
Cette chronique se propose d’étudier l’habitat naturel ainsi que certaines des habitudes du youtubeur et de l’influenceuse, de nouvelles espèces qui se nourrissent principalement de followers, autre espèce de xénarthre à pouces développés.
Le youtubeur fait partie du sous-ordre des narcisses. Il se regarde et aime qu’on le regarde, et plus on le regarde, plus il s’épanouit, étant même à deux doigts de faire la roue, comme le paon. Il se trouve souvent beau, talentueux, et même drôle. Il fait des sketchs, raconte sa vie, nous parle de son chien, de son chat, et parfois voyage, bref des choses nouvelles, passionnantes et tellement originales !
Dans les sous-espèces de youtubeur, on trouve le coach. Coach pour le sport, par exemple, ce qui est bien pratique. En effet, sans cela, il ne viendrait à personne l’idée saugrenue de courir, faire du vélo, des étirements, des assouplissements, voire de s’inscrire dans un club. Mais, les coachs ne se limitent pas au sport. Ils expliquent comment tenir un agenda, ranger son intérieur, voire l’aménager. Pour ce faire, ils nous montrent le leur et, à moins d’être aveugle, c’est en effet un choc esthétique. Au grand jamais nous n’aurions songé à arranger nos appartements comme cela. D’autres encore nous indiquent quoi manger, et comment. Sans eux l’espèce humaine irait à sa perte alimentaire (mon cher Watson!).
Dans les deux espèces, le mâle est plutôt dominant mais on trouve aussi des femelles, que l’on nomme alors youtubeuse. Coach est invariable.
Le youtubeur, qui rejoint en cela l’influenceuse, n’est pas dénué d’idéal. Son graal à lui consiste à « faire le buzz », expression djeune qui signifie que l’on parle alors beaucoup de lui. Dans ces cas-là, le youtubeur mâle est en érection, même hors période de rut.
Tout comme le saumon remonte invariablement à la source des fleuves, le youtubeur est attiré, inévitablement, vers Dubaï, cité accueillante du désert, qui fait passer Las Vegas pour une folie écologique. D’ailleurs, alors que l’on a du mal à trouver de la neige dans les Alpes à moyenne altitude, on peut skier toute l’année à Dubaï. Bref, un paradis architectural et climatique ou le bon goût le dispute à la démocratie. De surcroît on a là-bas à disposition toutes les boutiques, même s’il est difficile de trouver un traiteur ouvert le dimanche.
Il est toutefois à noter que Dubaï est déconseillé aux youtubeurs gays, l’homosexualité étant fâcheusement passible de la peine de mort, par pendaison, de préférence. Bien heureusement, la masse des followers ne se formalise pas de telles broutilles.
L’influenceuse, bien qu’ayant des mœurs très proches, diffère par quelques détails. Ainsi, c’est une espèce beaucoup plus nomade qui n’hésite pas à faire des milliers de kilomètres, pour peu qu’on lui paye l’avion et un cinq étoiles, car l’influenceuse est exigeante. Elle fait profession de conseiller les meilleurs shampoings, crèmes, ustensiles, de dispenser des astuces minceur, recettes de cuisine, tuyaux utiles sur les animaux de compagnie. Les chercheurs se demandent d’ailleurs comment nous avons pu vivre jusque-là sans ces conseils vitaux. Les plus jeunes se perdent à imaginer comment leurs ancêtres erraient sans fin dans les villes, achetant produits de beauté et croquettes pour chien sans même l’ombre d’un conseil. Les gens choisissaient eux-mêmes leur garde-robe, leurs voyages, sans savoir, les pauvres, qu’il y avait des destinations à la mode. La préhistoire !
Mais pourquoi les followers followent-ils donc les influenceuses, si vous me permettez cette fantaisie langagière ? Et bien pour avoir un avis et gagner du temps sur leurs achats. Que font-ils de ce temps gagné ? Ils regardent les influenceuses, voyons ! Réfléchissez un peu ! Les ados, mais pas seulement, raffolent de ces conseils sur comment mener leur vie et quoi acheter. Et c’est là que vous saisissez la redoutable habileté et intelligence des influenceuses dans leurs techniques de chasse. Quiconque a déjà essayé d’influencer un ado dans quelque domaine que ce soit, dans l’achat d’un vêtement, par exemple, sait de quoi je parle.
J’ai déjà dit que l’influenceuse est exigeante. Notons, en parallèle, qu’elle n’est pas très regardante. Elle veut bien influencer sur à peu près n’importe quoi, être rémunéré par n’importe qui, du moment que c’est profitable.
Quand la route d’une influenceuse croise celle d’un youtubeur, alors c’est la fête du bon goût ! Trop rares sont ces moments.
La prochaine fois, nous nous intéresserons au follower, espèce soumise et versatile qui se reproduit très vite et dont les mœurs méritent un détour.



