
Aujourd’hui, comme promis, je m’attacherai aux mœurs du follower, espèce versatile et moutonnière, souvent assez craintive.
Bien que l’on puisse follower à tout âge, le follower est, en général, jeune et il vieillit plutôt mal. Il vit la plupart du temps en groupe mais on trouve parfois des solitaires. Il n’a pas besoin d’un environnement spécifique pour s’épanouir pleinement, et peut pratiquer chez lui, au travail, dans les salles de classe, les transports aussi bien que dans la rue. Même les salles de spectacle n’arrêtent pas son activité favorite. De même pour les horaires. Il n’y a pas d’heure pour un follower digne de ce nom.
Hormis les repas et le sommeil, les activités du follower sont triples : il scrolle, il follow et il like, souvent de manière compulsive. S’il n’est pas en troupeau, il lui arrive également de partager avec d’autres amis followers, lointains ou non.
Paradoxalement, cet être grégaire en ligne, qui adore partager ses astuces minceur, ses vidéos amusantes et ses trouvailles crémières ou vestimentaires, se contrefout souvent de son voisin de palier et peut avoir l’empathie d’un pancake.
D’habitude fort paisible, le follower peut devenir agressif si on lui demande d’arrêter de scroller. La perte, même temporaire d’un smartphone le transforme en un être d’abord grincheux, puis méchant, voire dangereux. Tel le sanglier blessé, il peut même se mettre à charger, si le manque se prolonge.
Si, par inadvertance, le follower est arrivé dans une zone blanche, c’est à dire hors-connexion, il peut être sujet à des accès de rage terrifiants ou, frappé d’hébétude, faire une crise de selfies compulsifs. Certains explorateurs racontent avoir vu des troupeaux entiers se jeter de hautes falaises dans ce genre de circonstances. Terrible spectacle qui rappelle les lemmings.
On évitera donc d’interrompre un follower en train de follower.
Nous avons laissé de côté la conséquence majeure du « followage » : le clic acheteur. En effet, suite à ses activités, le follower retrouve à sa porte d’innombrables colis, dont lui-même a parfois oublié le contenu. Il se retrouve donc régulièrement avec 8 T-shirts, 3 paires de chaussure, 6 pots de crème, 3 gloss, 4 bijoux parfaits, imitation faux or*1, un lot de 78 repas pour 22 jours (à renouveler régulièrement), 5 gadgets à l’usage incertain, dont 1 briquet inépuisable qui s’épuise, 1 montre collante qui ne colle pas, 1 billet vraiment pas cher Maubeuge-Châteauroux, alors qu’il habite à Grenoble, 1 sex-toy pour chien, alors qu’il n’a qu’un chat, et bien d’autres choses amusantes encore.
Sous son apparence paisible, menant une vie végétative, le follower peut, étonnamment, avoir une activité cérébrale intense. Tel un des spécimens observés par le professeur Poulchon et son équipe. Renseignement pris, questions posées, il se trouve que le follower en question se trouvait devant un dilemme cornélien : devait-il commander du baume après-shampoing ou une crème avant séchage, sachant qu’il avait déjà acheté le fluide avant-shampoing ? De plus, ayant acquis 5 pots de crème de nuit, il se demandait s’il devait l’utiliser, même en se couchant vers 6h du matin. Cruciales questions, il est vrai.
On ne peut pas vraiment dire qu’il déborde d’énergie mais d’une certaine manière, il s’épanouit ainsi. Toutefois, si, pour une raison quelconque, il arrête de follower, son œil perd son éclat et il a le poil terne.
Un être singulier et tellement attachant, dont la reproduction exponentielle laisse les chercheurs pantois, vu son peu d’activité sexuelle.
*1. L’or n’est pas facile à imiter mais le faux or, c’est encore autre chose.


