
Un poète iranien disparu en 1958, père de la poésie moderne en son pays, Ali Esfandiari, dit Nima Youchidj, a beaucoup écrit sur la nature et ce qu’elle lui inspirait. Dans un poème intitulé Le clair de lune, il écrit :
Inquiète, l’aube se tient debout avec moi.
Le matin me demande d’informer ce peuple inanimé de son souffle béni.
Mais une épine dans le cœur me fait fléchir sur la route du voyage.
Un poète se tient toujours debout.
Le pouvoir des bourreaux n’aime pas que les poètes, et avec eux, leur peuple, leur langue, leur culture, se tiennent debout. Alors le pouvoir des bourreaux, cette épine dans le cœur des poètes, les fait fléchir et les bourreaux au pouvoir qu’ils aient un uniforme noir ou un turban sur la tête les tuent, les poètes, et le peuple, avec eux, qui essaie de se tenir debout et de s’animer pour crier son droit de vivre libre.
Est-ce qu’une République fait tirer dans les yeux et les parties génitales des manifestants qui descendent dans la rue pour crier leur désir de liberté ?
Est-ce qu’une République est islamique – c’est-à-dire respectant les préceptes d’un Livre sacré dont tant de sourates parlent de charité, d’affection et de bonté – quand elle pend au bout des grues de chantier ses plus jeunes garçons pour les laisser pourrir et nourrir les corbeaux ?
Est-ce bien en vérité une terrible manipulation des cœurs et des esprits quand elle exige des familles qui veulent récupérer leur corps de l’argent, beaucoup d’argent, pour chaque balle qui a tué un manifestant que la République Islamique – oxymore mortifère – appelle terroriste ?
Un poète se tient debout et peut-être que l’un d’eux, l’une d’elle, quelque part dans ce pays brisé par ce pouvoir inique pourrait écrire ceci :
« Si Dieu venait à sortir de son silence infini, il dirait : je suis femme et homme tout autant, je suis souffle de vie, cheveux au vent, l’aube et le crépuscule, l’univers toujours plus grand et je vous tends la main à vous qui me priez. Si vous croyez en moi, moi je croirai en vous si vous donnez la vie et si vous l’honorez. Mais je vois des hommes qui parlent en mon nom et ne servent aucun Dieu ».
Un poète se tient debout, l’aube inquiète tout près de lui.
Le matin lui demande de parler à son peuple qui veut vivre et doit pourtant s’agenouiller.
Une épine dans son cœur le fait fléchir,
fatale épine que les tyrans remuent toujours dans des corps sans défense.
Un poète se tient debout, l’aube levée, inquiète à ses côtés…
Joël Mansa



