
(Episode Précédent) Pete Best est donc le batteur des Beatles depuis deux ans. On se souviendra qu’il était entré dans le groupe pour que celui-ci assure son premier contrat à Hambourg. Il avait été choisi principalement parce qu’il n’y avait pas d’autre challenger sérieux et qu’il créait une forte impression dans les clubs avec son jeu de batterie débridé.
Dès le début, il y avait clairement trois groupes dans le groupe : John et Stuart, John, Paul et George et Pete constituait un sous-groupe à lui tout seul. Disons que les facteurs amitié et complicité ne se développaient pas vraiment chez lui. Il était souvent dans son coin, maussade, peu communicatif.
Astrid Kirchherr, la petite amie de Stuart, a inventé la coupe Beatles, comme on l’appellera plus tard, une coupe de cheveux avec frange tombant jusqu’au sourcils. En fait, c’était une coupe assez courante chez les jeunes à Hambourg mais elle était inconnue chez les musiciens anglais. Ça créait une forte impression. Pete avait gardé la banane de rocker qu’ils avaient tous au début. Sur les photos de l’époque, il détonne clairement et à l’air d’être une pièce rapportée.
Quand Stuart a quitté le groupe, les choses sont devenues encore plus évidentes. John, Paul et George sont devenus une entité, un tout cohérent, par la musique, l’amitié et l’humour. Le côté maussade de Pete fait qu’il ne participe pas vraiment aux délires humoristiques des trois autres, délires auxquels participent d’autres musiciens comme Rory Storm et Ringo Starr qui jouent pourtant dans un autre groupe. En bref, John, Paul et George évoluent en renforçant leurs liens mutuels et Pete reste sur place, ne change rien et suit son chemin solitaire.
Chaque fois qu’il ne peut jouer en concert, c’est Ringo qui le remplace et, à chaque fois, les trois compères se regardent émerveillés et se disent : « C’est ça dont a besoin, c’est le bon batteur ». Les Beatles ont essayé beaucoup de batteurs à part Pete mais, pour finir, il ne peut en rester qu’un et son nom est Ringo Starr.
La goutte finale de débordement va venir de George Martin, leur producteur. Après la première séance d’enregistrement de Love Me Do, il dit clairement à Brian Epstein qu’il n’est pas satisfait de Pete Best et qu’il engagera un batteur de studio professionnel pour la prochaine séance. Il ne suggère pas de virer Pete mais le déclare incompétent, pour l’instant, pour assurer dans une séance d’enregistrement.
Ce qui est nécessaire et demandé d’un batteur
C’est là qu’il faut un peu examiner ce qu’on attend d’un batteur professionnel. Il doit avoir le sens du tempo et être capable de maintenir un rythme constant, stable. Sur scène, c’est lui qui donne aux autres musiciens le départ en tapant sur ses baguettes : « un … deux… un, deux trois, quatre » et tout le monde commence sur 5. Qu’on y regarde de plus près : ça veut dire qu’un batteur doit savoir avec certitude le tempo, la vitesse d’un morceau et ce sans aide extérieure. Pete est complètement incapable de faire ça. Il s’est concentré depuis ses débuts sur le fait d’assurer des roulements impressionnants et des breaks de folie mais il n’a jamais vraiment travaillé ce qui constitue la qualité première et essentielle d’un batteur : la constance. Ce qui lui a valu un grand succès dans des clubs n’est plus d’une grande utilité en studio. Il est dépassé par une précision qu’il ne peut atteindre.
Gênés par cette évidence mais soucieux d’être loyal à Pete, John, Paul et George voient bien quand même qu’ils n’ont pas le choix : il leur faut évoluer et atteindre de nouveaux niveaux où Pete sera incapable de les suivre. De plus, n’ayant pas spécialement créé de liens d’amitié avec Pete, ils ne se sentent pas attachés affectivement à lui. Ils demandent donc à Brian Epstein de signifier à Pete son renvoi et d’engager Ringo. La mort dans l’âme, car il aimait bien Pete, Brian fera le nécessaire.
Tout ça va créer des remous chez les fans de Pete à Liverpool qui vont huer Ringo pendant quelques semaines. Il y aura même des interpellations musclées des trois autres Beatles qui vaudront à George un œil au beurre noir. Puis tout le monde finira par adorer Ringo, tout simplement parce qu’il était le meilleur batteur possible pour les Beatles, il était né pour ça.
Pete Best tentera de continuer une carrière professionnelle mais sans succès. Il a été surnommé « l’homme le plus malchanceux du monde » mais ça n’a rien à voir avec la chance. Tout simplement, avec lui la mayonnaise ne prenait pas.
Ringo Starr
Encore un individu aux débuts difficiles ! Souvent malade dans l’enfance et l’adolescence, ses études sont erratiques. De toutes façons, il n’aime pas l’école. Hospitalisé à l’âge de treize ans dans un sanatorium pour pleurésie, il profite de son temps libre, quand il n’est pas alité, pour apprendre la batterie.
Après divers petits boulots et la participation à une bande de teddy boys dont la violence l’écoeurera, il rejoint le groupe de Rory Storm & The Hurricanes qui deviendra le meilleur groupe de Liverpool puis de Hambourg. Féru de bagues en tous genres, Richard Starkey se fera surnommer Ringo Starr (ring = bague).
Il rencontre donc les Beatles dès les débuts. A Hambourg, il n’est jamais en reste pour participer à leurs délires humoristiques. A Liverpool également. Une amitié est née, d’autant plus forte que, ne jouant pas avec eux, il n’a pas d’obligation professionnelle de les côtoyer. La relation s’installe d’elle-même, dans le plus grand naturel.
George Harrisson : « Pete Best était souvent malade et ne venait pas aux engagements. On demandait à Ringo de le remplacer et, à chaque fois qu’il jouait avec nous, c’était : Voilà. C’est ça. On a fini par se dire : On devrait prendre Ringo à plein temps. C’est moi qui ai accéléré les choses. J’ai insisté auprès des autres pour qu’on engage Ringo pour de bon ».
Vu le scepticisme de George Martin face à Pete Best, Ringo est engagé et il joue sur la version single de Love Me Do. Tout avec lui est plus simple et sonne mieux.
Pour expliquer ce que je veux dire, il est intéressant d’écouter les trois versions en notre possession de Love Me Do.
La première est avec Pete Best dans l’album Anthology 1. C’est assez approximatif du point de vue tempo et certains « effets rythmiques » ne sont pas du meilleur goût.
La deuxième, dans l’album Please, Please Me, est avec un batteur de studio professionnel, Andy White. C’est très en place rythmiquement mais presque scolaire, justement.
La troisième, celle du single, est avec Ringo Starr, sur l’album Past Masters 1, et démontre que, même à l’époque, il avait déjà un « swing feel », un style bien à lui.
La prochaine fois : le premier album


