
Imagine-t-on Donald Trump prôner l’entente, le partage avec un accent mis sur la finesse, la délicatesse et l’empathie, Poutine vanter la woke culture et prêcher la tolérance en matière d’homosexualité ainsi que la paix avec ses voisins ? Pas exactement.
Et pourtant Mark Zuckerberg, parce qu’il est un petit génie de l’informatique, a réussi semblable tour de force. Il a créé un réseau basé sur le partage de la vie privée et les réseaux d’amitié. Or, on ne sait pour ainsi dire rien de sa propre vie (bonjour l’exemple!) et il est un inadapté social notoire sans ami digne de ce nom. Et il nous vend de la convivialité ! Chapeau l’artiste !
The Social Network raconte le début de sa réussite. Le film est plutôt brillant, passionnant. Les dialogues font mouche. Fincher maîtrise son sujet et remporte le défi haut la main. Celui de rendre une histoire d’individus scotchés à leur ordinateur intéressante. Il pourrait filmer de la peinture en train de sécher que ça marcherait peut-être. Nous passons deux heures agréables.
Le plus intéressant, et effrayant, est ce que le film dit de nous et de notre époque. Et il y a tout d’abord ce personnage central. Car enfin, on peut trouver tout cela très cool, grave bien, cher énervé (pour faire djeun!), il n’en reste pas moins que le « héros » est un sinistre con, ou présenté comme tel. Il peut peut-être émouvoir l’ado sensible avec son air de paumé gentiment dépressif et asocial, mais il a une sensibilité proche de celle de l’huître.
Sa copine le largue (alors qu’il lui parle avec condescendance et ironie, avec une distance proche de l’autisme). Que fait-il ? Il la traite de salope sur internet. La réaction émotionnelle d’un enfant ombrageux de huit ans. Ses « camarades de fac » ? Il leur dérobe leur idée, comme un minable pickpocket. Et vous savez quoi ? On s’en fiche car ce ne sont, eux aussi, que des fils de famille friqués, arrogants, méprisants et sûrs d’eux. Son meilleur « ami » ? Il le trahit. Sean Parker, le geek branché qui l’attire en Californie ? Un hipster qui ne pense qu’aux filles, avec un discours d’un vide insondable, et qui se révèle un petit garçon craintif en face de la police. Quant aux filles, elles sont reléguées à l’arrière-plan, choisies pour leur physique, et ne semblent vouloir que coucher avec quelqu’un pourvu qu’il soit riche, célèbre ou les deux. On les amène en minibus à des soirées étudiantes, telles des génisses à l’abattoir et on les accueille avec un discours sur la chance qu’elles ont qu’on daigne les laisser côtoyer la crème de la crème. Un grand pas pour la condition féminine !
Bref, ils sont tous pathétiques. Et ces guignols ont fait rêver une génération ? C’était cela le début de la start-up nation ? Au secours !
Facebook est un succès colossal et Mark Zuckerberg l’un des 10 hommes les plus riches de la planète. Il a réussi à ce que ses utilisateurs lui donnent gratuitement ce qu’il revend à prix d’or. Oh oui ! Pillez-moi s’il vous plait ! Et l’on voit d’ailleurs bien que dans le monde, depuis l’arrivée de Facebook, le partage, la compréhension mutuelle, la tolérance, la convivialité ont fait des pas de géant.
Quant à Donald Trump, il a au moins le mérite de la franchise, celui de s’afficher pour ce qu’il est, un dangereux autocrate, capricieux, raciste, inculte, sexiste, irritable et cyclothymique. Le plus désastreux étant, là encore, que cela marche, sans que ses électeurs puissent dire : « On a voté pour lui parce qu’on ne l’avait pas essayé ! ». Décidément, nous avons les hommes politiques que nous méritons.



