
Le titre de cette série provient d’une réplique d’un fan : « l’existence même des Beatles est la preuve que Dieu existe et qu’il prend soin de nous ».
Le Rock ‘n’ Roll est friand, depuis ses débuts, de ces phrases choc. N’a-t-on pas surnommé la date de décès de Buddy Holly « Le jour où la musique est morte » ? Un protagoniste du film The Commitments (1991) ne dit-il pas à un manager : « Pourquoi tu t’embêtes à monter un groupe ? Le Rock ‘n’ Roll est mort avec Roy Orbison, de toutes façons » ?
Ces phrases choc sont toujours déclamées avec le plus grand sérieux, ça fait partie de l’effet recherché. Mais loin d’être si sérieuses que ça, elles révèlent surtout l’amour profond du fan pour son artiste préféré. Et s’il y a des artistes qui ont provoqué cette adulation, cet enthousiasme, c’est bien les Beatles.
L’effet Beatles
Eight Days A Week (2016) est un documentaire passionnant sur la carrière scénique des Fab Four. On y découvre, entre-autre, le témoignage de certains fans de l‘époque et, parmi elles, ô surprise, il y a Sigourney Weaver et Whoopi Goldberg ! Il est savoureux de voir ces femmes, dans la soixantaine bien sonnée, qui ont atteint la célébrité depuis longtemps, avoir tout d’un coup un regard attendri de gamine quand elles évoquent leurs souvenirs de l’époque.
Sigourney Weaver : « Je m’étais fait friser les cheveux et avais mis ma plus belle robe pour aller à leur concert. Dans mon esprit de fan, j’étais sûre qu’au milieu de 15 000 filles hystériques, bien sûr, ils ne verraient que moi (rires). C’est ce sens d’une musique universelle qu’on adorait tous, dans ma génération ».
Dans ce film fait au concert de l’Hollywood Bowl en 1965, on voit Sigourney Weaver, 16 ans, crier le nom de John (en haut dans l’image) :
Whoopi Goldberg : « Mes amis à l’école me demandaient : pourquoi tu aimes ces blancs ? Tu veux être blanche, c’est ça ? Je n’avais jamais pensé aux Beatles en tant que blancs. Pour moi, ils n’avaient pas de couleur. Avec eux, personne n’était exclus. Avec eux, tout le monde sentait qu’il avait sa chance dans la vie. J’ai toujours fait ce que je voulais comme je le voulais. Et ça, c’est à eux que je le dois ».
Leur bonne humeur, leur humour… Ils représentaient tout ce que quelqu’un voulait devenir avec ses amis dans la vie.
En consultant les témoignages de Sigourney et Whoopi, j’ai repensé avec attendrissement au premier moment où j’ai entendu parler des Beatles. On était en 1965 et j’avais 6 ans. Suite à la sortie du film Help et à leur succès grandissant, même en France, le journal télévisé de l’ORTF (une autre époque !) avait décidé de parler d’eux. Je n’ai pas souvenir qu’ils aient passé leur musique mais il y avait plusieurs photos du groupe. Ces gars m’ont fasciné. Ils avaient l’air de tellement bien s’amuser et d’avoir l’air tellement sympas que, irrésistiblement, j’ai eu envie d’être leur copain. J’étais sûr, du haut de mes 6 ans, qu’ils étaient les meilleurs amis qu’on pouvait avoir.
A notre époque où le rock est devenu un produit de consommation comme les autres, il est bon de se rappeler qu’il a existé une époque où il changeait la vie de ceux qui l’écoutaient.
John Lennon
Pourtant, ces gamins qu’étaient les Beatles n’avaient pas beaucoup d’atouts dans leurs manches à leurs débuts. Tout commence plutôt mal pour John Lennon. Son père biologique a abandonné sa mère, Julia, alors qu’il était tout jeune. Puis Julia l’a confié à sa sœur Mimi qui tentera, sans grand succès, d’en faire un bon garçon. Dans les faits, John était souvent capable d’être tout à fait infect avec ses camarades de classe. C’était sa façon d’exprimer ses frustrations. Par chance, il avait beaucoup d’humour alors, avec des gens qui en possédait aussi, ça passait.
Avide de se montrer en public, il forme un groupe de skiffle nommé les Quarrymen dont il est l’incontestable leader. En juillet 1957, après un petit concert donné dans une fête paroissiale, un ami lui présente Paul McCartney, âgé de 15 ans. John en a 17, le regarde de haut et essaie de le tourner en ridicule, entre-autre pour le fait qu’il est gaucher. Mais Paul ne se laisse pas démonter et joue et chante Twenty Flight Rock d’Eddie Cochran à la perfection. S’ensuit une amitié-collaboration fructueuse, une relation gagnant-gagnant, où les deux gamins vont se faire grandir mutuellement, par la musique et par leurs projets communs.
Paul McCartney
Ce gamin n’a pas du tout le même genre de personnalité que John. Il est soucieux de bien s’entendre avec les autres là où John n’en a cure. Il a même le sens de la diplomatie. Pourtant, il aurait des raisons d’en vouloir à la vie. Sa mère est morte un an plus tôt, en 1956, ce qui l’a dévasté. Mais certaines personnes grandissent dans les épreuves au lieu d’en vouloir à la terre entière et de se venger de la vie en s’en prenant aux autres.
Il est vraiment beau gosse, a du charme et sait s’en servir à bon escient. Il sera l’élément stabilisateur dans le groupe, celui qui sait arrondir les angles et faire que les choses avancent là où John a tendance à réagir de manière plus émotionnelle.
Il aura même le bon sens de présenter un de ses amis pour être guitariste soliste.
George Harrison
Encore plus jeune d’un an que Paul, George n’en est pas moins un guitariste soliste doué, bien meilleur que Paul et John. En plus, il chante bien. Après une légère réticence de John (ça commence à ressembler à un groupe de mômes !), il est finalement admis dans le groupe.
Il a vraiment une personnalité bien à lui : un sourire auquel on ne peut résister et qu’il alterne avec des mines sérieuses pleines de charme. Il arbore également une tignasse particulièrement volumineuse qu’il ramène en arrière.
Le premier enregistrement des Beatles
Alors qu’ils ont encore leur nom de groupe de Quarrymen, le 12 juillet 1958, les trois compères, avec un batteur et un pianiste d’emprunt, enregistrent dans un petit studio In Spite Of All The Danger, leur premier enregistrement, signé McCartney-Harrison. John fait la voix principale, Paul et George exécutent des harmonies magnifiques. Un extrait du film Nowhere Boy (2009) :
Ils font presser un vinyle qui va avoir une vie plutôt curieuse. Le principe est que chaque membre du groupe garde le disque une semaine. Au bout d’un moment, les trois amis sont absorbés par leurs petits concerts et leurs répétitions et oublient la chanson… Pendant 25 ans !
Paul a récemment résumé la situation avec humour : « John a gardé le disque une semaine, je l’ai gardé une semaine, George l’a gardé une semaine et notre pianiste l’a gardé… 25 ans (rires) ».
La mort de Julia
Le 15 juillet 1958, trois jours après l’enregistrement de In Spite Of All The Danger, un évènement dramatique va bouleverser à jamais la vie de John Lennon. Sa mère Julia, avec qui il avait renoué et recommencé à entretenir des relations chaleureuses, est renversée par un conducteur qui ne l’a pas vue traverser la route et n’a pu l’éviter.
L’univers de John s’effondre et il aura le plus grand mal à se remettre de ce chagrin, de ce manque. On peut même se demander s’il s’en est jamais remis. Le film Nowhere Boy (2009) illustre bien à quel point ils étaient tous les deux affectueux et complices l’un avec l’autre.
Une conséquence de ce drame est que John et Paul vont devenir beaucoup plus proches, ce dernier ayant également perdu sa mère quelques années plus tôt.
La prochaine fois : Hambourg !



