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Marvin Parks, du métro à la notoriété

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D’où viens-tu ? Comment es-tu arrivé à Paris ?

Je suis de Baltimore dans le Maryland, la ville de naissance d’artistes et chanteurs tels que Cab Calloway, Billie Holiday, le réalisateur John Waters et l’actrice Jada Pinkett-Smith. J’ai habité à New York de 2007 à 2013. Il se trouve que j’avais 40 000 « Advantage Miles » par American Airlines, ce qui m’a permis de me payer un billet New York/Paris aller-retour pour seulement 83 dollars. Je suis arrivé à Paris le 30 novembre 2013 pour les vacances avec l’intention de rester trois semaines. Après deux semaines, je suis tombé amoureux de la capitale. Suite à une discussion avec un ami américain expatrié à Paris j’ai décidé de demeurer ici.

Tu chantes dans le métro et sur scène aussi ?

Oui. J’ai commencé à chanter dans le métro parce que ma carte bancaire a été avalée par un distributeur de billets ! La seule solution que j’ai trouvée a été de chanter dans la station de métro la plus proche de mon appartement ! Certains pensent que je suis un mendiant (j’ai pourtant devant moi une affiche « Marvin Parks : American Jazz Singer » ou « JazzduMétro »), d’autres estiment que je suis courageux et formidable. Mais si je chante dans le métro c’est avant tout pour la promotion de ma musique. C’est une façon de demander, avec respect et gentillesse, aux passants de me suivre sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, YouTube). J’utilise donc le métro comme un outil de promotion. J’instaure ainsi une relation chaleureuse avec mon public. Les passants m’ont donné leur amitié, leur respect, et leur soutien. Ils sont devenus une partie de mon audience. Je continue de cette manière à construire ma réputation. Depuis octobre 2016, j’ai participé au programme « RATP Musiciens du Métro », un programme qui soutient les artistes. Cette année marque leur vingtième anniversaire. Il faut passer une audition pour obtenir l’autorisation de jouer dans le métro parisien. Ce fut difficile de l’obtenir. Il y a 2 000 personnes qui passent l’audition tous les 6 mois et 300 sont choisis. En ce moment, il y a presque 300 personnes artistes ayant cette autorisation. Vraiment, le métro ce n’est pas simplement une station ou des rames ! Le métro c’est avant tout « The People » ! Les Français et les touristes qui prennent le métro pour aller au travail et pour toute autre activité. C’est un plaisir alors de chanter pour eux. Il n’y a pas de métropolitain sans les gens ou même les travailleurs qui le font fonctionner. En plus de chanter dans le métro, j’ai un EP disponible, auto-produit qui s’appelle « The Very Thought Of You ». Je suis actuellement sur un label Italien : Schema Records. Et cette année ils ont sorti mon premier album éponyme, produit par le DJ et producteur, Nicolas Conte. J’anime aussi une jam session au Sunside et à l’Entrepôt. J’ai joué au Bab-i-lo, au Sunside, ainsi qu’au Café Universel, et crée un spectacle qui s’appelle « Marvin Parks : American Jazz Singer », en janvier 2015. J’ai chanté dans des festivals en France, Italie, Danemark, Allemagne et Serbie et j’ai passé des auditions pour « The Voice » (les versions française et américaine) et « La France a un Incroyable Talent ». La plupart des passants ne savent toujours rien de tout cela malgré mes meilleurs efforts pour leur dire. Mais je continue à chanter !

J’imagine que tu croises une foule de personnes chaque jour en chantant dans le métro. Peux-tu nous raconter une rencontre qui t’a particulièrement marqué ?

Il y a tellement d’histoires ! Pour certaines, très belles, et d’autres vraiment pas ! Mais avoir l’occasion de chanter pour les enfants ou de parler aux gens de leurs problèmes, de leur travail ou de leur famille, c’est beaucoup pour moi. J’ai aussi empêché de nombreux vols ! Cependant, à l’époque où je n’avais pas l’autorisation, j’ai souvent été jeté hors de la station par des contrôleurs. Aujourd’hui, je partage un bon rapport avec de nombreux employés de la RATP !

Tu souhaites sortir le jazz de son contexte habituel. Peux-tu nous expliquer ta démarche ?

Pas exactement ! Il faut comprendre que je suis en effet un chanteur de jazz et de pop traditionnel pur et dur, mais mon objectif artistique n’est pas un style de musique en particulier (par exemple je ne suis pas « jazz-soul »). Mon souhait n’est pas non plus uniquement de rendre hommage à des artistes légendaires ou iconiques. Mon approche n’est pas « classique » ou « moderne ». Je suis un « entertainer » et un interprète du « Grand répertoire de chansons Américaines » (The Great American Songbook), c’est à dire des chansons de vaudeville, de comédie musicale de Broadway, de cinéma, dans certains cas de télévision même. Il y a bien évidemment aussi les autres chansons, à savoir la pop traditionnelle, du swing et du blues avec des grands artistes tels que Nat King Cole, Sammy Davis Junior, Tony Bennett, Liza Minnelli, Duke Ellington, George and Ira Gershwin, Johnny Mercer, et même Michel Legrand/Alan et Marilyn Bergman. D’ailleurs, je chante dans le métro avec un chapeau rouge nommé « Liza » faisant référence à mon héroïne Liza Minnelli. Je ne suis pas simplement un chanteur qui interprète les standards du répertoire, je suis aussi un compositeur et parolier. Pour vous en faire une idée je vous invite à écouter mes chansons « Never Been In Love Like This Before » et « You Are The Melody (Bossa Fabré) » sur SoundCloud ou Spotify.

Ton spectacle « Marvin Parks : American Singer » est un mélange de stand-up et de chansons. D’où te vient cette envie de mélanger les genres ?

La musique et l’humour ont toujours été de bons partenaires. Ce n’est pas nouveau. Cela dit ce n’est pas très courant sur la scène Jazz. Je souhaite créer une ambiance agréable et ce dans la bonne humeur. Trop de gens pensent que le Jazz est une chose très sérieuse, mais ce n’est pas forcément le cas. Je vous invite à regarder Pearl Bailey ou Fats Waller ! J’ai commencé sur scène dans des lieux de comédie Anglophone. Actuellement, je fais du « stand-up » au Paname Art Café chaque mercredi dans leur « Open Mic ». Aussi, il y a beaucoup de spectacles en anglais et en français à Paris, cependant il n’y avait pas de spectacle avec du jazz. J’ai donc eu l’idée de créer mon spectacle « Marvin Parks : American Jazz Singer » en 2015. Le titre vient de la pancarte que je portais quand j’ai commencé à chanter dans le métro. Bien sûr, j’ai tenté d’approcher les maisons de productions, ainsi que certains programmateurs de jazz. Mais ce fut sans succès. Toutefois, entre 2015 et 2017, j’ai joué souvent à guichets fermés. Sur la scène du « 38 Riv », entre autres. Actuellement, je cherche un petit théâtre pour jouer mon show. « Marvin Parks : American Jazz Singer » qui a reçu la nomination de « Best Comedy » dans Expatriates Magazine Best In Paris 2017…

Tu as même créé une marque : « JazzduMétro ». Pourquoi ?

J’ai construit ma notoriété à Paris en tant que chanteur dans le métro. Au départ j’avais pensé à quelque chose comme : « Subway Sinatra » ou « Gershwin In The Afternoon ». Un jour, un passant m’a dit : « C’est pas souvent qu’on entend du Jazz dans le métro… » et voila ! « JazzduMétro » était né. J’ai aussi l’intention de créer ma propre maison de production pour auto-produire mon show. Pour promouvoir la marque je vais continuer à chanter dans le métro. J’ai aussi créé un logo. Je vends des t-shirts et des tasses de café. Je développe aussi un compte sur Instagram « JazzduMétro Culture » afin d’évoquer et de souligner la contribution des noirs américains dans le cinéma, la télévision, la musique et les comédies de Broadway.

Tu as chanté dans l’émission d’Antoine de Caunes, sur Canal +, tu as été interviewé sur France Inter. Que t’a apporté cette médiatisation ?

Tout a débuté par une rencontre avec un journaliste du journal « Le Monde » Paul Benkimoun (ancien de Jazz Magazine) à la station La-Motte-Picquet-Grenelle. Son interview a été publiée le 25 décembre 2015. Antoine De Caunes et son équipe ont lu l’article et regardé mes clips sur YouTube, puis ils m’ont invité à chanter dans leur émission diffusée le 19 février 2016. C’est rare, pour un artiste sans un publiciste, agent, ou manager, de jouer avec son groupe sur une chaîne comme Canal+. Surtout pour un artiste de Jazz pas célèbre. J’ai rencontré la journaliste Mélanie Bauer dans un petit festival du film à Paris et elle a fait un reportage sur moi en décembre 2016. J’ai aussi chanté dans son émission « Back To Back » en août 2017. De toute façon, tant qu’il y aura beaucoup d’étudiants m’arrêtant et me demandant pour une interview, j’aurai le moral au beau fixe !

Interview de Jonathan Lévy-Bencheton

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