
Les choses vraies entrent donc dans nos vies pour ne plus en ressortir.
La poésie a ce pouvoir de partager avec des mots toujours fragiles cet émerveillement de la douleur et de la joie véritables.
Pierre Reverdy disait que le poète est un four à brûler le réel.
Le voilà le réel, en ce 5 janvier 2026 glacial où Lucienne qui fut comme ma mère durant tant et tant d’années a quitté ce monde en laissant sa famille et son jardin transis de froid. Puissent mes vers nous réchauffer tous en son cœur si aimant.
En ce cinq janvier
À Lucienne Faux,
avec toute mon affection.
En ce cinq janvier, glacial, ce véritable hiver,
Le jardin s’est figé, comme dans une prière.
Les plantes, les arbres, les buissons
Qui sont nés de ses mains
Ont bien senti son âme les quitter ce matin…
Ils ont été sa joie, et même sa solitude,
Je le sais.
Nos cœurs la pleurent désormais
Et font une rosée plus fraîche qu’un parfum
De ses fleurs au printemps…
Ses pensées les plus douces,
Elles étaient pour les siens, son mari, ses enfants,
Ses petits-enfants et leurs enfants à eux maintenant.
Elle comprenait nos peines et nos tourments
Comme seule une mère le fait,
Sans le dire vraiment,
Et tout en le disant.
Sa cuisine délicieuse nous a réjoui longtemps,
L’amour sait se nicher dans des haricots blancs
Tout comme dans un sourire,
Un pauvre sourire ou un regard brûlant.
Elle aimait la lune ronde comme une joue d’enfant,
Sa maison était bien plus qu’une maison,
Sa joie de vivre, sa raison d’être tout comme son cocon.
Elle aimait ses objets qui racontent sa vie et la leur
Partout sur ses meubles et ses tables
En les envahissant.
Elle aimait nous aimer, je crois, tout simplement.
Nos cœurs la pleurent
Et font une rosée plus fraîche qu’un parfum de ses fleurs
Au printemps…
En ce cinq janvier, glacial, ce véritable hiver,
Le jardin s’est figé, comme dans une prière.
Et nos larmes mêlées lui font une rosée
Plus fraîche qu’un parfum de ses fleurs au printemps.
Christian BOBIN dans L’inespérée (1994) a écrit : pour qu’une chose soit vraie, il faut qu’en plus d’être vraie elle entre dans notre vie. Lucienne qui fut comme ma maman pendant plus de 40 ans en est le parfait exemple. Ce qui est vrai à son propos est entré dans ma vie comme dans celle de tous les siens pour s’y ancrer et n’en sortira plus jamais : sa simplicité, sa profonde timidité qui la faisait si secrète et qui s’accompagnait d’une finesse tout en retenue, son extrême douceur, son intelligence de cœur et d’esprit, son talent de cuisinière, son élégance et son goût pour la beauté en art comme au jardin.
C’est cela l’inespérée, avoir rencontré tant d’humanité dans une seule personne, et c’est cela l’espoir.
Joël Mansa
Le mercredi 7 janvier 2026.



