
(Episode précédent) L’énergie qui les anime et l’enthousiasme qu’ils provoquent, y compris chez les truands du coin ou les ivrognes, font que la rumeur se répands en dehors de la Reeperbahn : il se passe quelque chose à l’Indra Club et au Kaiserkeller. On commence à parler des Beatles comme d’un groupe unique.
Surexcités par le Preludin, ils conquièrent les marins et les ivrognes. Jeunes, frais et mignons, ils font craquer les prostituées qui les prennent sous leurs ailes. Elles leur font même des passes gratuites. Un Beatle, ça doit sexuellement faire des vacances par rapport aux marins et aux ivrognes !
Certains Beatles vont attraper à Hambourg des maladies vénériennes dont ils ne vont se débarrasser que bien plus tard.
Klaus Voormann
Cet allemand pur jus, alors étudiant en graphisme et curieux de nature, vient les voir une fois. La Reeperbahn n’est pas vraiment son quartier de prédilection. C’est un étudiant, fin, érudit et ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui un intellectuel. Il écoute du jazz cool et est adepte du mouvement européen de l’existentialisme. Mais il est tout le temps à la recherche de nouvelles choses à connaitre.
Autant dire que le soir où il voit les Beatles pour la première fois, il n’est pas du tout au fait de ce qu’est le rock ‘n’ roll. Mais il sent l’énergie de ce groupe et devient fan, entièrement et pour toujours.
Complètement bouleversé par cette expérience, il s’en confie à Astrid Kirchherr, sa petite amie et la presse de venir voir le groupe.
Astrid : « Je ne l’avais jamais vu aussi enthousiaste pour quelque chose ».
Astrid Kirchherr
Une femme extraordinaire, surtout pour son époque. Belle, fine, racée, artiste (photographe) et érudite. Un peu comme Klaus Voormann, mais dans la version 1.0 de l’histoire. Quand elle se rends avec Klaus pour voir les Beatles, elle est tout de suite captivée par l’enthousiasme du groupe et plus particulièrement fascinée par Stuart Sutcliffe, le bassiste. Non pas pour ses dons musicaux, ils sont inexistants, mais pour son charisme qui est bluffant.
La connexion se fait instantanément entre eux, une connexion amoureuse qui va les transporter dans un autre monde. Un extrait du film Backbeat (1994) :
Astrid et Stuart ne se quittent plus. Leur connexion amoureuse sidère leurs proches et Klaus comprend de lui-même que Astrid et lui, c’est fini. Paul et George commencent à se demander si les Beatles ne sont pas devenus un truc secondaire pour Stuart. John est dans le déni puis, ravalant sa fierté, commence à accepter l’idée que Stuart ne va pas peut être pas rester bassiste des Beatles.
La rupture est consommée quand Stuart obtient une bourse en tant que peintre à l’académie des Beaux-Arts de Hambourg. Il est enfin dans son domaine de prédilection et tout cela s’aligne avec le fait de rester avec Astrid à Hambourg. Il ne reviendra pas à Liverpool. John, ravalant sa déception, respecte le choix de son meilleur ami.
Paul et Georges sont soulagés que le problème soit enfin réglé. Devant le refus de George et John, qui ne voulaient pas changer d’instrument, Paul prend la basse dans le groupe.
La coupe Beatles et les premières photos
Astrid aura eu une grande influence sur le groupe, notamment sur leur coupe de cheveux. Elle aurait inventé la coupe Beatles avec une frange tombant jusqu’aux sourcils. En fait, cette coupe, inconnue en Angleterre, était assez fréquente chez les jeunes de Hambourg.
Elle fera aussi d’eux des photos qui auront une belle pérennité. On y voit clairement que, bien qu’encore débutants, les Beatles projettent quelque chose de fort en termes d’image.
Le mini-documentaire suivant présente ses photos des Beatles les plus célèbres :
George est découvert
D’une certaine façon, les Beatles sont entrés en Allemagne en fraude. George avait encore 17 ans et n’avait pas le droit d’y travailler. Leur patron à l’Indra Club et au Kaiserkeller était parfaitement au courant mais gardait ça pour lui.
Jusqu’au jour où le groupe fait l’erreur de jouer dans un club concurrent. Leur patron va les dénoncer à la police et le groupe est refoulé en Angleterre.
Un ami s’en va
Stuart est vraiment un peintre doué et ses tableaux ont impressionné le jury des Beaux-Arts. Ses toiles resteront célèbres au fil des ans, et pas seulement parce qu’il a été un Beatles. Il avait un style très moderne, très original, et il aurait pu faire une belle carrière.
Mais le 10 avril 1962, alors que les Beatles sont déjà repartis à Liverpool, il meurt d’une hémorragie cérébrale. La cause ? Deux versions circulent, qui ne s’excluent pas forcément. Une condition congénitale, tout d’abord : enfant, il avait souvent des étourdissements et n’a pas eu une croissance habituelle en tant qu’adolescent, il était plus petit que la moyenne.
L’autre version est le genre d’histoire dont le rock ‘n’ roll est friand. En janvier 1961, suite à un concert, Stuart est pris à partie par une bande Teddy Boys qui le battent, y compris à la tête, à coups de pied. Il aurait souffert à ce moment-là d’un traumatisme crânien très grave qui n’a jamais été soigné et qui aurait empiré.
Quoi qu’il en soit, un grand peintre est mort et Astrid a perdu l’amour de sa vie, son âme sœur. Elle révèlera le décès de Stuart aux Beatles à leur arrivée à l’aéroport lors de leur deuxième série de concerts à Hambourg fin avril 1962.
Après avoir appris la mauvaise nouvelle, John et George se rendront ensuite dans l’atelier où travaillait Stuart et Astrid prendra deux photos particulièrement touchantes. Sur la première, on voit John assis sur une chaise dans l’atelier, bouleversé de chagrin. Sur la seconde, George est debout derrière lui, dans une attitude visiblement protectrice à son encontre.
Le générique de fin du film Backbeat célèbre à merveille toute cette histoire, aussi bien le rôle de Stuart que le destin des Beatles sur lequel, à l’époque, personne n’aurait parié le moindre kopek… Il relève également l’importance d’Astrid sur le devenir des garçons.
Tony Sheridan
Repérés pour leur compétence, les Beatles sont engagés pour être le groupe d’accompagnement du chanteur Tony Sheridan. Ils font tous les instruments et les chœurs.
Dans les mêmes séances, ils enregistrent un instrumental signé Harrisson-Lennon :
Forts de toutes ces avancées dans leur carrière, il est temps pour les Beatles de revenir à Liverpool et de faire face à leur destin.
La prochaine fois : Brian Epstein et George Martin



