relation entre journalistes et lecteurs. De là est né Médiapart…

JLM : Dans votre enquête d’investigation, vous expliquez très clairement qu’une dizaine d’oligarques parisiens possèdent la majorité des moyens d’information et qu’une poignée de milliardaires comme Vincent Bolloré, Xavier Niel, Patrick Drahi et autre Bernard Arnault tiennent les médias en laisse, multiplient les actes de censure ou suscitent des comportement d’autocensure. J’ajouterai pour ma part que même les médias à la Sauce Front National existent en France grâce à des hommes d’affaires style Charles Beigbeder (le frère royaliste de Frédéric), et aux réseaux conservateurs, voire intégristes, ou « facho », style MINUTE ou MONDE ET VIE racheté récemment par Jean-Marie Molitor. Sortirat- on un jour ou l’autre de ce piège à rats ?

LM : C’est vrai, nous traversons la crise d’une presse anémiée. Nous avons perdu la dimension et la « fonction citoyenne » que cette dernière devrait garder. Alors, comment en réchapper ? Je rêve d’une révolution démocratique qui aurait l’audace de prendre des mesures fortes pour interdire les concentrations auxquelles nous assistons, pour garantir l’indépendance de la presse vis-à-vis des puissances financières comme l’exigeait à la fin de la guerre le Conseil national de la résistance, pour aider à l’émergence d’une nouvelle presse…

JLM : Vous allez jusqu’à écrire dans votre livre (page 420) qu’en France la Présidentielle nous a conduit à une grave anémie de la démocratie, parce qu’elle a asservi tous les contre-pouvoirs, à commencer par ceux de la Presse écrite, parlée, télévisuelle, numérique. Quant à l’aide à la Presse, dans les cas des aides directes, elle sert en priorité les milliardaires soulignezvous ! Je ne vous dirai pas le contraire moi qui, sous une pulsion de passion, de folie et de poésie, ai fondé un bimensuel politique, avec une bande de copains aux portefeuilles modestes, mais riches d’un entêtement d’indépendance farouche…Vous qui avez été « professeur de journalisme », que feriez-vous donc pour dynamiser encore le projet ?
Au fond, l’authentique question revient toujours à la phrase fameuse d’Hubert Beuve- Méry quand il créa le quotidien LE MONDE : « Est-ce réalisable un journal qui puisse vraiment n’avoir aucune espèce de fil à la patte » ?

LM : Je demeure optimiste. Je perçois des signes positifs, des espérances incarnées. Des blogs, des sites, des journaux numériques établis par des jeunes journalistes pleins d’idées neuves, et qui rêvent d’indépendance… JLM : Ainsi, prôner la liberté de la Presse ne serait pas de l’angélisme poétique, au bout du compte ? LM : Vous connaissez la célèbre formule de Gramsci qui, me semble-t-il, résume parfaitement les temps glauques que nous traversons, pour notre démocratie comme pour la presse : « Le monde ancien disparaît, le monde nouveau tarde à naître ; alors dans ce clair-obscur surgissent des monstres ». Face à tous ces dangers qui nous menacent, il est précieux de s’accrocher à l’une de ces utopies dont nous parlions : rendre à notre pays un fonctionnement citoyen, un orgueil démocratique.

Interview de Jean-Luc Maxence