(Episode précédent) Au Royaume Uni comme en Amérique, une question est souvent posée aux Beatles : pourquoi les filles se mettent elles dans un tel état pendant les concerts, pourquoi crient-elles sans arrêt ? Cette interrogation mérite qu’on s’y arrête, d’autant plus qu’elle ne va pas concerner que les Beatles mais également les Rolling Stones et certains autres groupes ou artistes.
Beaucoup de théories ont été émises sur le sujet. La plupart d’entre elles ont un point commun : la sensualité, pour ne pas dire la sexualité. Il faut ici remarquer qu’une importante proportion des fans des Beatles étaient des jeunes filles entre douze et quinze ans. Si on se replace dans le contexte éducationnel de l’époque, aussi bien au Royaume Uni qu’aux USA, ces jeunes filles ne savent rien ou presque de la vie. Pour dire les choses encore plus directement, la plupart d’entre elles ne savent même pas qu’elles ont un clitoris et encore moins à quoi ça sert. Le monde du sexe leur est totalement inconnu, même de manière livresque.
Et voilà que débarquent ces quatre garçons, séduisants en diable et proprement irrésistibles. La jeune fille sent que quelque chose se réveille en elle mais elle ne sait pas ce que c’est. Alors elle manifeste physiquement ses émois intérieurs d’une façon qui la dépasse mais qui lui apporte beaucoup de bonheur. Cette explication en vaut bien une autre.
Les Beatles au cinéma
Parfaitement conscients du potentiel du groupe en termes de vente, les cadres de la United Artists, société de production cinématographique américaine, décident qu’il faut exploiter le filon. On tient au réalisateur choisi par les Beatles, Richard Lester, le propos suivant : « Essayez de finir le film rapidement pour qu’il soit prêt pour sortir en été car, après l’été, on ne parlera probablement plus d’eux ».
Bref, faisons de l’argent vite fait, bien fait avec ça avant que la bulle ne se dégonfle. Le budget est très serré et le timing encore plus. Le scénario est on ne peut plus simple. Il s’agit de rendre au cinéma la vie effrénée et quotidienne des Beatles entre concerts, émissions TV et courses poursuites avec les fans. Bref, ils jouent leur propre rôle et on peut dire qu’ils s’en sortent plutôt bien pour des amateurs. Toutefois, Ringo se détache aisément des trois autres car il a un véritable talent inné d’acteur. Plusieurs longues scènes lui sont consacrées.
Un succès phénoménal
Comme tout ce que les Beatles touchent, ça se change en or et le succès, aussi bien au Royaume Uni qu’en Amérique est phénoménal. Le film sort le 6 juillet 1964 et rapporte deux millions de livres les six premières semaines !
Tous les fans de par le monde qui n’ont pu voir les Beatles en concert vont s’en donner à cœur joie et ceux qui les ont déjà vu vont accorder encore plus de valeur à leurs souvenirs.
Elvis avait déjà fait des films, les plus récents étant de qualité douteuse. Mais son étoile avait déjà pali quand il s’était mis au cinéma. Là, les Beatles ne cessent de gagner en popularité, ils sont sur la pente ascendante et le film ne fait que renforcer cet attrait irrésistible.
La musique du film
Nous détaillerons dans le prochain article la musique du film, c’est-à-dire l’album A Hard Day’s Night mais il est d’ores et déjà bon d’en connaitre la genèse.
Le titre du film vient d’un accident de langage de Ringo utilisé par John Lennon. En effet, celui-là avait dit après une journée d’enregistrement en studio, ‘It was a hard day… night’, rajoutant le mot night en s’apercevant qu’il faisait nuit. « On a eu une longue journée au studio, et on a bossé toute la journée puis finalement une partie de la nuit. Je crois que je suis sorti en pensant qu’il faisait toujours jour, Et j’ai dit It’s been a hard day…, puis j’ai regardé autour de moi pour me rendre compte qu’il faisait nuit et je me suis rattrapé : …night ! On est donc arrivés à A Hard Day’s Night. » explique Ringo. Une fois le titre du film choisi, la chanson a aussitôt été composée et mise en musique par les Beatles dans la même nuit.
Point de vue du cinéphile
Il est clair qu’on n’est pas dans un des sommets du 7ème art mais on aurait tort de bouder le plaisir qu’on peut avoir à regarder ce film. Chacun des Beatles est irrésistible à sa façon, spécialement Ringo.
Certains traits d’humour méritent d’être évoqués.
Lors d’une réception en leur honneur, Paul, alors officiellement célibataire, bien qu’étant avec la comédienne Jane Asher, se voit toujours poser la même question par les journalistes qui l’interpellent : « on vous voit souvent avec Untelle. Y a-t-il quelque chose entre vous ? » et, à chaque fois, Paul répond : « non, on est juste amis ». Quand on lui demande s’il voit souvent son père, Paul, mécaniquement, répond : « non, on est juste amis ». De l’humour typique Marx Brothers !
Le moment où ils se défoulent sur Can’t Buy Me Love sur un terrain de sport est savoureux parce que complètement surréaliste.
John a un dialogue, tout aussi surréaliste, avec une actrice qui croit le reconnaitre :
- (Actrice) Salut !
- (John) Salut !
- Oh c’est pas vrai, je vous reconnais !
- Vous me confondez
- C’est fou ce que vous lui ressemblez
- C’est vrai ? Personne ne me l’avait dit avant vous.
- Regardez-vous dans la glace
- Je ne suis pas comme lui, je trouve, mais vous le connaissez mieux que moi, sans doute…
- (gênée et ingénue) Je l’ai juste rencontré une fois ou deux.
- Ça n’est pas ce qu’on dit
- Qu’est-ce qu’on dit ?
- Toute la ville en parle mais je vous ai défendu : j’ai tout démenti
- Je sais qu’on peut compter sur vous
- Merci
- Vous ne lui ressemblez pas du tout.
Bref, on est dans la veine Marx Brothers-Peter Sellers.
Cupidon a encore frappé
Sur le tournage du film, spécialement sur la chanson I Should Have Know Better, George rencontre Patti Boyd, ravissante mannequin londonienne, digne égérie des sixties qui deviendra rapidement sa femme.
Conclusion
C’est le film parfait et au bon moment. La vie est souvent régie par le fait d’être au bon endroit, au bon moment et avec les bonnes personnes. Dans ce registre, les Beatles sont, pour l’instant, au plus haut niveau.
La prochaine fois : l’album A Hard Day’s Night




