
Dans la Venise du 17ème siècle, l’Ospedale della Pietà est un orphelinat qui forme des jeunes filles à la musique. Rares sont celles qui retrouvent leur mère. Elles jouent anonymement, le visage masqué.
Leur émancipation ne peut se concevoir que dans le mariage. Elles deviennent monnaie d’échange pour l’orphelinat qui peut se développer grâce à l’argent que des hommes de haute fonction donnent en vue de convoler.
Cécilia, belle prodige, virtuose du violon, vit sa passion avec modestie. Elle nourrit une quête, celle de retrouver sa mère. Une salle tenue secrète à l’orphelinat renferme un registre dans lequel sont consignés les enfants abandonnés auxquels des images à moitié déchirées sont agrafées.
La date et un bout d’image sainte attestent du dépôt de la mère. Si le bout de l’image manquant est reconstitué, il sera l’indice de l’authenticité de la mère venue récupérer son enfant.
Ces scènes où Cécilia cherche frénétiquement des indices sont plongées dans un clair-obscur qui leur confère un mystère et nous transporte dans un tableau de Georges de la Tour.
C’est dans cette lumière à la bougie qu’elle rencontre de façon fortuite Antonio Vivaldi. Elle est choisie à son grand étonnement comme premier violon, car Vivaldi voit en elle les graines de la réussite.
Le film résonne discrètement du mouvement post-féministe #Me Too. Cecilia, promise à un officier qui a combattu lors de la guerre contre les Turcs, ne se laisse pas impressionner par son futur mari.
Celui-ci, blessé dans son ego, se vengera brutalement. Il demeurera impuni, mais sa méchanceté permettra à la jeune femme d’être libre.
On se balade dans une Venise peinte par Guardi, auprès d’un Vivaldi qui a composé les Quatre Saisons lors de son séjour à l’Ospedale. Le film retrace une belle histoire et s’inscrit dans le genre biopic.
Le titre suggérait qu’une relation artiste et pupille s’installerait témoignant de la difficulté à créer, à passer le flambeau : pourtant ce n’est que timidement abordé. De même, une rivalité entre les deux violonistes aurait pu voir le jour nous plongeant dans l’intériorité des personnages, ce qui manque au film, une focalisation interne nous faisant vivre à l’unisson les tourments de la création.
Sans doute notre frustration vient du manque de tension dans le film. Si dans nos vies, les tensions sont source de stress, on les apprécie dans la fiction.
Alexandra Touitou Sénéchi




