
Né en 1983, cheveux longs et look de hardos, Sylvain Golvet s’est fait connaître dans le milieu musical grâce à des clichés originaux, colorés, comme en mouvement. Également monteur-vidéo, l’homme expose actuellement, et jusqu’au 6 juin 2026, à la galerie « Le Nuage Vert » (122 rue de Bagnolet, 75020 Paris). Librement, Sylvain nous a parlé de la tragédie (vécue) du Bataclan, mais surtout de sa passion pour le rock, le cinéma, et les shootings…
1) Peux-tu d’abord évoquer ton passé de hardos? Comment en es-tu venu à ce genre? Avec quels groupes?
J’ai baigné dans le rock dès mon plus jeune âge, avec des groupes comme Led Zeppelin ou AC/DC. J’étais donc prédisposé à me prendre de plein fouet la vague grunge et alternative des années 90. Rage Against The Machine ou Soundgarden passaient alors sur les ondes de Fun Radio ou Skyrock. Ensuite j’ai déroulé la pelote mais sans trop passer par les classiques (Iron Maiden, Judas Priest, ou Metallica). Je naviguais vers des formations plus hybrides, à la frontière du metal et d’autres genres (punk, new wave, post-rock, etc. ) Je pense à Deftones, Tool ou Faith No More.
2) Souhaitais-tu, au départ, devenir musicien, ou t’es-tu immédiatement tourné vers la photographie?
J’ai été (et je suis toujours) un batteur frustré, qui n’a jamais passé le cap de me mettre à l’instrument pour diverses raisons (finances, place, temps…). La photographie est venue plus tard, après ma formation en audiovisuel. J’ai en parallèle rejoint un webzine musical dédié au rock au sens large, Inside Rock. J’ai ainsi connecté deux passions : la musique et la photo. Je devenais ainsi photographe de concert !
3) Penses-tu que le genre ait évolué, durant toutes ces années? Et si oui, en quoi?
Déjà, parler de « genre” au singulier me paraît quelque peu réducteur. Aujourd’hui, il existe de nombreux genres et sous-genres de métal, avec chacun leur son, leurs codes, leur culture. Dès les années 80, le heavy metal avait ses chapelles, du hair metal au black metal pour prendre deux genres assez opposés. Et depuis cette tendance n’a fait que se développer, et ce jusqu’à une période récente. Désormais, les catégories semblent plus floues, puisque ces mêmes sous-genres ont tendance à se mélanger entre eux et également à se nourrir d’autres genres plus éloignés, traditionnellement, tel le rap, ou la musique classique. Il y en a vraiment pour tous les goûts.
4) Le métal est né dans la deuxième moitié des années 70, et continue à rassembler un public de fidèles. Là aussi, les métaleux ont-ils changé? Y a-t-il de nouveaux profils? Nous sommes tous les deux des millenials : le métal attire-t-il encore les jeunes, comme il pouvait nous attirer au collège?
L’image du métalleux n’a pas trop changé dans l’imaginaire collectif : un mâle blanc, barbu, proche du motard. Pourtant le public réel est beaucoup plus large que ça. Le genre s’est pas mal démocratisé et ne concerne plus, loin de là, un petit groupe d’initiés socialement marginalisés. Il est beaucoup plus courant aujourd’hui de croiser à la fois des cadres de grosses entreprises et des étudiants dans un concert !.
Le public moyen a probablement un peu vieilli par rapport aux années 90, mais le genre a jusqu’ici toujours réussi à se renouveler et à insuffler de la nouveauté pour attirer une population plus jeune. Des genres comme le stoner dans les années 2000 ou le metalcore dans les années 2010 ont su amener des publics plus adolescenst dans les salles. Je croise encore des gamins en concert. Le métal n’est pas réservé à un public d’EHPAD !
5) En tant que photographe, tu entretiens probablement des relations très fortes avec certains groupes. Peux-tu nous en dire davantage? Est-ce que cela se passe toujours bien? Certains musiciens sont-ils devenus des amis?
Je ne suis pas forcément la personne la plus à l’aise pour socialiser, donc je ne suis pas invité régulièrement dans les backstages. Mais je pourrais citer quelques groupes de la scène stoner rock française, avec lesquels j’ai souvent partagé des souvenirs de concerts : Red Sun Atacama, Pelegrin ou Qilin. Leurs membres se rendent eux-mêmes aux concerts d’autres groupes, et l’on s’y croise.
6) Dans les années 90 existaient plusieurs magazines typiquement consacrés au métal comme Hard force ou Hard n’Heavy, vendus en kiosque. Ces périodiques existent-ils toujours? Connaissent-ils le même succès que précédemment?
Il existe encore certains magazines historiques comme Rock Hard ou Hard Force mais comme toute la presse, leur situation est très compliquée. Certains journalistes se battent au quotidien pour réussir à tenir dans ce contexte difficile, comme ceux de New Noise, consacré au métal underground. Malgré tout subsiste une grosse vivacité sur Internet. De nombreux webzines spécialisés rassemblent d’importantes communautés. J’écris et publie moi-même mes photos et mes reports de concert pour The Heavy Chronicles. On pourrait en citer beaucoup d’autres. La presse métal est loin d’être moribonde.
7) Tu exposes actuellement tes clichés au “Nuage vert”, galerie située rue de Bagnolet dans le XXème arrondissement. On est frappé par l’aspect coloré, parfois volontairement flou, de tes photos, comme s’il s’agissait de reconstituer le mouvement, le dynamisme des musiciens pendant le concert. Te considères tu comme un photographe réaliste, ou souhaites-tu laisser libre cours à une forme de créativité personnelle?
Il y a toujours une tension entre l’esprit reportage et l’envie de faire de belles images. Quoiqu’il arrive, la photo de concert se réalise dans des conditions particulières. Le photographe ne maîtrise pas tout et doit s’adapter aux groupes, à la salle, aux techniciens… c’est quasiment de la photo sportive mais en plus sombre. Donc il faut déjà être très réactif. Et ensuite, j’ai toujours le souci de retranscrire honnêtement ce que proposent les artistes, restituer leur énergie propre.
Sans nécessairement m’enfermer dans un style, je développe là-mes goûts personnels pour la couleur, le mouvement, les jeux de lumières parasites. Je veux avant tout faire des images qui me plaisent.

8) Basiquement, quels supports utilises-tu? Préfères-tu le numérique ou l’argentique?
Je shoote avec un Nikon 750D et un Fuji X-E1, deux boîtiers numériques assez différents. J’aime évidemment le rendu argentique, comme beaucoup, mais je pratique assez peu pour des raisons pratiques. Les conditions photo en concert sont globalement assez sportives donc concrètement, le numérique me permet de faire beaucoup de shooter rapidement et efficacement. J’effectue un tri par la suite. Maintenant, avec les années et l’expérience, je m’efforce de tendre vers le recul et l’ascèse propre à l’argentique. Disons : ce n’est pas toujours la meilleure solution pour avoir les meilleures photos lors d’un concert mouvementé.
9) Quels photographes, d’ailleurs, t’auraient influencé? Quels sont tes références dans ce domaine?
Une de mes références principales est Glen E. Friedman. L’homme a commencé dans le milieu du skateboard, puis a suivi de nombreux groupes et artistes mythiques des années 90, tel Fugazi. Friedman sait très bien retranscrire l’énergie de ses modèles, du milieu dans lequel ils évoluent, tout en restant très honnête et sans verser dans la fioriture, le superflu.
Plus récemment, j’ai découvert le travail de Pooneh Ghana, artiste très talentueuse, capable de s’adapter à diverses situations. On sent toujours en elle une certaine passion et une fraîcheur. Cela fait plaisir à voir !
10) Tu es également monteur professionnel. Quels cinéastes affectionnes-tu?
J’ai une culture assez classique pour un homme de ma génération. J’apprécie Scorsese, les frères Coen ou Kubrick. Désormais, j’aime aussi explorer des choses différentes, des vieilleries comme des nouveautés. Je ressens une forte accointance pour le cinéma japonais, coréen, italien, ainsi que pour le documentaire, en général. Gros coup de cœur, ces dernières années les films de Kleber Mendonça Filho.
11) Penses-tu, un jour, réaliser? Et dans quel domaine?
J’ai déjà réalisé quelques clips et captations de concert, notamment pour Ellinoa, auteure, chanteuse et compositrice de jazz. J’adore le format du clip, mais les opportunités ne sont pas toujours au rendez-vous. J’aimerais bien m’y remettre !
12) Quels autre arts t’inspirent? Aimes-tu la peinture? Cela influence-t-il ta création? Et sinon, qu’aimes-tu lire?
Le combo musique / photo / cinéma / littérature m’occupe déjà pas mal, et j’ai toujours l’impression de ne pas m’y consacrer assez.
J’ai toujours lu régulièrement des romans, du polar et de la SF, dans ma jeunesse. Je lis de plus en plus, en m’efforçant d’élargir mes horizons. Je me suis ainsi mis à l’Histoire, aux essais autour de la musique. Et la lecture se marie bien à l’écoute d’un disque je trouve.
13) Tu étais présent au Bataclan, le 13 novembre 2015. Comment as-tu vécu l’évènement? Penses-tu, par ailleurs, que les attentats aient durablement marqué la scène musicale? Y-a-t-il un avant et un après Bataclan, selon toi?
J’ai eu la chance, avec ma femme, d’en être sorti indemne, et de m’en être remis, psychologiquement. J’estime que l’événement a marqué grandement une génération entière. Le procès et les commémorations autour des dix ans de l’attentat l’ont suffisamment révélé. Évidemment, la sphère musicale française a été marquée car de nombreuses personnes ont été touchées de près ou de loin à travers des proches. L’acte avait également une forte portée symbolique.
Heureusement, le terrorisme n’a pas empêché les gens de vivre, écouter, partager de la musique. En 2026, soit onze ans plus tard, la vitalité des pratiques musicales n’a pas faibli, loin de là.
Site de Sylvain Golvet :
https://sylvain-golvet.com/
Site de la galerie associative« Le Nuage vert » :




