
Scansion _____ fracture _____
morsure de voix trop pures
Implosion des lèvres muselées
Syntaxe émeute ______Barbelés
du lexique mastiqués __coupés !
Je ne plierai pas
Ni vertèbre ni voyelle
Ni sexe agenouillé
Ni vulve soumise
aux psaumes des pères
JAMAIS
TOUJOURS —
Elle Femme-roc sous ma chair
Clouez-moi au calendrier des dociles
je renverserai – cracherai – les dates
à coups de tessons d’aube
à coups de gorge fauve
Je détraque l’horloge interne
eugénique, clinique,
hétérocentrée —
centrée sur la peur
Je l’arrache
avec une dent de louve
chargée de salive rouge
d’aurores saturnales
Ferré gueulait dans la gorge
des geôles systémiques
Contre les murs —
ceux qui pensent à ta place
ceux qui pansent l’impasse
Artaud incendiait les limbes du crâne
se brûlant la cervelle
Trouant Dieu,
jusqu’à l’os
l’esquille cariée du ciel
JE — MOI-ELLE
faille vive
S’érige
d’incandescence nue
d’incandescence âpre
dans cette violence amoureuse
lézardant vos récits captifs
vos couloirs normatifs
Parterres de lettres renversés
Barricades d’estuaires insoumis
Marées levées contre vos digues
Les syllabes suintent
Je les dresse
Je les arme contre la nuit
Je sinapise en transe révulsive
— arc électrique
entre ses cuisses et ma langue —
Foudre vivre
rive contre rive
Éclair contre chair

Mourir
serait taire la foudre
Plier l’orage
Ne plus dire
ne plus vivre
Ne plus pouvoir aimer une femme
rentrer la flamme
dans la paume d’un monde
qui nous voudrait cendres
Mais JE — MOI-ELLE
séisme saphique
sacrilège
Renverse la table
renverse la scène
la nappe phréatique du Langage
Ma langue fouet d’azur et de larmes
fouet d’écume et de braise
Dresse des lettres barricades
Les syllabes mouillent de lumière noire
jusqu’au sang solaire
Je mords l’obscurité
jusqu’à ce qu’elle jouisse lumière
Activiste mon poème
Insurgé, l’alphabet
Je ne courberai pas l’échine
Je la ferai tranchante
Lame aimante
Ordalie de Délie
Cri délirant ma nuit
Je rouvre ma blessure,
Liberté
Elle saigne debout
Je déclare la paix aux tempêtes
la guerre aux genoux forcés pliés
L’ Aube cascade en incendies clairs
Entre Elle et Moi vacille
le monde inhabité
le monde inhabitué
à la lumière indocile
Syntaxe de l’amour
Mathématique bleue
-sans chiffres-
des étoiles
Géométrie sans espace
Je mastique les dates
Le temps pisse par la plaie
Je dresse
des barricades de sexes
de femmes stellaires
Les syllabes mouillent de lumière noire
Je les arrache
Je les jette contre vos vitres
Je les avale et ma bouche saigne
pleine de tessons de lames
de barbelés
—Souillées les nappes blanches !
Femme mon orage
ma source
ma secousse
Brûlure qui déborde l’autel
Soleil qui brûle ma chair
Je ne courberai pas l’échine
Je la ferai aile coupante
larmes brûlantes
clarté charnelle
Cri déliant ma nuit
Liberté
ma plaie ouverte
Ma rayonnante
ma farouche à bout
Mélange nos deux souffles
nos rivières interdites
refusant l’estuaire
La nuit dévale en torches salines
L’ Aube monte en geysers de soufre
Ma langue animal-lumière
écrit en spasmes cosmiques
le nom de mon amour
dans la pulpe obscure du monde
De sous ma peau je déclare
comme une blessure qu’on lèche
l’obscène qui sort de la scène
Ce qui déborde l’autel
Ce qui dévore la chair
Je la regarde
Je brûle
Chaque mot —
mes griffes de lumière —
écrit un couteau contre la norme
L’ Aube comme son corps
file entre mes doigts
Liturgie refaite hostie inversée
amour s’excédant de trop aimer
Syntaxe à genoux
acérant mes griffes de rouge
Lumière qui me fait
Adorer
dévorer l’ombre
Ouvrir le livre
d’un évangile interdit
Je ne plierai pas
JAMAIS
Je ne courbe pas l’échine
Je la fais aile
—ELLE,
astre levé
ma nuit insoumise
Murielle Compère-Demarcy ( MCDem.)
Photos : “Sapho” Gustav-Adolf MOSSA + “Adoration” Colette Klein. Huiles sur toile.




