• S’abonner à Rebelle(s)
  • Contact
  • Mentions légales
jeudi 8 octobre 2026
  • Login
Rebelle(s) Mag
  • Accueil
  • Politique(s)
  • Art(s)
  • Philo-spirit(s)
  • Société(s)
  • Littéraire(s)
  • Spécial Ukraine
  • Tribune(s) Libre(s)
  • Qui sommes-nous ?
No Result
View All Result
  • Accueil
  • Politique(s)
  • Art(s)
  • Philo-spirit(s)
  • Société(s)
  • Littéraire(s)
  • Spécial Ukraine
  • Tribune(s) Libre(s)
  • Qui sommes-nous ?
No Result
View All Result
Rebelle(s) Mag
No Result
View All Result

Que reste-t-il de nos lectures ? (chap.4)

Le vase de Chine (première partie)

Daniel Aquili by Daniel Aquili
13 juin 2023
in Littéraire(s)
2
Partager sur FacebookPartager sur Twitter
L'idiot - Lecture ©Eric Desordre
L’idiot ©Eric Desordre –

Parmi les images fortes qui peuvent hanter la mémoire d’un lecteur, il en est une qui laisse une empreinte inoubliable, sans doute parce qu’elle associe l’éclat de sa théâtralité à la profondeur de sa portée morale. Nous voulons parler de cette scène, dans L’Idiot de Dostoïevski, où le prince Muychkine, emporté par le feu de son discours, brise en gesticulant un vase de Chine très précieux, au milieu d’une soirée mondaine.

Lecture d’un passage extraordinaire

Mais avant de commenter ce passage si extraordinaire, il convient d’en restituer le contexte. Et de présenter le héros démesuré d’une œuvre démesurée. Nous évoquions dans des textes précédents la valeur mythique et allégorique des textes littéraires : L’Idiot en est la parfaite illustration. En effet ce récit est avant tout  la mise en scène d’une hypothèse, d’un défi : si le Christ revenait parmi les hommes, que se passerait-il ? Si un être infiniment bon, qui ne serait qu’amour et compassion, apparaissait dans notre société (en l’occurrence la société russe de 1868), comment se comporterait-il et comment son entourage réagirait-il ?

Pasolini donnera un siècle plus tard, en 1968, sa version de cette supposition provocatrice, dans son film Théorème qui fit scandale : le « visiteur », Ange de beauté et d’amour, arrive dans une famille très bourgeoise et se donne sexuellement à tous, père, mère, fils ou fille, révélant à chacun la vérité de son être, masquée par les conventions sociales (Baudelaire : « l’être le plus prostitué, c’est l’être par excellence, c’est Dieu, puisqu’il est l’ami suprême pour chaque individu, puisqu’il est le réservoir commun, inépuisable de l’amour »).

Chez Dostoïevski, la référence au Christ, quoique non explicite, est plus évidente encore. Le jeune prince Muychkine revient de Suisse où il a été soigné pour son épilepsie (mal dont souffrait l’auteur) qui peut dans ses accès le rendre tout à fait « idiot ». Il garde dans son caractère, lui qui ne connaît rien du monde, une simplicité, une franchise ingénue, aux dépens de tout tact parfois, de toute prudence diplomatique, ce qui le fait souvent passer pour naïf ou benêt. Mais il sait aussi deviner les hommes, discerner leur vrai caractère, chasser leurs démons, et face à sa lucidité bienveillante, même les plus haineux, les plus cruels, les plus jaloux finissent par l’aimer.

En Suisse, il a été heureux au contact des enfants, qu’il adore et qui l’adorent et le suivent partout, ce qui ne plaît pas aux parents ni au maître d’école. Évocation d’un passage célèbre des Évangiles : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu appartient à ceux qui sont comme les enfants » (Marc, 10, versets 13-16). Dostoïevski connaît bien ces mots : le Nouveau Testament était le seul livre autorisé au bagne de Sibérie, où il a été déporté pendant quatre ans dans sa jeunesse.

Or tous les personnages ne cessent de voir en lui un enfant, même les plus vils, comme l’intrigant alcoolique Lébédev : « Ce qui a été caché aux sages et aux esprits forts a été révélé aux enfants » dit-il à propos du prince.

Les personnages citent les maximes du prince, comme s’il s’agissait d’un prédicateur : « La beauté sauvera le monde », « l’humilité est une force terrible »… Il a le don de prophétiser le destin du ténébreux et inquiétant Rogojine, son contraire, l’Ange noir, incarnation de la passion morbide et possessive, l’amour mêlé à la haine (les yeux de Rogojine, ces yeux de braise que Muychkine devine partout, dans un corridor sombre, derrière le rideau d’une fenêtre, dans une foule en sortant de la gare : il est là, il le devine, prêt à l’assassiner peut-être… Ces yeux font partie des images-souvenirs qu’un lecteur n’oubliera jamais).

Autre trait de parenté clair avec la figure du Christ : il est pris de compassion pour la « pécheresse »,  la fille perdue marquée socialement par sa « faute ». C’est d’abord Marie, dans le village suisse, la fille séduite et abandonnée à qui les enfants lancent des pierres avant que le prince ne leur apprenne la pitié et l’amour des exclus. On retrouve ici le pardon du Christ à la femme adultère qu’on veut lapider. Et cet autre épisode évangélique (Luc, 8, v.44-50) où une autre pécheresse lave les pieds du Christ : « ses péchés sont remis, car elle a beaucoup aimé ». On sait aussi que Marie Madeleine, que Jésus a délivrée de sept démons, accompagnera le Christ jusqu’au pied de la croix.

Mais la pécheresse, dans L’Idiot, c’est Nastassia Philippovna, fille entretenue très jeune par un homme riche et puissant, regardée et se regardant elle-même comme une « prostituée » et à qui le prince déclare tout à coup : « Je vous aime, je suis prêt à mourir pour vous ». Il est fasciné par son extraordinaire beauté, mais surtout par la souffrance terrible qu’il lit dans son visage. Trait d’un siècle marqué par le romantisme  – Baudelaire au même moment écrit dans ses journaux intimes : « Je ne conçois guère de Beauté où il n’y ait du malheur ».

C’est un élan de compassion qui le porte vers cette femme déchue  rêvant depuis toujours d’un homme qui lui dirait : « Tu n’es pas coupable » Mais Nastassia renonce au mariage que lui propose le prince, malgré son amour pour lui, de crainte de causer son déshonneur.

Alors le prince s’engage dans un autre projet de mariage (et voici bientôt le vase de Chine, que le lecteur patient se rassure !). Car il y a, à côté de Nastassia, la femme perdue, une autre beauté exceptionnelle, celle d’Aglaia. Le prince lui a dit, à leur première rencontre : « Vous êtes si belle qu’on a peur de vous regarder ». Aglaia est la cadette des trois filles du général Epantchine. C’est une enfant gâtée, elle en convient elle-même, capricieuse, colérique, méchante parfois. Mais les trois sœurs, comme leur mère, sont de belles âmes, détachées des conventions, et le prince les a tout de suite charmées avec son innocence. Aglaia, courtisée par les plus nobles et riches partis, s’est entichée de son « chevalier pauvre » que l’on traite souvent à voix basse d’idiot : voilà un fiancé idéal, romanesque, pur, et se marier avec un pareil Don Quichotte ferait un beau scandale dans le grand monde !

Cependant  ses parents hésitent : est-ce un fiancé possible ? Dans le doute, ils décident, selon l’usage, d’organiser une soirée à laquelle seront présents certains de leurs protecteurs haut placés, personnes de pouvoir et d’expérience qui donneront leur avis sur ce fiancé hors norme.

Ici s’arrête la première partie du Vase de Chine. Nous avons tenu à rappeler les éléments qui donnent à cette scène son sens et sa force dramatique. Aglaia, toute romanesque qu’elle se prétende, craint beaucoup que le prince se ridiculise dans cette soirée où il sera jaugé, scruté. Alors elle lui interdit de parler : il est capable de se lancer dans une tirade enflammée et d’agiter les bras… et de briser le vase de Chine auquel sa mère tient tant !

Une seconde partie verra le vase se briser, non sans livrer quelques pistes de réflexion dans la lecture.

(à suivre)

Tags: Charles BaudelaireDaniel AquiliDostoïevskiJesus ChristL'idiotlittérature russeMarie MadeleinePasolini
Previous Post

Cycle Led Zeppelin : III

Next Post

Les gourous de la santé naturelle

Daniel Aquili

Daniel Aquili

Professeur agrégé de lettres, Daniel Aquili a longtemps exercé dans un lycée de l’Est parisien, où il s’est attaché à faire découvrir le théâtre à ses élèves. Il est co-scénariste du film L’Anniversaire de Thomas (1982), hommage lyrique à l’aventure de la sidérurgie lorraine et de l’immigration italienne, à travers le destin tragique d’une cité du fer, Villerupt.

Next Post
Plantes et moutons ©Eric Desordre

Les gourous de la santé naturelle

Please login to join discussion

Dossier Refus de l’assignation (cliquez ici)

Mais quel rôle veut on qu'on joue ©photo Eric Desordre 2026
Mais quel rôle veut on qu'on joue ©photo Eric Desordre 2026

Abonnez-vous à notre newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

Rubrique(s)

  • 3 questions à…
  • Art(s)
  • Cinéma(s)
  • Classique(s)
  • Dossier du mois : Au secours !
  • Dossier du mois : Envers et contre tout
  • Dossier du mois : Infos, complotisme et vérités alternatives
  • Dossier du mois : L'art peut-il influencer le monde ?
  • Dossier du mois : L'espérance… aujourd'hui ?
  • Dossier du mois : L'Éveil
  • Dossier du mois : L'Humour… l'Amour ! Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?
  • Dossier du mois : L'Ironie – les poètes à l'attaque
  • Dossier du mois : La foire aux cons : toujours d'actualité
  • Dossier du mois : Le monde d'aujourd'hui est-il le même ?
  • Dossier du mois : Le refus de l'assignation
  • Dossier du mois : Manipulés… manipulateurs ?
  • Dossier du mois : Mélange des genres
  • Dossier du mois : Qu’est-ce que se rebeller aujourd’hui ?
  • Dossier du mois : Un chemin d'égarement
  • Edito(s)
  • Geekologie(s)
  • Hommage à Jean-Luc Maxence
  • Inclassable(s)
  • L'impertinence poétique
  • Le Mag papier
  • Les gonzoïdes de l'Apocalypse
  • Les grands entretiens rebelle(s)
  • Littéraire(s)
  • Mémoires Démasqués
  • Petites vignettes
  • Philo-spirit(s)
  • Politique(s)
  • Rock and Folk et Musique(s)
  • Société(s)
  • Spécial Ukraine
  • Théatre(s) – Spectacle(s) – Expo(s)
  • Tribune(s) Libre(s)
  • Voyage(s)
interviews 1 scaled

Articles récents

  • Poèmes 6 octobre 2026
  • L’iWatch 6 octobre 2026
  • L’ai-je bien descendu ? 6 octobre 2026
  • Le Père-Lachaise surréaliste 5 octobre 2026
  • Les Beatles… Un cadeau des Dieux ? Dix-neuvième partie 3 octobre 2026
  • Du lien entre un pot de moutarde, une IA et une catastrophe nucléaire – Partie 4 et fin 2 octobre 2026
  • Bagdad Café 2 octobre 2026
  • Du lien entre un pot de moutarde, une IA et une catastrophe nucléaire – Partie 3 30 septembre 2026
  • Demi-mesures 29 septembre 2026
  • Du lien entre un pot de moutarde, une IA et une catastrophe nucléaire – Partie 2 28 septembre 2026
  • Le jour bleu 26 septembre 2026
  • Il faut être indocile 26 septembre 2026
  • Du lien entre un pot de moutarde, une IA et une catastrophe nucléaire – Partie 1 26 septembre 2026
  • Les Beatles… Un cadeau des Dieux ? Dix-huitième partie 25 septembre 2026
  • Les Idées, groupe mythique 15 septembre 2026
  • Inouï 15 septembre 2026
  • L’écriture est un poisson 15 septembre 2026
  • Nos conversations avec l’IA sont-elles privées ? 15 septembre 2026
  • Les travaux et les jours et les loisirs 3 septembre 2026
  • Ségolène avait raison ! 3 septembre 2026
  • L’Art est un combat ! 3 septembre 2026
  • Allergies 28 août 2026
  • Cigales et fourmis 28 août 2026
  • Selfie 28 août 2026
  • L’homme inclassable 28 août 2026

© 2026

Welcome Back!

OR

Login to your account below

Forgotten Password?

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.

Log In
RBLs
Gérer le consentement aux cookies
Nous utilisons des cookies pour optimiser notre site web et notre service.
Les cookies fonctionnels Toujours activé
Le stockage ou l’accès technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques. Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire pour créer des profils d’utilisateurs afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
  • Gérer les options
  • Gérer les services
  • Gérer {vendor_count} fournisseurs
  • En savoir plus sur ces finalités
Voir les préférences
  • {title}
  • {title}
  • {title}
No Result
View All Result
  • Accueil
  • Qui sommes-nous ?
  • Le Mag Papier
  • Geekologie(s)
  • Littéraire(s)
  • Société(s)
  • Politique(s)
  • Art(s)
  • Art(s)
  • Cinéma(s)
  • Rock and Folk et Musique(s)
  • Théatre(s) – Spectacle(s) – Expo(s)
  • Dossier du mois : Qu’est-ce que se rebeller aujourd’hui ?
  • Edito(s)
  • Inclassable(s)
  • L’impertinence poétique
  • Littéraire(s)
  • Philo-spirit(s)
  • Tribune(s) Libre(s)
  • Voyage(s)
  • Dossier du mois : Qu’est-ce que se rebeller aujourd’hui ?
  • Contact

© 2026

Ce site web utilise des cookies. En continuant à utiliser ce site web, vous consentez à ce que des cookies soient utilisés. Visitez notre Politique de confidentialité et de cookies.
Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?