Un fantasme pas comme les autres

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Depuis sa naissance la psychanalyse a toujours posé l’inconscient, la parole libre et l’écoute sans préjugé au cœur de sa pratique. Elle a aussi réglé ses comptes avec le recours stigmatisant à la nosologie psychiatrique et a renoncé au concept désuet de « maladie mentale ». Elle ne nie certes pas la souffrance intérieure, qui peut être plus douloureuse qu’une maladie organique, mais elle ne se prête pas pour autant aux tentatives de pathologisation discriminatoire et/ou diffamante.

Les nombres, toujours les nombres

Pourquoi cette prémisse ? Parce qu’elle nous permettra d’aborder le thème ô combien délicat de ce Rebelle(s) sans tomber dans l’ « analyse sauvage ». De l’actuel couple présidentiel français la première chose qui saute, sinon aux yeux, du moins à l’esprit, c’est évidemment la différence d’âge. Le fait que la première dame soit beaucoup plus âgée que son mari, ne serait-ce que pour la rareté de la situation, ne pouvait qu’alimenter les potins… et les perplexités également. Comme je l’ai dénoncé ailleurs (1) l’homme moderne habite la prison des nombres où tout se calcule au lieu de se percevoir. Il estime peut être que ses sens le dupent et il semble forcé à en revenir toujours à cette « mentalité objective » selon laquelle rien n’est vrai en dehors des nombres. L’âge, la taille, le poids, le compte bancaire (évidemment), les statistiques… voilà ce qui satisfait son fantasme d’objectivité. Mais laissons ce discours de côté pour en revenir à ces questions qui effectivement se posent à propos du nouveau locataire de l’Élysée : M. Macron serait-il habité par un complexe maternel ? Aurait-il toujours besoin d’une mère-poule à ses cotés ? Et, en tel cas, saura t-il montrer toute la maturité nécessaire pour gouverner un pays ? Par ailleurs, ne devrions-nous pas être plus prudents et respecter ce qui relève de la vie privée d’un couple, même présidentiel ? Permettons-nous quand même quelques considérations d’intérêt général.

L’ « autre logique »

Il est de notoriété publique que le couple Macron a dû dans le passé surmonter bien des tabous. Commencé au lycée, le rapport qui fut d’abord celui entre enseignante et élève s’est vite transformé en relation amoureuse. Ce n’est pas le premier cas de ce genre, et ce ne sera pas non plus le dernier. Toutefois, ce qui est plus exceptionnel et intéressant c’est que cette relation dure depuis de nombreuses années et on ne saurait nier qu’elle a amené quelques grands résultats. Ce que rien au départ (et de l’extérieur) ne laissait entrevoir. Lui, jeune garçon, intellectuellement doué, mais nécessairement dépourvu de grande expérience en amour. Elle, femme mûre, mariée et mère de trois enfants, donc plus que « casée ». La raison (celle que les parents du jeune Macron convoquèrent en déplaçant leur fils de lycée dans l’espoir que la distance et les difficultés l’auraient finalement amené à interrompre le scandale) et la moralité portaient à penser qu’une telle relation ne pouvait et ne devait pas avoir de futur. Mais, malgré la morale, les humains (dixit Pascal) ne sont pas nécessairement raisonnables… C’est que l’inconscient, lui, répond à une « autre logique » : celle qui porte à suivre une voie singulière, propre à chacun, permettant de dépasser les impasses et de s’émanciper d’un logos devenu trop tyrannique.

Les grandes histoires d’amour, celles relatées dans la littérature, ne sont jamais banales. L’Amour n’est pas enclin à suivre des voies toutes tracées. Il trouve plutôt sa force dans les difficultés. Il ose refuser les commodités. Il défie les préjugés et le temps. À moins qu’il ne préfère suivre un chemin plus subtil jusqu’à trouver son or dans les choses plus simples de la vie. Alors, que dire à propos du nouveau couple présidentiel ? Devrions-nous suivre, comme maints analystes improvisés ne se sont pas privés de le faire (2), la piste de l’interprétation œdipienne classique ? Il ne sera pas inutile à cet instant de distinguer l’Œdipe du complexe (partiel ou complet) portant le même nom.

Œdipe avec ou sans complexe

Avant qu’Œdipe ne prenne conscience d’avoir réalisé les prédictions de l’oracle, c’est à dire d’avoir tué son propre père et épousé sa propre mère, il se portait comme un roi. C’est le cas de le dire car il régnait en souverain sur la ville de Thèbes. Et si par la suite il décide de se crever les yeux (on aurait pu en effet lui destiner une autre punition), c’est probablement pour retrouver cet aveuglement qui l’avait jadis rendu heureux. Car dans toutes les traditions plus anciennes « voir » est synonyme de « comprendre ». La cécité aurait donc un sens inattendu. Une certaine inconscience ne serait-elle pas indispensable pour instaurer cette condition que l’on nomme « heureuse » ?

Anecdote non anodine: au cours d’un congrès, une personne interpella Freud en affirmant que son cas représentait la preuve du mal fondé de sa théorie. Pourquoi ? Il avait épousé une femme qui était… l’exact contraire de sa mère ! Pour la logique « autre » de l’inconscient les contraires se touchent. On dit « non » pour dire « oui », on dit « je te hais » pour dire « je t’aime », on voit la grandeur dans ce qui est petit, le beau dans le moche, on trouve le futur

dans le passé, l’Amérique en cherchant les Indes… Freud nous dit que la résolution de l’Œdipe passe par le déplacement (un des mécanismes fondamentaux de l’inconscient) de la libido maternelle vers une autre personne via l’intégration de la Loi du Père. Il est donc évident qu’Œdipe, selon le père de la psychanalyse, nous habite tous, même si nous ne sommes pas tous complexés. Il s’agit de fantasmes qui, avant d’être vécus de manière personnelle avec plus ou moins de pathos ou de succès, sont « originaires », c’est-à-dire qu’ils fondent les bases psychiques universelles de l’humanité. Alors, est-il correct de voir dans le « choix d’objet » de Macron le fait d’un complexe maternel pour le simple fait que son épouse est plus âgée et « pourrait être sa mère » ? Il ne serait que trop aisé de dire que Macron a épousé sa mère et tué son père (Hollande), mais le risque est aussi de transformer l’Œdipe en une pensée unique. Ne s’agirait-il pas plutôt d’y reconnaître un des effets ambitieux de cet « autre logique » citée précédemment et portant à placer (et parfois à trouver) l’Amour dans des difficultés insurmontables donnant l’impression de vivre une expérience exceptionnelle et héroïque ?

Un destin légendaire ?

Dès lors, la question serait de savoir si ce « fantasme héroïque » tiendra le coup maintenant que Brigitte et Emmanuel forment le couple présidentiel. En effet, les fantasmes supportent mal les courts-circuits avec la réalité. Heureusement, ils se prêtent aussi à élaboration. Ils peuvent même s’accorder parfois avec ceux du peuple. Lady Diana est devenue une légende car elle représentait aux yeux du peuple la possibilité, projetée à l’extérieur, de s’émanciper des chaînes du logos. Un destin légendaire s’ouvrira t-il également au couple Macron ? Une chose est sûre : il serait difficile de mythifier un couple présidentiel, même fusionnel, même fantasmé par le peuple, dont la politique s’avérerait décevante…

Antoine Fratini

1 Les articles sur ce thème abondent. Voir notamment: http://licornehannibal.over-blog.com/2016/09/portrait-d-emmanuel-macron-en-oedipe.html

2 Voir par exemple https://psychoanimisme.wordpress.com/2018/06/12/vivre-sans-fric/

 

La première maman de France

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© Andreas Hanks – The White House

Par-delà le sourire ravageur et le charme dionysiaque de Brigitte Macron, qu’est-ce que la première « cougar » de France incarne au fond ? Un président de la République épris d’un amour indéfectible pour une femme beaucoup plus âgée que lui : qu’en dit le docteur Freud ?

Quand on voit le couple présidentiel actuel, on ne peut que penser à Madame Bovary, à Lady Chatterley ou encore au film de Mike Nichols Le lauréat où un jeune étudiant s’entiche d’une femme cougar, Mrs Robinson. Ces femmes âgées en quête d’hommes plus jeunes sont devenues un phénomène culturel. Des sites de (www.allocougar.com), des séries télé (Cougar Town, Desperate Housewifes), des comédies romantiques (Toy Boy, 20 ans d’écart) leurs sont consacrés et tous les magazines féminins en font leur marronnier annuel.

L’imagination érotique de la femme cougar

Depuis les Problemata aristotéliciens, nous savons qu’il y a pendant la vieillesse un regain sexuel qui s’épanouit à partir d’une « exaltation de la vis imaginativa » (force imaginative). L’affaiblissement du corps et le déclin des capacités sexuelles n’entravent en rien l’élargissement de l’imagination érotique. Bien au contraire, plus nous vieillissons et plus notre imagination s’ouvre à l’érotisme. La physiologie antique nous dit à juste titre que la puissance sexuelle dépend de notre activité imaginative. On le sait, la psyché est constituée d’images (Jung). Rien d’étonnant alors à ce qu’une femme mûre développe une sexualisation de son imaginaire. Cela sous-entend aussi qu’avec l’âge, l’être humain parvient à se détacher de la peur, de la honte et de la culpabilité qui sont un véritable frein névrotique à l’extravagance de son imagination. Emmanuel Macron a 16 ans lorsqu’il rencontre en 1993 Brigitte Trogneux, professeur de lettres classiques. Elle a tout juste 40 ans. Qu’un jeune homme sensible et brillant soit attiré par une femme mûre à l’imagination sexualisée et libérée dans un contexte culturel où la sexualité demeure une résistance psychique, cela a du sens.

Le désir primordial de l’union avec la mère

La psychanalyse nous explique qu’il y a en chacun de nous un désir d’inceste. Le complexe d’Œdipe nous dit ainsi que le petit garçon désire coucher avec sa mère et que la petite fille désire son père. Mais il revient à Otto Rank, disciple dissident de Freud, d’avoir montré que ce désir primordial d’union avec la mère prend son origine avec le traumatisme de la naissance. En effet, le passage du monde intra-utérin de la mère au monde extérieur est déjà en soi une aventure initiatique : l’enfant doit quitter l’union exclusive avec sa mère pour pénétrer dans un monde ouvert où il doit apprendre à respirer par lui-même. Concernant les angoisses infantiles, Freud avait bien remarqué qu’elles s’estompaient dès que l’enfant entrait en contact physique avec sa mère. Pour autant, la fixation originelle à la mère et la haine de l’enfant envers le père venant entraver cette fixation demeurent le noyau névrotique que l’analyste tente de résoudre par le biais du transfert. L’analyste, en incarnant à la fois la mère et le père, doit pour ainsi dire permettre à l’analysant de se détacher progressivement de cette fixation originelle en reproduisant l’acte de naissance. C’est en ce sens qu’Otto Rank parle de la psychanalyse comme d’une deuxième naissance.

Dans les jupons de Mère Macron

Pour l’analyste jungien, la mère est avant tout le lieu symbolique du refuge, un noyau archétypal indispensable au processus d’individuation. Pour pouvoir affronter nos dragons intérieurs, nous avons besoin de savoir qu’il existe un refuge, un cocon, un espace de régénération. La majorité des rites initiatiques possèdent un lieu sacré (cavité, grotte, cabinet, fossé) symbolisant le ventre maternel et qui a pour fonction d’être le point d’ancrage d’une seconde naissance. L’anthropologue Gilbert Durand nous dit également que le refuge est le symbole mystique par excellence permettant d’euphémiser les « visages du temps » ou les « monstres dévorants ». L’expression populaire « être fourré dans les jupons de sa mère » prend alors tout son sens et on comprend alors à quel point la mère est un refuge en soi. Au-delà du désir d’inceste, il y a surtout le besoin de se sentir en sécurité dans un univers hostile. En ce sens, Brigitte Macron incarne parfaitement ce refuge indispensable au jeune Jupiter.

Une mère pour tous les français

La société française traverse depuis de nombreuses années une crise d’envergure à la fois économique, sociale et surtout psychologique. La famille fait partie des institutions sociales directement touchées par la crise. Qu’elle soit nucléaire, étendue, recomposée ou homoparentale, la famille connaît une instabilité importante sur le plan relationnel. Bien souvent, les membres d’une même famille nourrissent entre eux des aversions, des jalousies, des rancœurs, des exaspérations, des conflits névrotiques difficilement dépassables. La phrase d’André Gide « Famille, je vous hais »  est à ce titre significatif. Emmanuel Macron, étant un lecteur passionné de Gide, connaît certainement sur le plan personnel toutes les complications névrotiques existant dans une famille. Brigitte Trogneux est à l’évidence une femme déterminée et libérée qui a su devenir une mère à la fois protectrice et militante. On comprend alors pourquoi le jeune Emmanuel fût attiré par cette beauté maternelle qui lui manquait certainement dans la vie intime de son enfance.

Il est certain que les Français ont besoin de communier autour d’une mère des dragons comme l’atteste le succès de la série Game of Thrones. Nul doute que Brigitte Macron symbolise cette mère guerrière et nourricière que le peuple de France désire pour se reconstruire psychiquement.

Frédéric Vincent

L’évasion héroïque : une thérapie prometteuse

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Frédéric Vincent, psychanalyste et collaborateur de REBELLE(S)

Nombreuses sont les productions imaginaires qui traitent de la question de l’enfermement carcéral. Ces œuvres culturelles sont devenues étrangement inspirantes et ont même donné l’idée au psychanalyste Frédéric Vincent d’inventer la psychothérapie héroïque.

La prison est l’enfer névrotique que la modernité a engendré pour mieux contrôler et exploiter les individus. On sait que la majorité des sociétés humaines passées ou actuelles (Romains, Grecs, Égyptiens, Aborigènes, Dogons, Esquimaux, Bororos, etc.) ne connaissent pas l’enfermement comme sanction punitive. Par contre, il est intéressant de constater que chez les Guaranis par exemple, l’isolement d’un individu correspond davantage à une épreuve initiatique. On peut contraindre un individu à être enfermé dans un trou, on peut l’attacher à un arbre mais dans un but précis qui est l’évasion. Dans les rites de passage, on prive momentanément l’individu de sa liberté pour qu’il puisse la conquérir par lui-même. La prison moderne n’a malheureusement pas cette vocation initiatique, elle vous prive de votre liberté et ne vous donne en aucun cas les moyens de vous évader. Bien au contraire, le système carcéral renforce constamment ses dispositifs de contrôle et de surveillance afin que l’idée même d’évasion disparaisse de l’esprit du détenu.

L’imaginaire carcéral

L’imaginaire ambiant illustre le succès de ce principe d’évasion. De la Grande Évasion (1963) au Labyrinthe (2014), de Papillon (1973) à Hunger Games (2012), de Papa Schultz (1965) à L’Évadé d’Alcatraz (1979), élaborer un plan d’évasion semble être une idée qui fascine autant les scénaristes d’Hollywood que les spectateurs. Pourquoi une telle fascination ? L’enfermement psychosocial est un sentiment névrotique persistant qui touche tout le monde. À l’image de la prison moderne, la société occidentale s’organise de manière similaire comme l’a justement montré Michel Foucault dans son célèbre « Surveiller et Punir » (1975). À l’ère du numérique, le panoptique de Bentham est devenu un dispositif banal et accepté de tous. Les dissidents de Freud (Gross, Jung, Adler, Reich) ont compris très vite que le sens du monde moderne se situait dans la préservation de la « dissociation névrotique » comme moyen de surveillance et d’exploitation de l’homme. Par contre, l’imaginaire carcéral véhiculé par le cinéma et la littérature nous délivre un message inspirant : « il est possible de s’évader et de regagner la liberté d’être ».

L’enfermement : une épreuve initiatique

Le cycle littéraire « L’épreuve » (adapté au cinéma sous le titre « Le labyrinthe ») illustre à merveille le concept d’évasion héroïque. Le cycle raconte l’histoire d’un jeune de 16 ans, Thomas, qui se réveille complètement amnésique au beau milieu d’un labyrinthe géant dont les murs se déplacent pendant la nuit selon une certaine logique et qui est peuplé d’araignées géantes métalliques. Thomas se réveille parmi d’autres jeunes qui ne se souviennent que de leur prénom et qui ont organisé une micro-société au cœur du labyrinthe. Ces jeunes incapables de se souvenir de leur vie passée à l’exception de leur prénom organisent un mode de survie où les blocards (nom qu’ils se sont attribués) jouent un rôle bien défini. Dans cette tribu, on trouve le groupe des coureurs, ceux qui doivent pénétrer dans le labyrinthe afin de l’explorer et d’en comprendre le mécanisme. Le jeune Thomas est attiré par le labyrinthe et se découvre être un excellent coureur. Pour comprendre ce qu’ils sont et pourquoi ils sont là, Thomas et les blocards vont devoir affronter le labyrinthe et ses minotaures d’acier et surtout réussir à s’en évader. Cette évasion va impliquer des risques et des pertes mais garantir un résultat : une réminiscence, une remémoration du passé et une compréhension de l’ici et maintenant. Ce cycle littéraire est intéressant à plusieurs niveaux, il souligne à quel point nous pouvons être nos propres geôliers. Mais il rappelle aussi que nous possédons en chacun de nous les clefs de notre propre évasion.

Guérir la dissociation névrotique par l’évasion

L’évasion héroïque peut se définir comme un processus d’individuation qui commence par une résistance devant les diktats idéologiques et un besoin d’échapper à toute forme de vie schizoïde. En ce sens, le lâcher-prise (surrender), l’émotionnel, le ludique, l’imaginaire sont les meilleurs alliés dans un plan d’évasion qui sonne comme une progression lente et difficile à travers les 7 stades psychologiques du Moi. S’évader, c’est intégrer ces différents stades dans la construction de sa psyché. Frédéric Vincent a inventé la psychothérapie héroïque dont l’objectif premier est de faire comprendre à l’analysant l’attachement aveugle qu’il peut avoir envers les institutions surplombantes, de lui faire prendre conscience de son propre enfermement mental. Devenu lucide, il peut alors traverser le labyrinthe chaotique du monde soi-disant civilisé, affronter le minotaure technocratique, trouver son trésor intérieur et réussir son évasion. L’évasion héroïque n’a qu’une seule finalité : la guérison de la « dissociation névrotique », c’est-à-dire aider l’analysant à « réunir ce qui est épars » en lui, lui permettre une harmonisation psychique de toutes ses contradictions.

Georges Clastres

Association des psychanalystes européens – colloque de Paris, 2017

Frédéric Vincent en 30 secondes
Dans la continuité des penseurs néo-jungiens (Hillman, Durand, Maffesoli), le psychanalyste Frédéric Vincent a inventé la psychothérapie héroïque qui définit le Moi selon 7 stades ou degrés psychologiques. Ses recherches scientifiques l’ont amené ainsi à développer une nouvelle méthode thérapeutique dont les résultats sont plus que prometteurs.

Pour tout renseignement : www.fredericvincent.fr

 

La fin du monde, c’est quand ?

Extrait du Rebelle(s) numéro 10, septembre/octobre 2017

L’idée même de fin du monde a toujours hanté les habitants de notre planète, depuis les temps les plus reculés de l’espèce humaine, semble-t-il. En ce début de vingt-et-unième siècle, les bientôt 10 milliards d’êtres humains (la fourmilière est prévue pour 2050 !) font figure d’ultimes habitants d’une immense Atlantide aux bords de l’anéantissement gigantesque. L’autodestruction du genre humain est comme programmée depuis de longue date. Les prophètes de malheur habitent chez nous. Rien ne va plus et la roulette du futur tourne à toute vitesse annonçant des catastrophes écologiques, des tremblements de terre et des famines, des glaciations maudites et des désertifications méritant le même adjectif ! Et les oiseaux de Satan tournent comme des charognes au-dessus de ce qui n’est, chantent-ils, que le châtiment divin et final de nos égoïsmes…

Et si la vraie « fin des haricots » de l’ère du Verseau était ailleurs ? Si la bonne date, toujours remise à demain, était aujourd’hui ? S’il importait peu que le terme annoncé du Verseau se situe « aux alentours de l’an 2000 » selon la formule tant de fois utilisée ! Si l’on devait finir par avouer que le cauchemar absolu, avec ses mythes, ses salauds et ses héros, habitait en nos âmes perdues dès notre naissance ? S’il fallait dépasser, voir oublier ici, les avis hallucinés d’Helena Blavatsky, la théosophe allumée, laquelle situait la fin du monde en 1911, d’Edgar Cayse, de Dane Rudhyar, de Carl Gustav Jung même, sans oublier les oracles noirs de Nostradamus ou des Adventistes du septième jour, ou encore les hippies de ma jeunesse qui célébraient, notamment dans Hair, l’ouverture, l’écoute, le rock’n’roll, la drogue, le « Faites l’amour, pas la guerre ! » et la culture psychédélique pour tous.

S’il fallait dépasser toutes les transes de l’Apocalypse et les signaux des soucoupes volantes (ovni) comme les menaces de collision des comètes pour comprendre quelque chose à cette Sainte Trouille gigantesque que nous interrogeons à R.B.L ? Si la fin du monde n’était, au fond, qu’une ancestrale névrose planétaire, ontologique de quelque manière ?

Et l’Apocalypse de Saint Jean ?

Bien sûr, il y a aussi les textes sacrés. En premier lieu la « révélation » (apocalypsis en grec) faite à Jean qui nous révèle le scénario de la fin du monde quand adviendront l’ouverture des tombeaux, la résurrection des morts et le Jugement dernier. Selon les dernières nouvelles des historiens, le texte de Jean aurait été écrit vers 96 après Jésus-Christ. Et si l’on en croit les traditions, et les textes sacrés, Jean aurait eut sa vision à Patmos.

En fait, les visions prophétiques de Jean complètent celles des prophètes Daniel et Ézéchiel de l’Ancien Testament. Et l’Apocalypse est le résultat d’une extase eschatologique de Jean qui entendit derrière lui une voix clamer, ainsi qu’une trompette : « Ta vision, écris-la dans un livre pour l’envoyer aux 7 Églises, à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, et Laodicée » Ladite apocalypse commence par l’apparition de 7 candélabres d’or entourant comme un Fils d’homme, revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or. Cet homme a des cheveux blancs, ses pieds sont « pareils à de l’airain précieux », sa voix fait songer au « mugissement des grandes eaux ». Dans sa main droite, il y a 7 étoiles, et de sa bouche sort une épée effilée à double tranchant, son visage est comme le soleil brillant de tout son éclat. Et Jean tombe aux pieds de ce tableau, comme mort, mais le personnage merveilleux lui dit : « Ne crains rien, c’est moi, le Premier et le Dernier, le Vivant ; j’ai été mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès. ».

Plus avant dans le texte suivent des visions prophétiques qui constituent en somme les préliminaires du « grand jour » de Dieu, selon l’expression proposée par la première édition de la Bible oecuménique. Dieu remet à l’Agneau les destinées du monde, L’Agneau brise les sept sceaux. C’est l’annonce que les serviteurs de Dieu seront préservés, puis celle du triomphe des élus au ciel, puis un silence solennel suivant l’ouverture du septième sceau, puis les prières des Saints hâtant l’avènement du Grand Jour. Tout tremble, à grands coups de tonnerre, de voix et d’éclairs. Les 7 Anges aux 7 trompettes sonnent… La première entraîne la consumation d’un tiers de la terre, la deuxième annonce qu’un tiers de la mer devient du sang, la troisième se fait entendre quand tombe du ciel un « grand astre », tel un globe de feu. Au son de la quatrième, le jour perd le tiers de sa clarté, et la nuit de même. Et les visions de Jean s’enchaînent aux sons des dernières trompettes des Anges : à la cinquième un astre tombe sur la terre, provoquant une immense fournaise, à la sixième apparaissent 200 millions de cavaliers effrayants, et menaçants. C’est le signe de l’imminence du châtiment final. Et le son de la septième trompette est semblable au rugissement final du lion quand est consommé le Mystère de Dieu. Toute une cavalcade d’épisodes se suivent et s’entremêlent.

Jean, par exemple, prend « le petit livre ouvert dans la main de l’Ange », et il l’avale. Dans sa bouche, il y a la douceur du miel, mais quand il a mangé l’Apocalypse, ses entrailles sont brûlantes d’amertume. Durant la séquence annoncée par la septième trompette, vingt-quatre vieillards vêtus de robes blanches, assis devant Dieu, se prosternent. On note aussi la vision de la Femme enceinte aux douze étoiles couronnant sa tête et du Dragon à sept têtes et dix cornes qui la combat et veut dévorer son enfant aussitôt né. Mais la Femme met au monde un enfant mâle qui « doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer » (sic). Une certitude : le courroux divin règne pêle-mêle dans l’apocalypse de Jean. Notamment, quand le Dragon transmet son pouvoir à la Bête et que le faux prophète se met au service de ce dernier. Et la Bête a son chiffre symbolique à jamais : c’est le fameux 666 qui fait trembler aujourd’hui encore…

D’un cauchemar à l’autre

Et tout cela s’élargit en une succession de fléaux descendant sur la Terre (cataclysmes, bêtes monstrueuses et faux prophètes), Le tableau géant est vraiment cauchemardesque même si le Verbe de dieu finit par vaincre. Jean ne cesse de nous le faire comprendre : « le temps est proche ».

Avant de châtier Babylone pour l’éternité, Dieu va envoyer chez les impies des séries de fléaux dignes des antiques plaies d’Égypte. Voilà bel et bien l’annonce des temps messianiques, le châtiment de Babylone et celui de Rome sont imminents. La Prostituée est en larmes, l’extermination des nations païennes s’accomplit, les armées du Ciel triomphent. Jean voit un Ange descendre des nuées, tenant à la main la clef de l’Abîme, ainsi qu’une énorme chaîne. Et l’Ange du ciel maîtrise le Dragon, l’antique Serpent qui symbolise Satan, et l’enchaîne pour mille années… Après ce répit, Satan, relâché de sa geôle, s’en va séduire les nations des quatre coins de la planète (Gog et Magog). Le second combat eschatologique est livré et Satan, le séducteur diabolique, jeté dans un étang de soufre embrasé, y retrouvant la Bête et le faux prophète, « et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles ». Le temps est accompli du Jugement des Nations, triomphe la Jérusalem future, « un ciel nouveau, une terre nouvelle » s’impose. La Jérusalem messianique est victorieuse et préfigure la Jérusalem céleste et l’épilogue de l’Apocalypse de Jean : « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon Ange publier ses révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David, l’Étoile radieuse du matin ».

Quoi qu’il en soit, l’homme de désir reçoit l’eau de la vie, gratuitement. En vérité, l’Apocalypse de Jean affirme que le retour du Seigneur est proche, pour les siècles des siècles, Dans un style hautement symbolique, elle récapitule l’état des lieux, évoque la confrontation éternelle qui oppose avec une violence inouïe Satan et les puissances ténébreuses du monde et le peuple de Dieu. Elle ne cesse de nous rappeler, au-delà des tribulations décrites, que le vaste combat entre Ombre et Lumière doit ne jamais nous faire oublier l’espérance de la Jérusalem céleste. Dans cet esprit, l’Apocalypse de Jean est à lire, à relire, de bout en bout. Elle est toujours connectée au présent, à l’ici et au maintenant de l’aujourd’hui de l’humanité.

Jean n’est pas le seul

Mais Jean n’est pas le seul à bénéficier de révélations. Le chapitre treize de l’Évangile selon Marc décrit une autre sorte d’apocalypse menaçante qui nous annonce « des guerres et des bruits de guerre » et nous évoque des soulèvements dramatiques de nation contre nation. Elle nous précipite dans « l’abomination de la désolation établie là où elle ne doit pas l’être » et le tout à l’avenant ! Et si l’on est en mal de tremblements de terre et d’horreurs à proclamer ou à amalgamer, on peut aussi se plonger sans discernement dans les apocalypses gnostiques, relire la Pistis Sophia, se perdre dans l’Apocalypse de Pierre ou dans les livres d’Énoch, apprendre par coeur les « écrits apocryphes chrétiens » publiés récemment par « La Pléiade »… Dès lors, on le devine, on le pressent : la fin du monde, c’est peut-être de tout temps. Elle n’a pas besoin de montres à solliciter. Alors, tout bascule. Et il suffit d’analyser un peu notre bel aujourd’hui pour tout comprendre. L’Apocalypse est un mouvement perpétuel, à géométrie variable. C’est la raison pour laquelle nous devons changer notre manière de la voir afin de l’analyser. Changer de lunettes pour en parler ?

Jean-Luc Maxence

Rebelle(s) Mag n°15 : Brigitte et que dit la psychanalyse ?

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Le Rebelle(s) Mag n°15 de septembre à octobre 2018 est arrivé en kiosques, points presse et dans votre librairie !

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Le dossier : Brigitte et que dit la psychanalyse ?

  • Brigitte et les Psychanalystes, c’est le moment de se taire !
  • Pourquoi « En marche » ne marche plus ?
  • « Couple jeune et élégant »…
  • Brigitta
  • Un fantasme pas comme les autres
  • La première maman de France
  • Faut-il se rebeller contre « les dingues de pognon » ?

La couverture de Rebelle(s) Mag n°15

 

Sommaire

Les collaborateurs du n°15

Patrick Boccard, Éric Desordre, Antoine Fratini, Martine Konorswki, Patrick Le Divenah, Danny-Marc, Jonathan Lévy- Bencheton, Jean-Luc Maxence,
Éric Roux, Lucien de Samosate, Frédéric Vincent …