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La première maman de France

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© Andreas Hanks – The White House

Par-delà le sourire ravageur et le charme dionysiaque de Brigitte Macron, qu’est-ce que la première « cougar » de France incarne au fond ? Un président de la République épris d’un amour indéfectible pour une femme beaucoup plus âgée que lui : qu’en dit le docteur Freud ?

Quand on voit le couple présidentiel actuel, on ne peut que penser à Madame Bovary, à Lady Chatterley ou encore au film de Mike Nichols Le lauréat où un jeune étudiant s’entiche d’une femme cougar, Mrs Robinson. Ces femmes âgées en quête d’hommes plus jeunes sont devenues un phénomène culturel. Des sites de (www.allocougar.com), des séries télé (Cougar Town, Desperate Housewifes), des comédies romantiques (Toy Boy, 20 ans d’écart) leurs sont consacrés et tous les magazines féminins en font leur marronnier annuel.

L’imagination érotique de la femme cougar

Depuis les Problemata aristotéliciens, nous savons qu’il y a pendant la vieillesse un regain sexuel qui s’épanouit à partir d’une « exaltation de la vis imaginativa » (force imaginative). L’affaiblissement du corps et le déclin des capacités sexuelles n’entravent en rien l’élargissement de l’imagination érotique. Bien au contraire, plus nous vieillissons et plus notre imagination s’ouvre à l’érotisme. La physiologie antique nous dit à juste titre que la puissance sexuelle dépend de notre activité imaginative. On le sait, la psyché est constituée d’images (Jung). Rien d’étonnant alors à ce qu’une femme mûre développe une sexualisation de son imaginaire. Cela sous-entend aussi qu’avec l’âge, l’être humain parvient à se détacher de la peur, de la honte et de la culpabilité qui sont un véritable frein névrotique à l’extravagance de son imagination. Emmanuel Macron a 16 ans lorsqu’il rencontre en 1993 Brigitte Trogneux, professeur de lettres classiques. Elle a tout juste 40 ans. Qu’un jeune homme sensible et brillant soit attiré par une femme mûre à l’imagination sexualisée et libérée dans un contexte culturel où la sexualité demeure une résistance psychique, cela a du sens.

Le désir primordial de l’union avec la mère

La psychanalyse nous explique qu’il y a en chacun de nous un désir d’inceste. Le complexe d’Œdipe nous dit ainsi que le petit garçon désire coucher avec sa mère et que la petite fille désire son père. Mais il revient à Otto Rank, disciple dissident de Freud, d’avoir montré que ce désir primordial d’union avec la mère prend son origine avec le traumatisme de la naissance. En effet, le passage du monde intra-utérin de la mère au monde extérieur est déjà en soi une aventure initiatique : l’enfant doit quitter l’union exclusive avec sa mère pour pénétrer dans un monde ouvert où il doit apprendre à respirer par lui-même. Concernant les angoisses infantiles, Freud avait bien remarqué qu’elles s’estompaient dès que l’enfant entrait en contact physique avec sa mère. Pour autant, la fixation originelle à la mère et la haine de l’enfant envers le père venant entraver cette fixation demeurent le noyau névrotique que l’analyste tente de résoudre par le biais du transfert. L’analyste, en incarnant à la fois la mère et le père, doit pour ainsi dire permettre à l’analysant de se détacher progressivement de cette fixation originelle en reproduisant l’acte de naissance. C’est en ce sens qu’Otto Rank parle de la psychanalyse comme d’une deuxième naissance.

Dans les jupons de Mère Macron

Pour l’analyste jungien, la mère est avant tout le lieu symbolique du refuge, un noyau archétypal indispensable au processus d’individuation. Pour pouvoir affronter nos dragons intérieurs, nous avons besoin de savoir qu’il existe un refuge, un cocon, un espace de régénération. La majorité des rites initiatiques possèdent un lieu sacré (cavité, grotte, cabinet, fossé) symbolisant le ventre maternel et qui a pour fonction d’être le point d’ancrage d’une seconde naissance. L’anthropologue Gilbert Durand nous dit également que le refuge est le symbole mystique par excellence permettant d’euphémiser les « visages du temps » ou les « monstres dévorants ». L’expression populaire « être fourré dans les jupons de sa mère » prend alors tout son sens et on comprend alors à quel point la mère est un refuge en soi. Au-delà du désir d’inceste, il y a surtout le besoin de se sentir en sécurité dans un univers hostile. En ce sens, Brigitte Macron incarne parfaitement ce refuge indispensable au jeune Jupiter.

Une mère pour tous les français

La société française traverse depuis de nombreuses années une crise d’envergure à la fois économique, sociale et surtout psychologique. La famille fait partie des institutions sociales directement touchées par la crise. Qu’elle soit nucléaire, étendue, recomposée ou homoparentale, la famille connaît une instabilité importante sur le plan relationnel. Bien souvent, les membres d’une même famille nourrissent entre eux des aversions, des jalousies, des rancœurs, des exaspérations, des conflits névrotiques difficilement dépassables. La phrase d’André Gide « Famille, je vous hais »  est à ce titre significatif. Emmanuel Macron, étant un lecteur passionné de Gide, connaît certainement sur le plan personnel toutes les complications névrotiques existant dans une famille. Brigitte Trogneux est à l’évidence une femme déterminée et libérée qui a su devenir une mère à la fois protectrice et militante. On comprend alors pourquoi le jeune Emmanuel fût attiré par cette beauté maternelle qui lui manquait certainement dans la vie intime de son enfance.

Il est certain que les Français ont besoin de communier autour d’une mère des dragons comme l’atteste le succès de la série Game of Thrones. Nul doute que Brigitte Macron symbolise cette mère guerrière et nourricière que le peuple de France désire pour se reconstruire psychiquement.

Frédéric Vincent

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