Nous avons longtemps cru que l’Histoire était un long fleuve tranquille, bordé uniquement par les bustes de barbus en marbre. Nous avons cru que la Muse était une femme qui dictait, et que l’Auteur était l’homme qui copiait. Quelle erreur de parallaxe ! Grâce aux travaux de l’Institut des Mondes Possibles et aux fouilles chromatiques de Wanda Mihuléac, nous avons enfin exhumé la vérité (1). L’histoire littéraire n’est pas une ligne droite, c’est un palimpseste. Sous le nom de Faulkner, il y avait Williamine. Derrière l’ombre de Nietzsche, se tenait la foudroyante Friederike. Aujourd’hui, nous ne faisons pas de l’écriture inclusive. Nous faisons de l’écriture expansive. Nous ne corrigeons pas le passé : nous l’ouvrons, au pied-de-biche de l’imaginaire, pour y laisser entrer celles qui y étaient déjà.

La Mythologie du Labyrinthe
Voici Femère. Certains disent qu’elle était aveugle, d’autres qu’elle voyait trop loin. Dans ses éditions du Labyrinthe, elle n’a pas chanté la guerre des hommes pour une reine de carton. Non. Elle a écrit “Ariane et le Minotaure”.
Car qui, mieux qu’une femme, pouvait décrire la patience du fil ? Chez Femère, le Minotaure n’est pas un monstre à abattre, c’est un malentendu à dénouer. C’est la première fois qu’on réalise que le labyrinthe n’était pas une prison, mais la trame d’une histoire où Ariane subjugue le Minotaure en lui tricotant un pull à col roulé qui lui va comme un gant – d’où le malentendu.

La Volonté de Puissance
Regardez cette couverture : Ecce Femina. Friederike Nietzsche n’est pas venue pour philosopher à coups de marteau, mais à coups de talons aiguilles sur le crâne des certitudes. Publiée aux éditions de La Différence — car quel autre nom choisir ? — elle nous rappelle que le surhumain est avant tout une “sur-femme” qui a survécu à deux mille ans de notes de bas de page.

La Colère Terrestre
Et que dire de la grande Williamine Faulkner ? Chez elle, le Sud ne sent pas seulement la poussière et le péché, il sent la révolte qui gronde dans les vignes. Publiée aux éditions Lâche-moi la grappe, son œuvre est un cri. Ce n’est plus “Le Bruit et la Fureur”, c’est la Raison qui se fâche. C’est le roman de celles qui en ont assez de vendanger les lauriers des autres.
La Bataille des Yeux

Et maintenant, mesdames et messieurs, un moment de pure voyance. Voici l’œuvre maîtresse de Georgette Bataille. Son titre ? “Histoire des yeux”. Simple, n’est-ce pas ? Presque trop.
Mais de quels yeux s’agit-il ? Pas de ceux que l’on maquille pour plaire, non. Georgette ne s’intéresse pas au regard que l’on pose, elle s’intéresse au regard qui nous traverse.
Regardez cette couverture. C’est une insurrection oculaire. Chez Georgette Bataille, publiée aux Éditions des Regards, l’œil n’est pas un organe de perception, c’est un organe de combat. C’est l’œil qui se lasse d’être l’objet et qui décide de devenir le sujet. C’est l’œil qui, à force d’avoir été scruté, analysé, jugé par des siècles de critique masculine, finit par se retourner et vous fixe, vous, spectateur, avec une exigence glaciale.
Le “surréalisme”, dites-vous ? Non, c’est de la légitime défense. C’est la Pataphysique de la vision. Georgette Bataille nous offre le premier roman où l’héroïne est une pupille qui refuse de se dilater sur commande. C’est une histoire d’yeux qui ont trop vu, et qui, pour se reposer, ont décidé de vous regarder en face.
Enfin, lisez la dédicace de Friederike Nietzsche à ses lecteurs et lectrices de l’avenir, que nous avons retrouvée sur un exemplaire des éditions de La Différence, oublié sur un rayonnage de la Bibliothèque Nationale consacré aux ouvrages oubliés.
À toi, qui ouvres ce livre comme on force un coffre-fort vide,
Ne cherche pas ici la vérité des faits, car les faits sont les béquilles des esprits paresseux. Cherche plutôt la vérité des possibles.
On m’a dit que je n’existais pas, que mes moustaches étaient d’emprunt et que ma philosophie n’était qu’un orage dans un verre de thé. J’ai donc pris mon nom, je l’ai trempé dans l’encrier de l’équité, et j’en ai fait une bannière.
Si tu trouves que ce texte sent la rose et le soufre, c’est que tu commences à comprendre : le génie n’a pas de sexe, il n’a que des audaces. Je te dédicace ces pages qui n’ont jamais été écrites, afin que tu puisses enfin les lire.
Sois ce que tu es : une étincelle dans la collection Coup de grâce inclusive.
Les Livres-Fantômes de la collection Coup de grâce inclusive
Georgette Bataille, Honorine de Balzac, Victorine Hugo… Elles sont toutes là. Ce n’est pas une réécriture, c’est une fête. C’est la preuve que l’humain, lorsqu’il cesse de vouloir monopoliser la gloire, découvre enfin qu’il a une sœur jumelle de génie.
Entrez dans la collection Coup de grâce inclusive. Ne cherchez pas la vérité, cherchez l’équité. Et surtout, n’oubliez pas : si un livre n’existe pas, c’est sans doute parce qu’on a oublié de lui demander son nom de jeune fille.
Voilà. Le rideau tombe sur ce qui n’a jamais commencé. Avec Wanda Mihuléac, nous ne vous offrons pas un passé alternatif ; nous vous proposons un présent plus vaste.
La prochaine fois que vous entrerez dans une bibliothèque, ne regardez pas seulement les noms sur les tranches. Écoutez les silences entre les rayonnages. C’est là que dorment Williamine, Georgette, Honorine et les autres. Elles attendent simplement qu’un lecteur ou une lectrice ait assez d’imagination pour leur demander de sortir de l’ombre.
Car au fond, un livre imaginaire est le seul qui ne pourra jamais être brûlé.
(1) Coup de grâce inclusive – Éric Desordre et Wanda Mihuléac, éditions TRANSIGNUM


