
Manipulés manipulateurs, vraiment ?
J’avoue ma perplexité si ce n’est mon trouble devant le thème proposé. J’en viendrais à douter de moi-même…
Mais de toutes parts c’est vrai, nous sommes avertis : L’économie de l’attention – c’est-à-dire le marché des cerveaux disponibles quoi – régit insidieusement les réseaux où je m’informe et pour que j’y reste bien longtemps, les plateformes ne me fournissent que ce que j’aime.
Il y a même pour ça des algorithmes qui m’envoient aussi la pub convenablement ciblée dont je fais mes choux gras.
Mais moi ce que j’aime c’est l’info, avide que je suis de rebondissements, d’espoirs à ne plus décevoir ou même de catastrophes. Ah la délectation morose ! Et mes indignations se répandent sur la toile comme autrefois les taches d’encre sur mes devoirs écoliers. Si je m’alarme c’est que j’existe.
Mais comme je ne vois que ce que j’aime, je ne me confronte plus, et je suis conforté dans une seule vision du monde binaire, remplie de préjugés, enfin de « biais de confirmation » comme on dit aujourd’hui.
Comme chacun fait pareil, le monde devient de plus en plus fragmenté en tribus qui se chamaillent en s’ignorant chaque jour un peu plus…
Et s’il n’y avait que cela… car on le sait bien les contenus les plus dégueulasses sont les plus attractifs. Et que ne ferait-on pour du blé.
Heureusement, nos dirigeants bienveillants y mettent le holà et somment les marchands de plateformes de faire le ménage.
Comment faire ? Eh bien puisqu’un algorithme peut vous aiguiller où bon leur semble, un autre algorithme peut cacher ce qui ne va pas non ? Sinon, à l’amende ! Et voyez ce qu’ils ont fait à Pavlov, 72 heures de gardav, ça calme. Ensuite, on embauche des brigades de modérateurs très compétents pour relire ce qui se publie. Et pour finir il y a les fact-checkeurs qui sont là pour dire ce qui sent bon et ce qui pue et qu’il ne faut surtout pas sentir.
En plus, pour lutter contre les pédos, les discours haineux, la mésinformation, les Russes, les fermes à trolls et tout ce que j’oublie, je devrai bientôt décliner mon identité pour ouvrir mon ordi. Et comme si ça ne suffisait pas l’autorité aura le droit de relire mes E-mails (ça s’appelle une back door…). On est bien protégés.
Comment dîtes-vous ? Les sources sont officielles mais pas si sûres ? Les sondages sont biaisés ? Les statistiques douteuses ? Mes colères téléguidées ?
Mais alors quand je partage mes infos biaisées, de manipulé je me ferais bien manipulateur ?
Intéressant… Mais pourquoi ce sont les mêmes qui veulent contrôler l’info et qui veulent que je sois libre ? Et s’ils veulent protéger ma marmaille pourquoi qu’ils attendent si longtemps pour s’intéresser aux gamines qu’on envoie se dorer aux îles Vierges ? (moi ce que j’en dis, c’est pas un scoop, c’est même pas de l’info, c’est une question).
Et puis j’en ai un peu marre que ce soit toujours les mêmes qui organisent le marché et que ce soit toujours moi le suspect.
À force, il y a un brouillard cognitif qui s’installe et si je les écoute, je finis par douter tout le temps de tout et de moi-même. Manipulé ou manipulateur ? Pas moyen d’en sortir…
Finalement ce ne serait pas cela qu’ils recherchent ? Quand je ne sais plus où donner de la tête, je finis par la mettre sur le billot.
Alors moi, je ne me laisse pas faire, j’exige du dur, du sourcé, de l’argumenté, du vérifié d’où que ça vienne. Je vais voir ce qui se passe du côté de la contradiction, sans oublier les recoins qu’on veut m’interdire. Je sais que si mes amis peuvent se tromper, même les menteurs disent parfois la vérité. Et puis si je ne sais pas, je ne sais pas, je ne renonce pas à me questionner, je reste ouvert aux possibles réfutations, je reconnais mes erreurs, je ne cherche pas à toutes forces à vous convaincre. Chacun fait son chemin… Quant à vous-mêmes, ne me faîtes pas plus confiance, faîtes vos propres recherches.
Surtout, malgré l’air du temps qui mélange tout, instille partout le doute et veut nous faire croire que nous sommes incapables de trancher, je sais bien, j’en suis sûr, que je ne cherche pas à vous manipuler, moi.
Le 20 février 2026
Jean-Claude Morera
P.S. Je ne suis pas un robot.



