
Le Guide des familles politiques pour citoyens perdus , dont j’ai fait l’achat, est d’une lecture rafraîchissante ; J’apprécie particulièrement le tour d’horizon des personnages politiques susceptibles de représenter des idées et un courant de pensée, sans approuver nécessairement les choix effectués par l’auteur.
On y trouve ainsi François Ruffin qualifié de vrai social-démocrate, je n’y aurais pas pensé, mais pourquoi pas ?
A droite , Zemmour mais pas MLP qui “part dans tous les sens, n’a pas de corpus idéologique et rassemble, justement, un peu tout ce qui rejette le « système » sans d’ailleurs être capable de le définir”. C’est bien vu.
Pour la famille écologiste, surprise, c’est Marine Tondelier qui est mise en avant. Elle serait « dans la ligne de Yannick Jadot qui l’incarnait auparavant, un courant plus pragmatique, réaliste. Mais elle se distingue quand même du fait qu’elle cherche à sortir de l’écologie « punitive ». Elle a pourtant éliminé Yannick Jadot, a transformé le nom de son parti et, suprême renoncement, supprimé la référence à l’Europe et aux Verts, qualificatifs considérés comme repoussoirs par les électeurs. Reste donc Les Ecologistes avec cette volonté d’appropriation de l’écologie comme d’autres essaient de le faire dans d’autres registres, républicains ou encore démocrates, pour ne citer que ceux-là. J’ai plutôt l’impression que Marine Tondelier a ajouté à son credo de catho de gauche une forme d’illuminisme dont elle serait la représentante sur terre, illuminisme lui permettant de brandir selon les circonstances la justice sociale, l’écologie, la paix, que sais-je encore. Mais, où sont les idées et le pragmatisme ?
En continuant le tour d’horizon, on voit qu’il n’y a personne du PS pour représenter la famille socialiste. Denis Ferré s’en explique : « On pourrait aussi parler de l’idéal socialiste, il existe bien un parti qui s’appelle parti socialiste mais où il n’y a pas plus de socialistes qu’ailleurs ». La formule me paraît judicieuse et je pense plus que jamais que les adhérents et députés de ce parti qui sont en désaccord profond avec leurs dirigeants auraient du quitter le PS, s’assumer et bâtir quelque chose plus en accord avec leurs convictions (s’ils en ont encore).
Reste Macron et le présupposé macronisme au sujet duquel Denis Ferré dit que « le vide représenté par Macron démontre qu’on est arrivé au bout du système » . Je suis plus enclin à penser que Macron a pu émerger en raison du vide préexistant, laissé par les grands « partis de gouvernement » (si on peut encore les penser comme tels) qu’étaient alors le PS et LR. Rappelons-nous les primaires de la gauche avec Benoît Hamon envisageant la fin du travail et un 2ème porte avions nucléaire dans une séquence télévisée mémorable. Macron n’a pas créé le vide, il n’a pas réussi à le combler. En revanche, et au-delà de tous les errements qui caractérisent les deux quinquennats, il y a la constante européiste dans le sens d’inscrire pleinement la France dans le bon cadre géopolitique, à la bonne échelle.
L’analyse des familles politiques est aussi à contextualiser plus explicitement : on n’est pas forcément à la fin d’un système mais nos sociétés européennes ont atteint un niveau de sophistication tel que nos enjeux d’aujourd’hui sont plus de maintenir des acquis, sociaux notamment, que de lutter « contre », et c’est beaucoup moins mobilisateur et fédérateur, moins « idéologique » peut-être, encore que !
Les idéologies reviennent, certes, mais il s’agit plutôt de courants de pensée extérieurs, où les émotions dominent, où les manipulations et les ingérences jouent de ce fait un rôle toujours plus prégnant. En France on se les approprie à la mode franchouillarde. Rien de bon à l’horizon.
Emmanuel Gambet
À propos du « Guide des familles politiques pour citoyens perdus »



