
Pune, Inde, vendredi 19 septembre 2025, 18h00.
L’air de la soirée est lourd et humide. La vie grouille dans les avenues et les ruelles entremêlées de Pune : klaxons virulents, musique crachée par de vieux transistors, odeurs musquées, fumée de bois brulé et de poussière. Tout se mélange ici, comme nulle part ailleurs sur terre.
Asha transpire. Mais les presque quatre heures de route depuis Bombay n’ont pas altéré son plaisir de rejoindre les siens. Elle qui habite depuis deux ans dans une bulle aseptisée de la banlieue chic de Los Angeles, revit une fois de retour dans son monde originel. Elle regarde défiler la ville depuis la fenêtre du taxi. Les couleurs vives des vêtements des badauds, les deux roues qui se faufilent entre les voitures, les devantures des marchands. Et sur les trottoirs, la pauvreté est là elle aussi. Asha est consciente qu’elle a de la chance, qu’elle est une privilégiée.
La climatisation du taxi est défaillante. Alors elle agite son éventail de plus en plus rapidement, sans grand effet. Des gouttelettes de sueur perlent sur son front poussiéreux. Ses mouvements de poignet ne suffisent plus à la rafraichir dans cette atmosphère lourde et suffocante. Asha fronce les sourcils. Elle n’est hélas pas revenue ici pour le plaisir. Elle vient rejoindre son fiancé pour des funérailles : il vient de perdre sa mère.
La voiture chargée arrive enfin devant la villa dans un nuage de poussière. Asha attend que le chauffeur lui ouvre la porte, puis elle descend délicatement du véhicule, comme son statut le lui commande. Son fiancé est là, devant la porte. Il l’attend, le visage triste et fermé.
A l’intérieur de la maison, la climatisation est bruyante mais très efficace. Son ronron couvre le brouhaha des voix humaines de la centaine de personnes présentes. Asha vide une bouteille d’eau minérale en quelques gorgées. Ces deux années passées à la Silicone Valley ont eu raison de son système immunitaire. Elle ne se risque donc pas à boire l’eau du robinet. Indrajit, son fiancé, semble perdu au milieu de tous ces gens. Il a le regard vague et ne semble pas prêter attention aux conversations alentour. Asha est triste pour lui. Elle aimerait le réconforter, le prendre dans ses bras, mais il y a trop de monde pour le moment.
Le soleil se couche sur Pune. Asha et Indrajit raccompagnent les derniers invités venus présenter leurs condoléances. La villa se vide enfin et les amoureux se retrouvent seuls dans le grand salon.
– Comment vas-tu ? demande Asha en caressant le bras de son fiancé.
– Je ne sais pas trop. Je crois que je ne réalise pas. Je ne réalise pas non plus que tu es là. Tu m’as beaucoup manqué. Je ne t’ai même pas demandé si tu avais fait bon voyage, alors que tu as traversé la moitié de la planète pour venir me rejoindre.
– Mon voyage s’est bien passé. J’ai fait un crochet chez ma sœur pour laisser une partie de mes affaires. Elle garde mes deux valises et mes documents professionnels. Ensuite j’ai pris un taxi. Je n’ai des vêtements que pour quatre jours, ajoute-t-elle en pointant du doigt un petit sac en toile. Je retourne dans ma famille mardi. Viens approche-toi.
Elle entoure alors Indrajit de ses bras légers. Il se laisse faire.
– Nous allons respecter ton deuil, murmure Asha. Je vais passer la nuit dans une chambre d’ami.
*
Pune, Inde, Samedi 20 septembre 2025, 6h15.
Asha dort d’un sommeil complexe. La fatigue du voyage la maintient dans un certain état d’agitation. Quand soudain, son téléphone se met à vibrer. Le temps qu’elle retrouve ses esprits, celui-ci s’arrête. Puis vibre de nouveau avec insistance. Elle l’attrape et lit sur l’écran « Noor Loved Sister ». Son cœur commence à s’emballer. Un appel de sa sœur à 6h15 du matin, ce n’est pas normal. Elle décroche.
– Allo Noor ?
– Asha, je suis contente que tu décroches. Je craignais que tu aies mis ton téléphone en mode avion.
– Que se passe-t-il Noor ? Pourquoi m’appelles-tu si tôt ?
– J’ai reçu un appel de notre cousin Ruchira, aux Etats-Unis. Il était dans un avion…
Asha se redresse alors d’un coup.
– Tu me fais peur, il ne lui est rien arrivé ?
– Attends, laisse-moi parler s’il te plait, c’est important. Il était donc dans un avion à San Francisco, il devait aller à Dubaï en voyage d’affaires. Les portes de l’avion étaient fermées, il était prêt à décoller quand le siège de Microsoft lui a envoyé une notification push. Donald Trump vient de signer un décret qui augmente le prix du visa H-1B de 1750 dollars à 100000 dollars ! Son employeur lui a demandé de ne surtout pas quitter le pays. Plusieurs Indiens étaient à bord et ont reçu la même demande de leurs entreprises. Il y avait deux cadres de Meta et cinq ou six autres de JP Morgan Chase & Co. Ils ont manifesté dans l’avion pour en empêcher le décollage et pouvoir redescendre en urgence. Ruchira a pu retourner dans l’aérogare. S’il avait quitté le pays, il n’aurait jamais pu revenir aux Etats-Unis. Donc tu sais ce que ça veut dire Asha ? Il faut que tu retournes en Californie immédiatement.
– Mais non, attends, ce n’est pas possible, il a dû mal comprendre, répondit-elle paniquée.
– Asha, s’il te plait. Calme-toi. C’est le moment d’être efficace, de garder la tête froide et d’agir. Prends immédiatement un billet retour pour les Etats-Unis. Tout de suite, ou tu peux dire adieu à tes espoirs de vie meilleure, je suis claire ? Asha… Je vais raccrocher. Fais-le tout de suite s’il te plait ! Tu me le promets ?
– Ok, ok. Je vais le faire tout de suite.
– Je t’aime, tiens-moi au courant.
Le cœur d’Asha tambourine dans sa petite poitrine. Ses mains deviennent moites. L’écran tactile de son téléphone ne répond plus au contact de ses doigts, il ne les reconnait plus. Elle les essuie frénétiquement sur les draps puis réessaye. Il faut faire vite. Elle ne prend pas le temps de vérifier cette information sur ce décret de Trump. Son esprit s’embrouille. Elle reste paralysée devant son écran Google. Elle finit par taper « Air India » avant d’aller réveiller Indrajit.
*
Pune, Inde, Samedi 20 septembre 2025, 7h48.
Toutes les personnes de la villa possédant un smartphone s’affairent à essayer de trouver un vol pour les Etats-Unis, quel que soit l’aéroport. La nouvelle de ce changement de prix pour les visas H-1B mais aussi H4 a déjà fait le tour de l’Inde, un pays de presque 1,5 milliard d’habitants. Les sites d’Air India, ainsi que ceux de toutes les compagnies aériennes proposant des vols pour les Etats-Unis sont saturés. Il est impossible de se connecter et pour ceux qui y parviennent, les temps de saisie des modes de paiement sont étonnamment raccourcis. Les sites bloquent et c’est retour au point de départ. Déconnexion… Les tarifs qui apparaissent furtivement sur les écrans flambent un peu plus chaque minute, pour des places qu’il n’est finalement pas possible de réserver. Asha continue de tenter sa chance sur son téléphone, mais elle n’y croit plus. Elle voit ses rêves de Silicon Valley s’envoler, ses espoirs disparaitre, par la faute d’un seul homme, qui est en train de ruiner sa vie et celle de sa famille. Quand soudain, l’un des chauffeurs d’Indrajit, eux aussi réquisitionnés, s’écrit « c’est bon, j’ai un vol ! ».
Tout le monde s’approche de lui, incrédule.
– Tu es sûr ? interroge le jeune homme en lui prenant son téléphone des mains.
– Oui, c’est bon, c’est booké ! J’ai validé l’achat pour 2549 dollars, répond fièrement le chauffeur, certain que ce petit miracle sera récompensé.
Indrajit vérifie, puis esquisse un sourire.
– Asha, c’est bon, le billet est effectivement acheté ! Au bout de deux heures, il aura fallu sept personnes mais c’est bon, cette fois, tu as ton billet. C’est le vol Air India 179, siège 22D. Il décolle à 13h25. Tu arriveras ce soir à San Francisco à 20h25. Le décret entre en vigueur à 00h01 demain matin, ce qui te laisse un peu de temps de battement. Puis il regarde sa montre. Il faut que tu partes sur le champ.
Asha regarde autour d’elle. Tous ces visages, toutes ces personnes qui l’ont aidée. Elle se met à pleurer. Le chauffeur récupère son téléphone et s’approche d’elle.
– Madame, il faut partir, lui dit-il calmement. Je vais vous conduire. Maintenant. Regardez, votre vol part dans quelques heures, ajoute-t-il en tapotant l’écran de son téléphone.
*
Kamothe, banlieue de Mumbai, Inde, samedi 20 septembre 2025, 10h34.
La circulation commence à se densifier mais Asha reste confiante. Il lui reste encore du temps pour arriver à l’aéroport Chhatrapati Shivaji. Elle ne réalise toujours pas ce qu’elle est en train de vivre. Ses mains la démangent, l’intérieur de ses cuisses aussi. Le chauffeur, lui, reste très calme et ne dit pas un mot, conscient que son attitude peut avoir une influence directe sur l’angoisse de sa passagère. Le téléphone de la jeune femme sonne. C’est sa sœur Noor.
– Allo Asha ?
– Oui Noor, je suis en chemin, je suis vers Kamothe.
– Et ça va, ça roule ?
– Ça se densifie mais ça devrait le faire. Tu es où ?
– Je suis déjà à l’aéroport. J’ai pris ta sacoche professionnelle avec tes documents administratifs. Il y a tes fiches de paye et l’attestation de ton employeur. Tu as bien pris ton passeport ?
– Oui oui, répond Asha, tout en revérifiant dans son sac de toile. Il est là.
– OK, parfait. Je t’attends. Ne tarde pas trop, c’est la cohue ici, il y a beaucoup de gens qui espèrent trouver un vol sur place à l’arrachée. Quand tu arriveras, fais vite, ne parle à personne et fonce au contrôle directement. Tu t’es enregistrée ?
– Oui, c’est fait aussi. Je suis désolée de devoir laisser toutes mes affaires chez toi. Mais je n’ai pas pu faire autrement.
– Ne t’inquiète pas pour ça. Ce n’est pas le plus important. Tu t’en rachèteras d’autres là-bas. Moi ce qui me fait peur, c’est l’heure d’arrivée. Si vous prenez du retard, vous risquez d’arriver après minuit. Et tu sais comment sont les agents de l’immigration depuis Trump…
– Je n’ai pas eu le choix Noor, s’agace Asha. C’était le seul vol disponible.
– Calme-toi, je ne dis pas ça contre toi. Je sais que vous avez fait au mieux. Ecoute, je t’attends, je serai sur le parking avec Jamal. Tu prends tes documents et tu fonces au contrôle sécurité, ok ?
– Ok.
– Ok, à tout de suite.
*
Aéroport International de Mumbai, Inde, Samedi 20 septembre 2025, 11h22.
La voiture d’Asha roule péniblement jusqu’au parking de l’aéroport. La jeune femme sait que sa sœur et son beau-frère l’attendent avec ses affaires, qu’il ne faut pas perdre de temps et que chaque minute compte. Mais la voiture finit par s’arrêter, immobilisée dans l’énorme bouchon qui est en train de se former.
– Vous devriez descendre et finir à pied, lui suggère alors le chauffeur. Je crains d’être complètement bloqué, les voitures n’avancent plus.
Asha acquiesce de la tête, ouvre la portière et récupère ses quelques affaires dans le coffre. Puis elle s’approche de la fenêtre du chauffeur pour le remercier et le saluer d’un geste de la main. En réponse, celui-ci fait des mouvements circulaires rapides avec les doigts pour lui commander de se presser. Asha s’exécute. Elle fonce tête baissée vers le terminal où Noor est supposée l’attendre. Elle se fraie un chemin dans la foule qui devient de plus en plus dense à mesure qu’elle s’approche de l’entrée du hall principal. Elle cherche sa sœur des yeux mais ne la voit pas. Elle se met sur la pointe des pieds et tourne sur elle-même. Rien. Noor n’apparait pas. La panique commence à la submerger quand elle sent son téléphone vibrer dans sa poche. Elle manque de le faire tomber en voulant décrocher.
– Allo, c’est Jamal. Je suis là, juste en face de toi, tu me vois ?
– Non, non je ne te vois pas, répond Asha, partiellement rassurée.
– Continue d’avancer, j’arrive à ta rencontre. Puis il raccroche.
Asha suit les instructions de son beau-frère et continue de pourfendre la foule de ses épaules frêles et pointues. Autour d’elle, les gens se bousculent, s’insultent, se crient dessus. Elle essaye de ne pas y prêter attention. Elle continue de marcher droit devant elle. Quand soudain deux mains viriles la saisissent par les poignets. Elle sursaute.
– Calme-toi Asha, c’est moi, Jamal. J’ai cru ne jamais te rattraper ! Il porte une sacoche en bandoulière et un petit sac à dos.
– Où est Noor ?
– Elle est restée dans la voiture, c’est mieux. Elle se serait fait écraser par la foule. Et comme elle est enceinte…
– Quoi ? Noor est enceinte ?
– Oui. Nous comptions le célébrer avec toi à ton retour des funérailles de ta belle-mère, mais l’annonce de Trump nous a tous pris de court. Allez, il faut partir, viens avec moi.
Jamal la prend par la main et n’hésite pas à franchement bousculer les personnes devant lui. La progression vers l’entrée de l’aéroport se fait bien plus vite que lorsque Asha évoluait seule dans la masse des gens. Ils entrent enfin dans le hall principal. Là, les choses s’éclaircissent, la foule est moins dense. Jamal tente de lire les petits caractères lumineux sur l’énorme panneau d’affichage pour trouver la porte d’enregistrement.
– Tu vois quelque chose ? demande Asha.
– Attends… Oui, c’est bon. Porte G56. C’est par ici. On y va.
Le rythme de leur marche s’accélère et Asha a du mal à suivre le pas. Jamal la tient toujours par la main alors que la foule s’est dispersée, lui imposant une vitesse trop importante pour ses petites jambes. Arrivés devant les portiques de sécurité, il ralentit enfin et lui donne ses deux sacs.
– Voilà, c’est ici. Maintenant tu fonces et tu ne parles à personne. Jusqu’à l’embarquement. Allez file !
– Merci Jamal et toutes mes félicitations pour le bébé. Tu diras à ma sœur que je suis très heureuse pour vous et que…
– Oui, oui, je lui dirai, mais le temps presse. Il faut que tu partes. L’avion ne t’attendra pas.
– OK, ok, j’y vais… répond Asha le ventre encore tout retourné par ses émotions.
Une fois les contrôles de sécurité passés, elle se lance d’un pas rapide vers la porte G56. L’appel des passagers touche à sa fin. Elle arrive juste à temps. L’agent d’Air India contrôle ses documents d’identité et son billet d’un air suspicieux.
– Vous arrivez bien juste madame, pour un vol de cette importance… lui dit-il sans même la saluer.
– Oui, je suis désolée. Il y avait beaucoup de monde sur les routes.
– Hum… Certainement… Vous savez que ce vol est surbooké ?
– Surbooké ? C’est-à-dire ?
– C’est-à-dire que la compagnie a vendu plus de places qu’il n’y en a dans l’appareil.
– Non, je ne le savais pas.
– Il faut se renseigner madame. Surtout dans les conditions que nous connaissons actuellement. L’agent la fixe les sourcils froncés et ne lui rend toujours pas ses papiers, ni sa carte d’embarquement.
– Qu’allez-vous faire aux Etats-Unis ? lui demanda-t-il après un long silence, outrepassant largement ses prérogatives.
– Je travaille à la Silicon Valley, je suis dans le domaine de l’intelligence artificielle. Il y a un problème avec ma carte d’embarquement ? Ou avec mes papiers ?
– Je vous l’ai dit, le vol est surbooké.
– Monsieur, répond Asha en tentant de garder son calme, cette place m’a coutée plus de 2500 dollars. Alors surbooké ou pas, je vais prendre cet avion. Je vous remercie de me rendre mes documents ou d’appeler un de vos supérieurs s’il y a un problème avec ma pièce d’identité.
L’agent d’Air India continue de la toiser puis finit par lui remettre ses documents sans dire un mot. Asha les lui prend d’un geste sec, puis s’engage sur la passerelle qui mène à l’appareil.
– Ce crétin m’a fait stresser pour rien… Incapable ! Frustré ! pense-t-elle.
A la porte de l’avion, elle est accueillie par deux hôtesses souriantes qui lui indiquent son siège. Elle se faufile dans l’étroit couloir avec ses deux sacs qu’elle place dans le coffre à bagages, puis s’installe enfin sur le siège 22D. Pour la première fois de la journée, elle sent enfin son niveau de stress baisser.
– Nous arriverons à temps aux Etats-Unis, pense-t-elle, et c’est bien le plus important.
A tous les passagers, le commandant de bord et tout son équipage vous souhaitent la bienvenue sur le vol Air India 179 à destination de San Francisco. En raison de problèmes techniques à l’enregistrement, nous accuserons deux heures de retard au décollage. Au nom d’Air India, nous vous prions de bien vouloir nous en excuser.
***
Jamal traverse le long couloir de l’aéroport d’un pas plus calme. Il prend son téléphone et appelle sa femme restée dans la voiture sur le parking.
– Noor, c’est moi. C’est bon, Asha a pu passer les portiques de sécurité, elle doit être dans l’avion maintenant.
– Ouf… Bon, super. Encore merci pour elle. Je t’attends. Je vais sortir de la voiture prendre l’air. J’ai l’impression que la foule commence à se disperser.
– Je crois que ta sœur a eu de la chance, c’était le dernier vol pour les Etats-Unis de la journée. Tous les autres, avec ou sans escale, arriveront dimanche après minuit. Attends une minute…
Jamal passe devant l’énorme tableau d’affichage. Il regarde le vol Air India 179 à destination de San Francisco : il est annoncé avec un retard de 2h50.
– Allo, Jamal ? Que se passe-t-il ?
– Noor, le vol de ta sœur est annoncé avec un retard de presque trois heures… Je ne suis pas du tout sûr qu’ils arriveront à l’heure.
– Attends… Elle vient de m’envoyer un message, ils ont annoncé un retard de deux heures seulement aux passagers. Je ne vais pas lui dire ce que tu viens de lire sinon, la connaissant, elle va stresser encore plus.
– Bon, de toute façon, on ne peut plus rien faire maintenant. Je me dépêche, j’arrive. Puis il coupe et range son téléphone dans la poche arrière de son pantalon.
Jamal arrive au hall d’entrée. Il croise des personnes en larmes, complètement effondrées. Des jeunes principalement. Certains crient sur le personnel de l’aéroport, quand d’autres sont assis sur des bancs, le visage éteint. En s’approchant d’un groupe de plusieurs individus, il saisit un bout de conversation entre deux jeunes femmes :
– Regarde, dit l’une d’elles, les trolls MAGA fachistes de 4chan. Ils ont lancé une opération dégueulasse qu’ils ont appelé « opération bouchage des toilettes » ! Comme si on était de la merde…
– Montre-moi. Mais non, ce n’est pas possible…
– Le but de leur manœuvre était de saturer les sites de réservation en ligne d’Air India, pour ne pas nous permettre de prendre des billets, ou alors de les payer très cher. Les fumiers… A l’annonce de la Maison Blanche d’augmenter le prix des visas H-1B et H4, ils se sont organisés pour que les Indiens déjà titulaires de ces visas soient pris au piège ici.
– Opération « bouchage des toilettes » … Mais comment est-ce possible ? Comment peut-on parler comme ça d’êtres humains ?
– Tu sais quoi ? Je suis certaine que ces fanatiques ont eu l’information avant les médias publics, pour être si bien organisés. Du Trump tout craché.
Jamal continue de marcher vers le parking. Il est écœuré par ce qu’il vient d’entendre. Il s’approche de la voiture et voit Noor assise sur le capot. Elle s’avance vers lui, un sourire crispé.
– 16 heures de vol… Je me dis que c’est encore jouable, dit-elle. Jamal ne répond pas et choisit de ne pas parler des fanatiques MAGA de 4chan, pour ménager sa femme.
– Rentrons à la maison maintenant, dit-il simplement. Tu as besoin de repos.
2ème partie la semaine prochaine



