
Remy Leprévot nous fait le plaisir de répondre à nos questions. Improvisateur, fan de Star Wars, joue un spectacle d’improvisation consacré à Star Wars.
Sophie Abib – Un nouveau Star Wars va sortir sur grand écran. Vous-même, nous y reviendrons, jouez Star Wars en théâtre d’improvisation alors que le premier opus est sorti alors que vous n’étiez pas né. Pourquoi Star Wars a, selon vous, un tel succès ?
Rémy Leprévot – Star Wars continue de fasciner parce que ce n’est pas seulement une saga de science-fiction, c’est une mythologie moderne. On y retrouve des archétypes très anciens — le héros, la quête, le mentor, la lutte entre le bien et le mal — mais transposés dans un univers infini, visuel et spectaculaire.
Star Wars crée un monde complet dans lequel on peut littéralement se perdre et la place est laissée à l’imaginaire pur : des planètes, des créatures, des vaisseaux, une musique immédiatement identifiable….
C’est une histoire qui grandit avec le public et qui peut émouvoir toutes les générations. Chacun, quel que soit son âge, peut s’y projeter pour répondre à ses questions existentielles sur notamment l’adolescence, la construction de soi, la tentation du pouvoir, la transmission.
Je n’ai pas grandi avec la sortie du premier film en salle, mais avec cet héritage déjà vivant.
Vous-même pourquoi avoir choisi cette saga pour monter votre spectacle ? vous identifiez vous à un personnage en particulier ?
En improvisation, on cherche des cadres forts, des imaginaires partagés, des codes que le public comprend instantanément.
J’ai choisi Star Wars parce que c’est justement un univers immédiatement reconnaissable qui fonctionne en outre comme une véritable “ matière à jeu “. C’est très codifié et en même temps totalement ouvert. Tout le monde connaît les grandes figures, les archétypes, les situations… mais rien n’empêche de les détourner, de les déplacer, de les réinventer. En quelques secondes, on peut passer d’un désert à une bataille spatiale, d’un duel au sabre à une intrigue politique galactique. C’est extrêmement riche pour créer en direct. C’est exactement ce qui est recherché dans le théâtre d’improvisation.
Sur l’identification à un personnage, je dirais que je ne me reconnais pas dans un seul en particulier. Je suis plutôt du côté de plusieurs figures selon les moments : un peu la curiosité et l’émerveillement de Luke Skywalker, parfois le côté plus stratège ou ambigu de certains personnages, et surtout l’énergie de ceux qui explorent sans savoir exactement où ils vont.
Mais en impro, on ne “joue” pas un personnage fixe : on traverse les personnages. C’est peut-être ça qui me plaît le plus dans Star Wars : c’est un univers où l’on peut passer d’un rôle à un autre très librement, tout en restant dans une même grande histoire collective.
Vous l’avez monté en théâtre d’improvisation. Qu’est-ce que c’est ?
Le théâtre d’improvisation, c’est une forme de spectacle vivant où rien n’est écrit à l’avance. Il n’y a pas de texte, pas de dialogue préparé, pas de mise en scène figée. Tout se crée en direct, sur le moment, à partir d’idées proposées par le public, de contraintes ou de thèmes donnés.
Le public est donc vraiment au cœur du dispositif : il ne vient pas seulement voir une histoire, il contribue à la faire naître. Et c’est ce qui rend chaque soirée imprévisible, vivante et différente.
Les comédiens doivent donc inventer des personnages, des histoires et des situations instantanément, tout en construisant ensemble une narration cohérente. C’est à la fois du jeu, de l’écoute et de la construction collective.
C’est donc un théâtre très vivant, très spontané, où le spectateur n’est pas seulement spectateur, mais aussi en partie auteur de ce qu’il voit.
Est-ce que vous racontez à partir de star wars des épisodes connus ou vous inventez ? Faites-vous participer le public qui vous donne des inputs ?
On n’est pas dans la reprise ou la reconstitution d’épisodes connus de Star Wars. L’idée n’est pas de rejouer des scènes existantes.
A partir de l’univers que tout le monde connaît, le public propose un lieu, une mission, un personnage, parfois même des contraintes ou des rebondissements. Tout cela devient la matière première du spectacle servant à créer cette aventure galactique inventée en direct.
Ce qui rend l’exercice intéressant, c’est justement cette tension entre liberté totale et contraintes immédiates : il faut raconter une histoire dont on connait les codes qui tienne debout. Mais aussi notre enjeu est de créer avec humour, des émotions, de l’action, même si on ne sait jamais à l’avance ce qui va se passer.
Comment réagi le public ?
Au début, il y a souvent une forme de curiosité ou de retenue : les gens observent comment fonctionne l’improvisation, comment leurs propositions vont être utilisées. Puis très rapidement, ils entrent dans le jeu. Dès qu’ils réalisent que leurs idées peuvent devenir des éléments clés de l’histoire — un personnage, une planète, une mission — ils commencent à proposer beaucoup plus librement.
Il y a aussi une dimension très ludique avec un univers comme Star Wars : le public se permet facilement d’imaginer des situations, d’utiliser des formes d’humour et parfois de lancer des idées très épiques ou décalées. Cela crée une énergie collective assez forte dans la salle.
Pendant le spectacle, les réactions sont immédiates : rires, surprises, improvisations inattendues qui déclenchent des réactions en chaîne. Et à la fin, il y a souvent un sentiment de complicité, parce que les spectateurs ont vraiment le sentiment d’avoir “co-écrit” ce qu’ils viennent de voir.
C’est aussi ce qui rend chaque représentation différente : la dynamique du public change totalement l’histoire et son énergie.

Qu’est-ce que ce type de spectacle apporte par rapport au cinéma ? et plus généralement le théâtre d’impro ou classique au cinéma ?
Ce type de spectacle apporte quelque chose que le cinéma ne peut pas offrir : la présence du moment vivant. Au cinéma, tout est fixé, monté, répété, parfaitement maîtrisé. En théâtre d’improvisation, au contraire, tout se crée sous les yeux du public, sans filet. Il y a donc une part d’imprévisible, d’accident, de spontanéité qui rend chaque représentation unique.
Par rapport à un film comme Star Wars, qui propose une expérience spectaculaire et totalement maîtrisée, le spectacle d’impro propose une autre forme de magie : celle de voir une histoire naître en direct, parfois avec ses hésitations, ses détours, mais aussi ses trouvailles immédiates. Ce n’est pas la même intensité, mais c’est une autre relation au récit.
On peut dire que c’est complémentaire : le cinéma offre l’immersion dans un univers abouti, alors que l’improvisation propose une immersion dans la création de cet univers. L’un montre le résultat, l’autre montre le processus vivant de l’invention.
Le théâtre classique, lui, se situe entre les deux : il propose une œuvre écrite, mais incarnée en direct, avec une énergie différente à chaque représentation. L’impro va encore plus loin dans l’instantanéité et l’interaction.
Est-ce que le public est le même que celui qui va voir le film ou au contraire ce sont des publics différents ?
Une partie du public de mon spectacle est clairement composée de fans de Star Wars ou de culture pop, qui viennent par curiosité pour voir une relecture originale de cet univers. Mais il y a aussi des spectateurs qui viennent avant tout pour l’expérience théâtrale, pour l’humour, pour le côté interactif, sans être forcément des passionnés de la saga.
Et c’est justement cette rencontre qui est intéressante : le spectacle devient un point de convergence entre des publics différents — amateurs de cinéma, fans de science-fiction, et curieux du théâtre vivant.
Où et quand peut-on vous jouer ? Comment faire pour réserver un ticket pour les prochaines dates ?
Le spectacle se jouera les vendredis à 19h et le dimanche à 15h du 22 Mai au 29 Juin au théatre « la petite croisée des chemins » 43, rue Mathurin Régnier 75015 Paris.
Pour réserver, c’est simple, il suffit d’aller sur billet reduc : https://www.billetreduc.com/spectacle/force-et-impro-393964 ou sur le site internet du théâtre de la Petite croisée des chemins mais billet reduc est mieux car les spectateurs peuvent nous laisser un avis.
Peut-on imaginer vous voir en d’autres lieux et d’autres circonstances, avant des séances de cinéma ou même dans d’autres régions que l’Ile de France ?
On aimerait tellement. Déjà on est un peu déçu de ne pas avoir pu assister à l’ avant-première ces derniers jours au Grand Rex, ne serait-ce que pour en faire la promotion de notre spectacle. En revanche nous avons eu des fans qui sont venus nous voir comme Aude Landrieux de Star Wars en direct qui nous ont recommandé auprès du festival de Cusset pour l’année prochaine. Nous avons les festivaliers de Migennes qui sont venus nous voir en février dernier et nous ont invité pour l’année prochaine. En mai 2027, cela sera le cinquantième anniversaire du premier film de la Saga Star Wars et donc on espère se propulser grâce à cette date anniversaire.
Envisagez-vous d’explorer d’autres univers que celui de Star Wars ?
Oui bien sûr. Gael aimerait bien creuser l’univers de Dune et toute l’équipe aimerait bien aussi travailler sur d’ autres univers comme Battlestar Galactica, Star Trek, Stargate ou Sliders. Toutefois nous resterons dans l’univers de la science-fiction car nous sommes quasiment les seuls à développer ce type de concept en théâtre d’ improvisation et nous souhaitons le développer.

Merci Rémy d’avoir répondu à nos questions. Nous ne pouvons qu’inciter nos lecteurs à aller retrouver les héros Star Wars au cinéma et sur scène par votre compagnie d’improvisation.




