
Omega – Un livre de Robert Sheckley, traduit de l’anglais par Frank Straschitz et Marie Koullen. Editions Goater, 2022. Collection Rechute. Première parution 1960.
Le héros de l’histoire débarque sur la planète Omega, le bagne universel. Il a perdu la mémoire et ne connait plus ni son identité, ni la raison de son exil. Omega est le plus chouette endroit pour les criminels, qu’ils soient assassins, violeurs, dealers ou voleurs. On y récompense le crime et c’est même le meilleur moyen de s’élever socialement, pourrait-on dire, et surtout le seul pour survivre. Forcé à se défendre et tombant de Charybde en Scylla, le héros, l’anti-héros pourrait-on dire, finit par réussir et approcher la société secrète qui tient le haut du pavé sur cette planète terrifiante. Au bout de ses aventures, il reviendra sur Terre et découvrira son crime et l’informateur qui l’aura dénoncé.
Il entra dans la pièce voisine. Et se trouva face à face avec le dénonciateur. Au cours de cette confrontation haletante, Barrent (c’est son nom) se souvint. Dans un déluge irrésistible d’images-souvenirs, il se revit, petit garçon, entrer dans la salle de classe privée. Il réentendit le ronronnement apaisant des machines, revit les jolies lumières de toutes les couleurs, réentendit la voix insinuante de la machine lui murmurer des choses. Au début, cette voix l’emplissait d’épouvante ; ce qu’elle suggérait était impensable. Puis, peu à peu, il s’y était habitué, ainsi qu’à toutes les choses étranges qui se passaient dans la classe privée. Il avait appris. Les machines faisaient pénétrer leur enseignement jusqu’au plus profond de l’inconscient, tissant les instincts vitaux élémentaires d’un réseau de conditionnement acquis. Elles enseignaient , puis bloquaient la connaissance consciente des leçons, qui demeuraient implantées à jamais, sans jamais remonter à la conscience. Que lui avait-on enseigné ? Pour le bien commun, tu seras ton propre policier et ton propre témoin. Tu assumeras la responsabilité de tout crime que tu pourrais éventuellement avoir commis. Le visage du dénonciateur continuait à le regarder impassiblement. C’était son propre visage, le visage de Barrent, dont le reflet lui était renvoyé par un miroir fixé au mur. Il s’était dénoncé lui-même… La présomption de sa culpabilité était devenue irrésistible, s’était transformée en une certitude de culpabilité. Il s’était rendu dans la cabine du robot-confesseur et avait donné des preuves formelles contre lui-même. Il s’était condamné en se fondant sur des probabilités.
Plein d’humour et d’effroi comme les grandes dystopies glaçantes, le livre se lit à toute vitesse. On n’a pas besoin de connaître le fin mot de l’histoire dont on se doute assez vite qu’elle met au centre du jeu la vie même et ses règles instituées sur la Terre.
Comme il est dit sur la quatrième de couverture : … Jusqu’au jour où il revient sur Terre. Il croit ses malheurs terminés. C’est alors qu’il apprend la vérité sur sa condamnation. Et tout à coup, Omega lui apparait comme une sorte de paradis.



