
Il y a peu, à la fin d’un repas très arrosé avec un ami, celui-ci me confia, sous le sceau du secret, qu’il faisait avec sa femme, depuis quelque temps, des sex-tapes. « Encore un anglicisme indispensable. » pensai-je. « C’était » disait-il « pour ressouder son couple et épicer sa vie sexuelle. ».
Je dois dire qu’en matière de couple, la notion de soudure me laissa songeur. Vu mes compétences en bricolage, j’avais, jusque-là cantonné la chose à la plomberie ou à la métallurgie. Quant aux aromates, l’idée d’épicer des relations sexuelles m’ouvrit également un univers inconnu. Je m’abstins de lui demander s’il y avait des épices plus adaptées que d’autres.
Le côté technique m’intriguait également. Posait-il le téléphone, le tenait-il à distance façon selfie ? auquel cas, je saluais son agilité et sa technicité. Je me bornai, malgré tout, à poser une question sur l’utilité de la chose. Que faisait-il de la sex-tape, une fois réalisée ? La regarder lui donnait des idées et l’incitait tout en l’excitant. De plus, il pouvait s’améliorer en regardant les détails, disait-il.
Á titre personnel, c’est regarder l’autre qui m’inspire. Me regarder moi ne m’inspire qu’une idée radicale d’interdiction des miroirs comme mesure de salubrité publique et de santé mentale.
Bref, l’utilisation du poivre, de la cannelle ou du fer à souder me paraissait inutile. Quant à celle du téléphone…
L’idée de s’améliorer me laissa également perplexe. Je me gardai bien de lui rappeler qu’il regardait, et très en détails, des matchs de foot à la télé depuis plus de 20 ans et que, jouant les dimanches avec lui, je n’avais vu aucune influence sur son niveau de jeu, rafraîchissant mais assez médiocre.
Je le laissai donc m’expliquer les avantages du sexe sur vidéo et pensai qu’après tout c’était peut-être efficace pour lui.
Cela me donna même des idées. Si cela marchait, il était temps de mettre en ligne des food-tapes, où, en regardant des gens manger ou cuisiner, d’autres pourraient réaliser que le coca est déconseillé avec le couscous, voire qu’il existe d’autres légumes que la frite. J’imaginais des vidéos de gratins de courge, de blanquette de veau, de Saint-Félicien, de Côtes du Rhône.
Et puis pourquoi s’arrêter là ? L’on pouvait imaginer des reading-tapes, où des générations nouvelles, stupéfaites, pourraient découvrir qu’il est agréable, et même excitant, de lire, et qu’il n’y a pas de zones blanches pour la lecture, les livres n’ayant pas besoin de connexion, ni même d’être rechargés !
Peut-être malgré tout que les think-tapes, où l’on aurait vu des gens réfléchir avant de parler, auraient été quelque peu austères pour l’internaute de base.
Des idées à creuser.



