
2007 à 2010
L’amour, la planète, la mort des autres, le bout tout au bout (de tout).
Défier, pour l’amour, le temps et les rides…
Et savoir être, malgré les épreuves communes, mais dans la tendresse, Infailliblement heureux / Tant que tu es là. S’interroger, planète, sur ce que sera le temps futur (Écologie). Et dire une sorte de sérénité rendant capable de penser l’escale finale de toute vie, et le sens de ce qui est réalisé. Enfin, pouvoir titrer encore un poème Aveu d’amour…
Le deuxième livre de 2020, Tout est dit ?, que je relisais en 2022
Je notais : Ouvrant le livre (de nouveau, je retrouve au fil des pages mes traces discrètes de crayon qui marquaient déjà des vers…) je suis impressionnée par la liste des essais publiés de 1977 à 2017, chez divers éditeurs. Livres en prolongement, plusieurs, de sa pratique de thérapeute (analyste), essais sur des sujets ésotériques, ou sur la franc-maçonnerie. Et, bien sûr, la poésie, comme le Seghers sur Jean Grosjean. Plusieurs anthologies, dont L’Athanor des poètes (avec Danny-Marc) et l’Anthologie de la poésie mystique contemporaine, que j’ai déjà mentionnée. Préfacier et éditeur de l’anthologie émotiviste de Christophe Dauphin, Les Riverains du feu. Que reste-t-il du Sens ? interroge Jean-Luc Maxence en tête de la préface qui introduit L’Athanor des poètes. Et voilà la clé. Le Sens, mais avec majuscule. Tout le reste est bavardage stérile. (Et c’est cette exigence de profondeur, qui fait parler l’âme plus que le seul intellect. Une écriture où silence et cri partent de la même source. On sent parfois aussi que l’énergie qui fait jaillir les mots vient de la colère, d’une rage. Même s’il offre de temps en temps des préfaces, et en a accepté parfois, pour lui, là, il n’en a pas voulu. Il l’explique dans son bref avant-propos. Par refus absolu de toute forme de mondanité poétique. Il dit qu’on ne peut savoir ce que le temps fera d’une œuvre, et qu’il ne veut pas penser à ce qu’il adviendra pour la sienne, quand il ne sera plus.
Que restera-t-il alors de ce Jean-Luc Maxence que j’ai tenté d’être ?
Ce que ce recueil, notamment, dit… Construit en boucle, de l’idée de la mort à l’idée de la mort. Deux premiers poèmes, Interdiction de mourir, puis Peur bleue noire, et Disparaître, dernier poème. Premier poème dédié à son épouse (à D.-M.). Superbe déclaration en écho à la sienne (le recueil, Un grand vent s’est levé, éd. Pippa). Ode à la beauté de l’âme et du sourire et litanie amoureuse faisant le compte des vécus successifs. Chant rythmant la fin des strophes avec un vers en majuscules.
JE T’INTERDIS DE MOURIR.
Deuxième poème pour un questionnement qui se prolonge sur une page, inquiétude (ou angoisse sourde, Mon poème a le mal de mer (à la pensée de la mort qui sépare).
Où serons-nous l’été prochain mon vieil amour ?
Le dernier poème, au contraire, évoque sa propre disparition, sans écho tragique, avec seulement une nostalgie, de penser à l’adieu aux autres. Une sorte de douceur qui oscille, hésite, entre vertige du Sacré / Triomphe de mes peurs et mutisme des nuages. Autre poème, SPIRIT-BAR… Souvenir de leur première rencontre, quand Danny-Marc chantait la mort des fusils et des guerres… Et… je ne savais même pas son nom. Il ne savait pas que la retrouvant dix ans après, ce serait le bruit formidable de la première vague. Car, alors…
Il n’était pas temps de la connaître et de l’aimer
C’est en quelque sorte un poème sur le destin, les signes du hasard, les vies qui se croisent, les êtres qui ne se reconnaissent pas encore, mais dont quelque chose, venant du sens mystérieux de la vie, a posé un signe sur leur chemin. De nouveau la crainte de la perte. Ne t’en vas pas. Anaphore, supplique, trois fois. Il a repris (autres pages) le poème de 2007, Marions-nous, car il est celui du défi lancé à la vieillesse et à la mort.
Pour défier le temps et les rides
Mais toujours le monde reste présent, ses horreurs (terrorisme) et ses hypocrisies. Car les peurs et bonheurs personnels n’effacent pas le souci du monde, ni la vision des traces des catastrophes, comme, à New York, le vide de Ground Zéro sans ses deux tours, et une métaphore qui n’en est peut-être pas une, de ces âmes qui… voyageaient au-dessus de nous deux. Pensée des morts dans la présence ressentie d’une mémoire du lieu. Autre poème, évoquant l’histoire, et le Rwanda comme symbole de tragédies renouvelées, et de ce qui motive tout chant de révolte et… colère antique. Spiritualité, quatrième axe de vie et d’écriture (avec l’amour/l’aimée, et le monde/le réel social et historique, et l’être-poète/soi/les mémoires traumatiques/). L’appel vers le sens.
Dans L’aube première c’est le désir de Dieu (associé à la Lumière) qui s’inscrit (le terme Dieu pouvant signifier plus que le Dieu des religions, un sens transcendant qu’on pourrait saisir). Désir qui ne veut pas dire forcément croyance (sauf dans certains poèmes…), mais volonté de détruire l’Obscur d’âge en âge, et de voir se lever une aube éternelle. Quelles que soient les épreuves personnelles et les malheurs du monde, ce qui fait tenir debout c’est cette constance d’un appel à plus de sens, la vie de l’âme passant aussi par le corps. Évocation du za-zen et d’une prière …force de frappe /Contre la nuit. Mais l’élan spirituel se heurte aussi à l’indifférence universelle des nuages.
Ses textes défient volontairement la chronologie. Mais la parole au père pour décrypter la complexité de ce dont on hérite (ou pas) de qui on vient, est suivie, plus loin, par l’adresse au Bonhomme issu de nous, pour un message de grande liberté.
Alexis / N’écoute personne / Ne crois pas / N’écoute que le vent / Ne cherche qu’en toi-même / La route ascendante
En miroir sombre, la mémoire d’une blessure ayant toujours besoin de se dire. Même si la question titre semble avoir rencontré un aboutissement intérieur. Mais ce qui se dit c’est aussi la poésie elle-même, son accomplissement.
Parmi les derniers poèmes du recueil deux ont une densité particulière, le Long poème pour une bonne tenue, et le Psaume de réconciliation finale.
Il est, lui, celui qui frappe à la porte d’un Temple, le mystique insomniaque. Le mystique et l’amant ne sont pas séparés, ni le mystique et celui qui se souvient de blessures et de rencontres. Le poème du Psaume répond à celui qui précède. Il frappait à la porte. Et là un voile se déchire. J’ai compris que la porte était dans ma tête / Et la lumière avec / Jusqu’à la fin de mon temps. Il mentionne une initiation sans fin, mais on peut comprendre que ce peut être à la fois des apprentissages vécus (Temple…) et ce que les expériences et les souffrances apprennent (vie initiatrice…). Ce Psaume est une réconciliation aussi avec soi, même si demeurent des questions et ce sens du temps…
Il se fait tard sur ma vie / […] / Il se fait tard sur mes poèmes
Trace des recensions de 2022, relues avec la conscience de la portée du message, sachant…
Marie-Claude San Juan