
(Episode précédent) Les Beatles sont donc de retour à Liverpool. Ils passent plusieurs fois au Casbah Club puis au Cavern Club dont ils vont assurer la célébrité pour toujours.
Parmi tous les gens qui les avaient vus avant Hambourg, personne ne reconnait le groupe amateurs de gamins qu’ils avaient connus. Les Beatles sont clairement devenus des professionnels et pas seulement parce qu’ils jouent vraiment bien mais également par leur capacité à enflammer les foules. Ils sont d’un enthousiasme exubérant et profondément contagieux sur scène. C’est à ce moment-là qu’on commence à entendre les filles crier quand ils jouent… Les débuts de la Beatlemania !
Une histoire presque trop belle pour être vraie
Brian Epstein est un jeune homme de bonne famille de Liverpool qui gère les magasins de musique de la famille. Elégant et stylé, il n’en a pas moins le flair pour reconnaitre les bonnes affaires et quand un jeune homme vient lui demander dans son magasin un disque de Tony Sheridan et des Beatles, il est surpris de n’en avoir jamais entendu parler et encore plus surpris que ce soit un groupe local. Quelques jours plus tard, la demande est réitérée par deux jeunes filles. En bon commerçant, il en commande deux cent exemplaires et est intéressé par ce disque. Pas par Tony Sheridan spécialement mais par le groupe qui joue avec lui. Et ce disque se vend comme des petits pains.
Intrigué, il se rends à la Cavern pour écouter le groupe et ce qu’il entend et voit lui plait immédiatement. Il signe un contrat de manager, métier auquel il ne connait rien, le 24 janvier 1962. Tout le monde signe sauf lui, d’après la légende. Il aurait oublié. Ce qui veut dire concrètement que les Beatles auraient pu le virer n’importe quand, il n’avait aucun droit sur eux.
Il leur apprend l’art de la présentation et leur fait troquer leurs blousons de cuir noir pour des complets-vestons sur mesure qu’il leur fait confectionner. Il leur montre comment manifester le respect au public, en saluant les spectateurs, en évitant de manger et de fumer sur scène.
Même s’il n’a jamais été manager, Brian connait les ficelles du show business et parvient à leur décrocher une audition chez les disques Decca. Le directeur artistique, Dick Rowe, les refuse en déclamant : « Les groupes à guitares, ce sera bientôt fini ». Inutile de dire que le même Dick Rowe sera la risée de la profession deux ans plus tard étant « l’homme qui a refusé de signer les Beatles ». Une aura de loser lamentable va lui coller à la peau, ce qui facilitera probablement le fait que les Rolling Stones soient signés par lui chez Decca un peu plus tard.
Finalement, ils sont auditionnés par George Martin, directeur artistique des disques EMI.
George Martin
Les Beatles sont quatre mais Brian Epstein est leur agent dans le monde du business. George Martin sera le leur dans le monde de la musique, le monde du disque et de l’enregistrement sonore. Cette équipe de six personnes, indestructible, va tout bouleverser sur son passage.
Ce qui fera dire à Paul McCartney bien plus tard : « On avait tous foi les uns en les autres, chacun des six avait foi en chaque autre personne parmi les six. Par conséquent, chacun se sentait plus fort, plus confiant ».
Pour l’heure, George Martin n’est pas vraiment impressionné par le groupe mais croit en leur futur. Il leur fait enregistrer plusieurs morceaux dont leur futur premier single, Love Me Do.
Ecoutant tous ensemble les enregistrements dans la cabine son et alors que George Martin leur demande s’il y a quelque chose qui ne leur plait pas, l’insolent George Harrisson lui réplique : « oui, je n’aime pas votre cravate ». Martin a le sens de l’humour et ceci fait fondre immédiatement la glace entre les musiciens et leur producteur.
Un contrat qui frise l’escroquerie
George Martin croit dans le futur des Beatles mais il ne peut avoir la maitrise complète du contrat qu’ils signent avec EMI le 4 juin 1962. Les pontes de la maison de disque ne croient pas aux « groupes à guitares » et veulent prendre le moins possible de risques financiers. Le contrat qu’on impose à Brian Epstein et aux Beatles est de nature scandaleuse : 1 penny par single vendu, ce qui veut dire que même s’ils en vendaient un million (chiffre totalement irréel à l’époque), Brian et les Beatles toucheraient chacun royalement 750 livres au Royaume Uni (soit environ 25 000 € actuels) ! On est au bord de l’escroquerie et de l’abus de faiblesse sur un groupe qui n’a pas le choix. De nos jours, les directeurs de EMI devraient verser des dommages et intérêts pour ça. Mais, à l’époque, les maisons de disque avaient tout pouvoir.
En fait, les Beatles ne vont pas gagner beaucoup d’argent avec leurs ventes de disques qui seront pourtant colossales. Paul et John auront de meilleurs revenus grâce aux droits d’auteur et sur les diffusions radio et télé. Ce n’est pas tout : il n’y a pas que les labels qui font dans l’escroquerie à l’époque, le gouvernement de Sa Majesté est le plus grand escroc du pays. Sur les revenus élevés, ils prélèvent 94 % !
C’est ainsi que le Royaume Uni va perdre au fil des années tous ses artistes à succès qui vont émigrer fiscalement et le conseiller de l’Echiquier (le ministère des finances) n’aura plus que ses yeux pour pleurer. C’est bien fait ! Le vol, même légal, ne paie pas, qu’on se le dise.
C’est avec les tournées et les concerts que le groupe va faire le plus d’argent, en grande partie de manière illégale, au noir et en grugeant le fisc. Si on tient compte de leur contrat lamentable avec EMI, sans cette magouille vis-à-vis des impôts les Beatles n’auraient jamais prospéré.
La prochaine fois : Pete Best versus Ringo Starr



