
Alors qu’heureusement, de bons films sont toujours fait, je me surprend trop souvent à me demander devant de nombreux autres : « Tout ça (des dizaines de millions de dollars, des torrents d’effets spéciaux, de grands acteurs…) pour ça ? Le rapport qualité/prix, si j’ose dire, me laisse sidéré.
En revoyant « Le lâche » de Satyajit Ray l’autre jour, je me suis posé exactement la question inverse : « Comment faire autant avec si peu ? » L’extrême simplicité est un art difficile, seulement maîtrisé par les plus grands : Ford, Ozu… et Satyajit Ray. Quand cette simplicité est métissée de délicatesse et d’intimité, on atteint au meilleur d’une narration cinématographique.
En chemin pour Calcutta, la voiture d’un scénariste de cinéma tombe en panne dans une petite ville. Il doit y passer la nuit et est logé, de façon inattendue, par un planteur de thé aisé, qui se révèle amical et un peu amer. Arrivé chez lui, il est accueilli par son épouse. Stupéfaction, il s’agit de Karuna, son amour de jeunesse, de ses années d’université. Á cette époque il la quitta dans des circonstances douloureuses, en faisant preuve de grande lâcheté. Les années passant, il a compris qu’elle était son seul amour et il voit dans cette rencontre une nouvelle chance offerte par le destin pour s’expliquer et la reconquérir. Mais la réalité est plus complexe.
En 69 minutes, une journée et une nuit, Satyajit Ray réussit à nous faire saisir les tourments intérieurs des deux personnages, la complexité et l’intensité de leurs sentiments, le passage du temps, et les conséquences inévitables de nos actes et de nos choix. Les flash-backs sont courts, efficaces, «émouvants, comme toute confrontation avec ce qui fut et ce qui aurait pu être.

Akira Kurosawa a dit un jour : « Ne pas voir un film de Satyajit Ray, c’est comme ne jamais avoir vu le soleil ou la lune ! ». On ne saurait être plus élogieux et éloquent. N’ayez donc pas peur des coups de soleil ou de lune, et découvrez les films de Satyajit Ray, au premier rang desquels la trilogie d’Apu (La complainte du sentier, L’Invaincu, Le monde d’Apu), chefs-d’œuvre absolus !



