
C’est un lundi, la mère de famille accompagne sa fille de 19 ans chez un psychiatre à l’hôpital, en Flandres, en Belgique. La jeune fille souffre de dépression, est traitée aux anti-dépresseurs et rien n’y fait, elle est toujours déprimée.
Elle explique son cas au psychiatre, et celui-ci opine de la tête, puis lui dit : « Avez-vous pensé au suicide assisté ? »
La mère n’en revient pas. Elle s’insurge. Le psychiatre lui indique que la conversation ne la regarde pas, que sa fille est majeure, et continue à vanter les mérites de l’euthanasie.
C’est comme ça que ça a commencé. La suite se déroulera en l’absence de la mère, interdite par la suite de présence à l’hôpital. Un an plus tard, la jeune fille a été euthanasiée. Un traitement radical me direz-vous.
Cette histoire est tout ce qu’il y a de plus vécue. Elle m’a été racontée par la mère.
Une augmentation folle d’euthanasies « psychiatriques »
En Belgique, il y a eu 3 991 euthanasies en 2024 (en 2025 je ne sais pas). Soit une augmentation de 16,6 % par rapport à 2023. L’euthanasie représente ainsi 3,6 % des décès dans le pays. Sur ces 3 991 euthanasies, 75 concernent des personnes dont les souffrances n’étaient absolument pas physiques, mais uniquement psychologiques.
Aux Pays-Bas, le nombre de suicides assistés pour raisons psychologiques uniquement a explosé : entre 2010 et 2024, le nombre de patients psychiatriques euthanasiés légalement a connu une folle augmentation. En 2010, seuls deux cas étaient recensés. Ce chiffre est passé à 13 en 2011, puis à 14 en 2012. En 2020, on comptait déjà 88 euthanasies concernant des personnes souffrant de troubles mentaux. La progression s’est poursuivie les années suivantes, atteignant 138 cas en 2023 et 219 en 2024.
Bien sûr, on vous dira que leur souffrance était incurable, c’est un critère légal pour avoir accès à l’euthanasie. Incurable pour qui ? Pour le psychiatre. Le problème c’est qu’il n’existe aucune étude scientifique sérieuse qui établisse pourquoi et comment les « traitements » psychiatriques guériraient une des maladies diagnostiquées par leurs soins. Ces « traitements », qu’ils soient chimiques ou qu’ils soient des électrochocs (« sismothérapie » ou « électroconvulsivothérapie » sont les termes utilisés aujourd’hui) sont comme une roulette russe. Parfois on s’en sort. Les diagnostics ne reposent sur aucune étude organique (à l’inverse des diagnostics médicaux), mais sur un « consensus ».
Quid du caractère « volontaire » ?
Un autre critère légal de l’euthanasie est le caractère volontaire et réfléchi de la demande. Pour faire simple, le consentement éclairé. Or, la grande majorité des demandeurs de type « psychiatriques » suit un traitement à bases d’antidépresseurs ou d’antipsychotiques (ou les deux), dont l’un des effets indésirables majeur est l’augmentation des pensées suicidaires. Que vaut en ce cas le caractère « réfléchi » et « volontaire » de la demande ? Reconnaissons qu’il y a au moins débat…
Un peu de point Godwin, j’assume…
Alors sommes-nous loin du programme T4 ? Le Aktion T4 est le programme d’euthanasie mis en place par l’Allemagne nazie à partir de 1939 pour éliminer les personnes handicapées mentales ou physiques jugées « improductives ». Le nom vient simplement de l’adresse de son administration centrale à Berlin, Tiergartenstraße 4. Sur autorisation écrite de Adolf Hitler, des médecins, des psychiatres et des fonctionnaires ont organisé un système bureaucratique de sélection : des formulaires envoyés aux institutions médicales, des dossiers examinés à distance, et une simple marque au crayon décidant du sort des patients. L’euphémisme officiel parlait de « mort miséricordieuse » ; la réalité était une politique d’élimination.
Entre 1940 et 1941, les personnes sélectionnées étaient transférées dans plusieurs centres spécialisés où elles étaient tuées, le plus souvent par gazage au monoxyde de carbone, puis incinérées. Environ 70 000 personnes furent tuées pendant la phase officielle du programme. Le dispositif était administrativement propre : formulaires standardisés, rapports d’activité, et psychiatres en blouse blanche pour donner à l’ensemble une apparence médicale — preuve qu’une bureaucratie peut produire des statistiques tout en produisant des cadavres.
Face aux rumeurs et aux protestations publiques, le régime annonça en 1941 l’arrêt du programme. En pratique, les meurtres continuèrent sous des formes moins visibles, par injections ou par privation de soins. Surtout, Aktion T4 servit de laboratoire technique et administratif pour les programmes d’extermination ultérieurs du régime nazi. Plusieurs de ses responsables furent ensuite transférés dans les centres de mise à mort de l’Est. L’expérience acquise était précieuse : comment organiser un meurtre de masse efficace tout en continuant à remplir correctement les formulaires. Une compétence tristement transférable.
Un programme d’éliminations « volontaires »
C’est bien entendu différent de l’euthanasie actuelle pratiquée en Belgique ou aux Pays-Bas, me direz-vous, surtout du fait qu’à l’époque il ne s’agissait bien sûr pas d’une demande volontaire de la personne euthanasiée. Mais il y a un fond commun. En offrant au « malade » psychiatrique la possibilité de se faire tuer par ses médecins, voire en lui faisant la promotion de cette solution radicale à ses souffrances, on entame un programme d’élimination d’une partie de la population.
En Suisse, il existe même des organisations privées qui font la promotion de leur offre de service pour le suicide assisté. C’est finalement plus malin que le programme T4, qui, comme on l’a vu précédemment, même chez les nazis avait provoqué l’indignation et avait dû être interrompu (en façade) en 1941. Parce qu’en prétendant que finalement, c’est pour le bien de la personne qui le demande, et en insistant sur le fait que ce sont eux qui le demandent, on se place quasiment du côté des gentils. Mais non, ce n’est pas gentil.
Et les statistiques montrent que le nombre d’euthanasies pour souffrances uniquement psychiques va aller en augmentant.
Alors bon, à ce stade, je n’ai pas de conclusion particulière pour cet article. J’espère juste qu’il ne sera pas trop déprimant pour vous, qu’il ne vous poussera pas à rechercher un traitement psychiatrique pour soigner la dépression qu’il a induit, qu’aucun d’entre vous ne songera à se faire aider pour mettre fin à ses jours à cause des souffrances psychiques qu’il vous aurait causées. Mais oui, je comprends, c’est effectivement déprimant.


