
Touche pas à mon (melting) pot !
ou
Je suis genre pour le mélange des genres, grave de ouf !
Préambule : Je sais gré à mon nombreux lectorat de remarquer que je fais des efforts pour me mettre au goût du jour, niveau langue. Du coup, si c’est un peu maladroit, excusez la gênance et ayez cher de la clémencitude.
Le mélange des genres ?
Sauf si j’ai raté quelque chose en cours de sciences-nat, le mélange des genres est la raison pour laquelle nous sommes tous là. Reproduction pour les uns, fornication pour les autres ou « on veut juste ken » pour les djeuns. Vous l’appelez comme vous voulez, une chose est sûre, il s’agit d’un sacré mélange. Le résultat est plutôt diversifié. Bref, sans mélange des genres, pas de vie !
À titre personnel, le mélange était ce que j’attendais tous les samedis soir quand j’étais adolescent, très souvent sans succès.
Mais restons sérieux. Si j’élargis au champ politique, culturel ou sociétal, ceux qui me sidèrent, sans m’amuser, sont ceux qui sont contre le mélange, les « puristes ».
Par exemple, les partisans de la « France aux français ! », fortement opposés au mélange des genres, sont juste nuls en histoire. Le « français » vient des francs, un peuple d’envahisseurs prenant l’ascendant sur les gallo-romains, déjà bien mélangés ! Le nom « français » n’est donc pas français, si je puis dire.
Les puristes de gauche trouvent beaucoup de gens de gauche pas assez à gauche. Si vous êtes social, c’est bien, social-démocrate, pas bien !
Les puristes de droite trouvent beaucoup de gens de droite pas assez à droite. National ou de droite, c’est bien, centriste de droite, pas bien !
Même chose en musique. Du jazz, oui, du jazz-rock ou électro, non. Mais que serait le rock sans le roll, le rythm sans le blues, le hard sans le rock ? Les fanatiques absolus d’un genre, qu’ils veulent non mélangé, sont souvent comme les supporters ultras de football, qui d’ailleurs n’aiment pas le football. Ils n’aiment (bonjour l’amour!) que leur équipe, point. D’ailleurs « supporters » est un mot inadapté. Ils ne supportent rien, ni l’arbitre, ni les règles, ni la défaite, ni la critique, ni aucune autre équipe même si elle joue divinement bien. Il en est de même pour certains amateurs de musique classique, qui, d’un côté, se désolent de l’audience déclinante du genre, mais, de l’autre, regardent de haut celui qui vient au concert habillé différemment et qui, visiblement, ne fait pas partie de la tribu et n’a pas les codes.

Les puristes littéraires de même. Pour eux, par exemple, le roman ne souffre pas d’épithète. Le roman policier est un sous-genre, de même que la science-fiction (beau mélange!). Un de mes amis s’est même offusqué parce que je disais que Kafka était drôle. Pour lui, c’était presque une insulte et il n’avait jamais perçu ni envisagé Kafka comme un auteur tragi-comique.
On retrouve les mêmes au cinéma qui n’iront pas voir une comédie dite populaire. C’est d’un vulgaire ! D’ailleurs, je suis toujours surpris quand j’entends l’expression « film de genre » pour désigner un film noir, d’horreur ou d’anticipation. Comme si le mot « genre » mettait d’emblée à part le film en question et délégitimait son sérieux et sa valeur.
Le théâtre ne fait pas exception. Pour certains, impossible d’aimer Ariane Mnouchkine et d’aller voir « La cage aux folles ». La comédie française ou le boulevard, à dire sur un ton condescendant, il faut choisir.
Et l’on pourrait décliner bien des domaines, de la gastronomie à la danse, avec le même constat.
N’en déplaise à tous les opposants, c’est quand on métisse qu’une discipline, qu’un art, qu’un peuple, qu’une histoire progresse.
Que serait le Yin sans le yang, le noir sans le blanc, Laurel sans Hardy, l’histoire sans la géographie, Roméo sans Juliette, le hip sans le hop, les moules sans les frites, les épines sans les roses, la nuit sans le jour et le chaud sans le froid ?
De plus il me semble qu’il y a de plus en plus de genres que l’on ne soupçonnait même pas.
Youpi, de nouveaux mélanges en perspective !



