
(épisode précédent) Soulagés d’avoir retrouvé Ringo, les Beatles se taillent un succès incroyable en Australie. Entre l’aéroport d’Adelaide et leur hôtel, ils traversent en voiture une « haie d’honneur » de 300 000 personnes qui sont venues les acclamer. La plus grosse foule qu’ils n’aient jamais vu.
De retour au Royaume Uni, l’hystérie est en permanence au rendez-vous. Puis, comme c’était prévu depuis le départ, ils font une tournée américaine.
La deuxième tournée américaine
Là ou leur première tournée était modeste et prudente (une dizaine de jours), la deuxième est une tournée marathon : 30 concerts dans 23 villes. La police américaine était habituée aux grands rassemblements et savait gérer en conséquence mais, avec les Beatles, ça prenait des proportions inédites et les forces de l’ordre étaient débordées.
Là, au hasard d’une conférence de presse de début de tournée, les Beatles vont affirmer bien haut leur différence : il est hors de question qu’ils jouent dans les salles qui pratiquent la ségrégation, pratique courante dans les stades du sud des Etats Unis. Ils vont le dire clairement et sans animosité aucune mais avec fermeté : c’est hors de question.
A cette occasion, on mesure clairement la différence de culture entrez le Royaume Uni et les Etats Unis. En Angleterre, ce serait impensable et choquant. Aux Etats Unis, la population est plus partagée. Le public du sud des Etats Unis et des campagnes trouve la ségrégation normale (on est en 1964, je vous le rappelle). Les gens du nord du pays et des grandes villes n’aiment pas ça mais ne se positionnent pas vraiment contre.
Les Beatles ont pris un gros risque sur ce coup-là, celui de se mettre à dos une majorité d’américains. Mais, conscients du problème, ils en avaient parlé auparavant ensemble et avaient pris une décision à l’unanimité, ce qui est très courageux de leur part. Il est amusant de voir cette conférence de presse où Brian Epstein, derrière le groupe, mesure immédiatement la conséquence possible de la position des garçons. Il semble se dire : « Oh la la, mon Dieu ! »
Les conséquences
Le sujet est d’autant plus brûlant que trois militants des droits civiques viennent de se faire assassiner par le Ku Klux Klan dans le Mississipi, avec la complicité de la police de la région. L’affaire choque profondément l’Amérique d’autant plus que les commentaires des gens du coin, reprises par les chaines nationales de TV, ont tout pour choquer : « ils sont venus chercher les ennuis, ils les ont trouvés ». L’unanimité du mépris pour ces meurtres de l’Amérique rurale fait prendre conscience aux autres américains qu’il y a quelque chose de vraiment pourri dans la ségrégation.
Les Beatles affirment haut et fort qu’ils ne seront pas complices de ce système. La ville de Jacksonville va être la première à rendre les armes et autorisera, le 11 septembre 1964, pour la première fois de son histoire, un spectacle sans ségrégation. Dallas et New Orleans suivront.
Le docteur Kitty Oliver, historienne, avait 15 ans à l’époque du concert de Jacksonville et se souvient encore de son émotion d’être une afro-américaine au milieu de tous ces blancs sans que personne ne trouve à y redire. C’était la première fois. Les Beatles ont fait ça pour elle et pour bien d’autres noirs.
Mais le film A Hard Day’s Night ainsi que son album sont sortis et personne ne peut résister au Beatles. Ce qui s’appelle utiliser sa célébrité à bon escient.
Quelques expériences hors du commun
Une foule en délire assiste à chacun de leurs concerts qui se déroulent dans de vastes salles et même parfois des stades. La prestation du 23 août 1964 au Hollywood Bowl de Los Angeles sera enregistré mais les cris stridents du public rendront l’album live, sorti en 1977, plutôt difficile à apprécier. Il sonne comme un album pirate et les Beatles, individuellement, ne vont pas l’aimer. Il ressort en 2016 en CD après que les pistes aient été « nettoyées » et que le bruit dû au public soit atténué.
Mais le grand souvenir du groupe de ces quelques semaines sera leur rencontre avec Bob Dylan, qu’ils admirent, qui les admire et qui les initie à la marijuana. On se souviendra que les Beatles prenaient depuis leurs débuts des amphétamines mais l’herbe va avoir une influence importante sur leur démarche musicale, leur façon de composer.
Beatles For Sale
Malgré leur emploi du temps marathon en 1964, les Beatles trouvent le temps d’enregistrer un single et un album.
Le single, I Feel Fine, est très innovant pour son époque. Il commence par un effet larsen, effet produit en plaçant une guitare électrique devant l’amplificateur auquel elle est branchée ce qui provoque un « accrochage acoustique ». Quelques années plus tard, tout le monde va s’y mettre, Hendrix, les Who, etc mais les Beatles sont les premiers à avoir fait figurer cet effet sur un disque. Le pont contient des harmonies vocales de toute beauté. George joue le thème de guitare synchro avec John.
La pochette de l’album Beatles For Sale en dit long sur l’épuisement des garçons : ils ont l’air fatigués.
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Une chanson avec un pont magnifique, déchirant, aux harmonies vocales attendrissantes.
I’m A Loser
Quelle chanson surprenante. John est riche et célèbre mais il considère tout de même être un perdant… Encore de belles harmonies vocales.
Baby’s In Black
Une belle chanson triste qui pourrait avoir été inspirée par le désarroi de Astrid Kirchherr suite à la mort de son petit ami Stuart Sutcliffe, bassiste des Beatles à Hambourg.
Eight Days A Week
Un début en fondu, ce qui est inédit à l‘époque. La chanson est de circonstance : avec leur emploi du temps chargé, les Beatles en arrivaient effectivement à caser huit jours dans une semaine. La progression d’accords est très originale et sera beaucoup utilisé par le groupe comme une recette interne. Certaines harmonies sur le pont frayent par moment avec des mélodies arabisantes.
Un album de transition
Malgré toute la bonne volonté des garçons, Beatles For Sale n’est pas un grand album. Il est enregistré dans l’urgence et se situe bien en deçà de ce qu’ils ont fait avant ou après.
La moitié de l’album est constitué de reprises ce qui n’était pas arrivé depuis leur premier opus. Si on examine la liste de tous leurs concerts ci-dessous, on voit bien que les années 1963 et 1964 sont harassantes. Ça a un prix.
https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_the_Beatles%27_live_performances
La prochaine fois : encore du cinéma




