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Tous fachos !

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Nul doute que, observés à la loupe, bien des milieux et des personnes gérant une quelconque forme de pouvoir pourraient se voir taxés de fascistes, parole souvent employée du reste comme une injure et qui ne manque pas de susciter toutes sortes de réactions émotionnelles.

Les extrêmes se touchent

On le dit par exemple d’un enseignant trop autoritaire, d’un adversaire politique un peu trop épris de pouvoir, d’un parent fixé sur la discipline, d’un savant médiatisé et arrogant se faisant porte parole de « la » science, de l’actuel decreto sicurezza italien sur les migrants… Mais serait-ce pertinent de rappeler que le fascisme stricto sensu reste un mouvement politique précis : celui fondé par Benito Mussolini en 1919 et qui a gouverné l’Italie de 1922 jusqu’à 1943.
Par extension le terme a fini par indiquer d’autres régimes politiques nés en d’autres nations après la première guerre mondiale et également une idéologie fondée sur les mêmes valeurs. Depuis la dissolution du Partito Nazionale Fascista, l’Italie n’a plus
vraiment eu de problème avec le fascisme, même s’il existe encore des groupuscules d’extrême droite, comme par exemple Casa Pound, idéologiquement assez proches de ses valeurs.
Par contre, l’Italie a continué à avoir de sérieux problèmes avec les groupes d’extrême gauche. Elle porte encore les stigmates des nombreux attentats terroristes commis par les Brigades Rouges. La capture toute récente d’un de leurs mentors, Cesare Battisti, réfugié dans un premier temps en France grâce à la protection de la « doctrine Mitterand », nous rappelle ce que furent les terribles « années de plomb » dans la péninsule. Aujourd’hui encore, les membres des Centri Sociali et autres groupes anarchistes sont considérés comme le danger majeur du point de vue du terrorisme par les services italiens de renseignement. Rien qu’en 2016 ces groupes ont commis onze attentats terroristes qui vont des bombes aux incendies et qui ont touché des villes comme par exemple Gênes, Turin, Modène et Florence. Même si cela peut sembler paradoxal, force est de constater que l’extrême gauche partage certaines valeurs avec l’idéologie fasciste ! Qui disait que les extrêmes se touchent ?

Une question de valeurs

Le fascisme des origines se proclamait pragmatique, antidogmatique, anticlérical et républicain. Il proposait en urgence des réformes économiques et sociales radicales, mais il aimait aussi recourir à la force et à la violence de place et réduire le rôle du Parlement et l’importance de la démocratie.
Il faut dire que, comme les historiens le font pertinemment noter, la foi envers la classe politique de l’époque était en chute libre. Sur ce point la ressemblance avec la situation politique et sociale actuelle, en France comme en Italie, est frappante. Fascisme, nazisme et autres régimes autoritaires ont laissé de profonds traumas dans la psyché collective, et leurs seuls noms suffisent à évoquer le spectre et les horreurs des lois raciales, des déportations, des fours crématoires et à susciter des réactions parfois exagérées ou déplacées vis-à-vis de certaines prises de positions politiques (comme par exemple celles concernant les migrants) qui en réalité n’ont rien à voir avec ces idéologies. Il est probable que nous puissions désormais compter sur des sortes d’anticorps, sur une égrégore spirituelle contre le retour du fascisme. Ces anticorps se sont révélés par exemple lors des dernières élections présidentielles où le deuxième tour fut fatal à Marine Le Pen et à son mouvement considéré, à tort ou à raison, comme fasciste. Mais le mécontentement du peuple reste car il est généré par l’injustice sociale et la mauvaise politique. Ingrédients qui ne tardent jamais trop à produire des dégâts, comme on le constate aujourd’hui avec les manifestations publiques et les accrochages parfois violents entre les gilets jaunes, partisans d’une société gouvernée davantage par le bas, et les forces de l’ordre obéissant à un gouvernement trop « jupitérien ».

Du danger de la mauvaise politique

Comment donc interpréter la crise que traverse la politique actuellement et dont témoigne par ailleurs la défection grandissante de l’affluence des citoyens aux urnes ? Le grand problème de la politique actuelle est à rechercher, à mon avis, avant tout dans le manque de crédibilité de ses représentants. Nos démocraties étant représentatives, la crédibilité de leurs représentants s’avère fondamentale. Et à l’ère d’internet le pluralisme de l’information ne peut plus cacher ni trop raconter d’histoire à propos des magouilles de la politique, de sa connivence avec les puissants de l’économie et de la finance, des avantages absurdes et révoltants de ses représentants. L’arrivée de ce merveilleux instrument qu’est Internet a tout changé. Ce n’est pas un hasard si le Mouvement 5 Étoiles en Italie est né et a grandi grâce précisément à la toile, quelques années après le scandale Tangentopoli (« la cité des pots de vin »), avec l’opération Mains Propres menée par le juge Di Pietro qui prit les mains dans le sac tous les partis politiques sans exception 1 . Aujourd’hui les citoyens, mieux informés qu’avant, ne laissent plus rien passer. Mais le recours à la violence renvoie, toujours par le biais des médias, du côté du tort et fait aussi partie des caractéristiques déjà évoquées pour définir les nouveaux fascistes. Ce qui toutefois manque la plupart du temps à ces groupes et à ces partis pour pouvoir être pertinemment comparés au fascisme, c’est la veine impérialiste. Une différence qui n’est pourtant pas des moindres et qu’il convient d’observer. Les citoyens, déçus de la politique libérale et en colère à cause de la précarité économique, ne sont pas pour autant disposés à ériger en solution la guerre et/ou la colonisation d’autres nations. Mais peut- être ne s’agit-il que d’un défaut d’optique car la vraie colonisation s’exprime aujourd’hui par une globalisation des marchés très peu encline à s’embarrasser de la volonté des peuples. On aura donc tendance à voir dans le nationalisme (ou souverainisme), défendant les frontières et les économies nationales, des caractéristiques majeures des nouveaux fachos. De là à taxer les biologistes de fascistes pour avoir découvert que les cellules des organismes sont pourvues de membranes ayant les mêmes fonctions que les frontières et sans lesquelles elles ne sauraient survivre…

Repli identitaire et mondialisation

On parle souvent à tel propos de « réaction de repli » ou de « repli identitaire »… expressions qui sonnent déjà comme des reproches, voire des pathologies. C’est que le marché globalisé n’a que faire des frontières et des revendications identitaires peu exploitables. En somme, comme le lecteur l’aura compris, je serais plutôt enclin à reconnaître les nouveaux fascistes derrière les masques des promoteurs de la mondialisation, la colonisation des marchés, les systèmes de propagande abaissant le niveau mental des citoyens à grands coups d’« accords commerciaux » présentés comme solution unique.
Mais si le fascisme à proprement parler semble définitivement mort, l’arrogance, quant à elle, règne incontestée. Dans les médias comme en politique. Elle dépend peut-être de cet Idéal du Moi que Lacan surnommait parfois « le petit tyran tout puissant » et qu’une analyse même la plus longue ne saurait éradiquer complètement.

Antoine Fratini

1. L’alors ministre de la santé Poggiolini, pour ne citer que lui,
avait installé une véritable caverne d’Ali Baba remplie à craquer
d’œuvres d’art en tous genres dans la cave de sa somptueuse
résidence.

 

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