
Alain Marc continue avec ce nouvel opus à faire un usage immodéré des majuscules tout au long des vers. Quelquefois en début de ligne, la plupart du temps dans le cours de la ligne. Peut-être des majuscules parce qu’il souhaite élaborer ici une œuvre majeure ? L’ampleur de l’ouvrage – 14 poèmes, 1300 pages – justifierait à elle-seule l’adjectif. Nous laisserons aux lecteurs et à la postérité le soin de se prononcer.
Les solitudes… La couverture du livre nous montre trois traits séparés, trois vies solitaires, l’une est interrompue.
…s’Enfermer / de Plus en Plus / dans un / Isolement / Chacun dans son / Clan / Chacun dans sa / Vie / sa Tour / d’Ivoire ?…
Le repliement sur soi-même qui caractérise nombre de nos comportements est ici souligné, surligné. … Un par Voiture / Chacun pour son Petit / Trajet / Chacun / avec sa Petite / Musique… Oui mais voilà : l’exil intérieur est souvent salutaire, même quand l’agression propre au monde extérieur ne nous choisit pas pour cible.
Lucidité : …En Milieu Hospitalier / Isolement COLLECTIF / Tous Ceux / que la Vie Moderne / à Peu à Peu / Isolés/ y sont / Ra /ssemblés…
Des salles de sport aux jeux vidéo, de l’ordinateur à l’orchestre digitalisé des applications musicales, « écran compagnon de solitude, soi-disant outil de COMMUNICATION ! » Du « nouveau pauvre tombé dans le moins et le manque » au « clodo qui a faim qui a froid », de « l’activité associative où, soudain, beaucoup ne viennent plus faute de n’avoir pas trouvé un compagnon », tout y passe. Et la violence séminale, le drame intime de l’abandon dont on retrouve les scories tout au long d’une œuvre incandescente.
… Misère /et Violence / Font Bon / Ménage / Ils n’ont Jamais / été Reco / nnus / par Personne / ni par leur Père / ni par leur Mère/ ni Par Personne / d’Autre / (ni par la / Société) / Alors Beaucoup Tiennent / à Coups de Médi / caments / d’Autres / à Cause du Seul / Amour de leurs / Enfants / Boire un Verre / d’Eau Sucrée / pour Oublier / que l’on a Faim / Et si on Pouvait / Nous les / Autres / les Applaudir / pour la Première / Fois / de leur Exis / tence / Repasser le Film / de sa Vie / en re Pen/ sant / aux Jours / MEILLEURS
… Heureusement le Coq Chante Toujours / dans nos Campagnes…
La scansion saccadée du poème ne donne pas à l’écrit tout ce qu’elle a de haletant à la voix quand le poète crie le drame.
Le deuil surgit – il est vécu depuis longtemps, peut-être a-t-il été vécu avant que d’advenir.
…Nous voilà
à Deux
et nous voici
Soudain
SÉPARÉS
i r r é v o c a b l e m e n t
Ces mots
Devenus vides
Lancés
sur la Partition Achevée
de la Vie Commune…
« Nous voilà… » et « nous voici ». Comment dire l’instantanéité ressentie de l’absence aussitôt que découverte celle de l’amour ? Double foudroiement. On n’est pas là pour rigoler, ni admirer l’herbe fraîche pousser. Le poète n’est pas ici pour nous passer la rhubarbe, c’est le sel qui l’intéresse. Il en frotte les plaies, les siennes, les nôtres.
Il n’y a pas que le deuil pour séparer les êtres, Alain Marc nous le rappelle. Le couple qui se désagrège.
… Quand la Solitude / à Deux / est plus I n s u p p o r t a b l e / encore / que le Fait / d’Être Seul…
On comprend que le poète crie. Comment exprimer la douleur d’un constat, béance existentielle qui peut tous nous rattraper, nous a déjà rattrapés.
…Soudain se Sentir
aussi Laid
que l’Autre…
Peut-être est-ce cela … Aimer / c’est Célébrer en Permanence / la Rencontre / de Deux / Solitudes…
Les dessins qui ornent chaque couverture du Grand Cycle de la Vie ou l’Odyssée Humaine sont d’Anne Paulet – Dessin-Peinture 21.
Site présentant son travail de dessins et peintures : https://scripta21.wixsite.com/
Chaîne YouTube présentant son travail artistique https://www.youtube.com/@



