
Dissimulé dans sa trousse, le miroir est à peine visible. La lycéenne au fond de la classe s’ennuie et joue avec les rayons du soleil qui miroitent sur la vitre de la salle.
Elle ne peut s’empêcher de jeter un regard constant dans sa trousse, ajuste sa mèche, humecte ses lèvres, mais surtout cherche à comprendre qui elle est, au fil de l’heure qui s’écoule.
Elle s’ennuie : un coup d’œil à la trousse. Elle fait la moue : capture sa bouche.
Cédric la regarde : elle admire ses yeux qui brillent.
C’est cette mosaïque de visages qui la subjugue et l’attire vers le miroir.
Elle se découvre.
Mademoiselle, vous m’écoutez : quel est le périmètre du triangle ?
Mademoiselle, je vous ai posé une question.
Son cœur palpite, elle pâlit, bredouille : je ne sais pas, Madame.
Eh bien, concentrez-vous, s’il vous plaît.
Elle regarde ses camarades, qui se sont déjà retournés. Immédiatement, elle inspecte sa trousse et se réjouit de voir de fines gouttes de transpiration qui paillettent son visage.
Ses joues ont rosi, son crayon khôl vagabonde sur sa tempe en fine poudre, lui donnant l’air de Dracula. Elle adore voir son visage se transformer. Si elle pouvait pleurer, des rivières de khôl traverseraient son beau visage. Oui, elle se sent belle quand les émotions la défigurent et la submergent, elle a hâte d’avoir un visage de femme adulte, lequel la vie aura façonné et remodelé, voire ridé. Elle guette la patte d’oie avec une joie contenue. Cet éventail de rides au coin des yeux marquera sa rupture d’avec l’enfance et son entrée en Adulte.
Dans le creux de sa main, elle continue de triturer son miroir comme une balle d’anxiété.
Mademoiselle, que tenez-vous dans votre main ? Les portables sont interdits.
Elle le replace dans sa trousse et soupire.
Demain elle l’accrochera à son cou.
Alexandra Touitou Sénéchi




