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Bitter Winter : 45 reporters arrêtés par le Parti Communiste Chinois

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Foire du livre de Londres 2018

La Chine de Xi Jinping n’est pas connue pour être un modèle de démocratie. Cependant, la puissance économique de ce géant asiatique fait que peu de gouvernements osent dénoncer les violations des droits de l’homme qui se produisent quotidiennement sous la férule du Parti Communiste Chinois.

Les foudres du Parti Communiste
Bitter Winter est un magazine en ligne qui traite de la liberté de religion et des droits de l’homme en Chine. Le contenu du magazine, publié quotidiennement en 8 langues (anglais, chinois, italien, français, allemand, espagnol, coréen et japonais), est généré par un réseau de plusieurs centaines de correspondants en Chine qui, au prix de grands risques pour leur sécurité, rapportent et documentent les exactions du Parti Communiste à l’encontre des religions en Chine.
Le magazine crée en mai 2018 s’est rapidement attiré les foudres du gouvernement chinois, et plus d’une directive de ses services secrets ont été consacrées à se débarrasser de ce média gênant. Ces directives ont été suivies d’effets : depuis août 2018, 45 reporters de Bitter Winter ont été arrêtés par les autorités chinoises. Pour avoir filmé et diffusé des nouvelles mettant en cause le régime lors d’exactions commises à l’égard de minorités religieuses en Chine (notez qu’en Chine un mouvement religieux suivi par des dizaines de millions de personnes reste une minorité), ces reporters ont été inculpés pour avoir « diffusé des secrets d’État » ou pour « participation à une infiltration par des forces étrangères ».

Des « camps d’éducation » pour éradiquer les religions
Certains ont été envoyés dans les « camps d’éducation », qui ne sont en fait que des camps de concentration dans lesquels plus d’un million d’Ouïghours sont incarcérés, à des fins de « rééducation » (les Ouïghours sont des habitants du Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine, qui sont persécutés par le gouvernement chinois pour leur appartenance à la religion musulmane). D’autres sont incarcérés dans des lieux où leur famille n’a pas le droit d’aller les voir, et pour certains leur lieu de détention est tout simplement inconnu. 23 d’entre eux ont retrouvé une forme de liberté, mais sont maintenant sous extrême surveillance, ce qui rend leur travail pour Bitter Winter impossible. Plusieurs d’entre eux ont rapporté avoir été torturés au cours de leur détention. En Chine, la répression envers les mouvements religieux s’est accentuée ces dernières années. Renouant avec la période le la Révolution Culturelle, Xi Jinping a décidé d’éradiquer toute religion autre que la dévotion au Parti Communiste Chinois. Chaque religion est vue comme une menace pour la toute-puissance de l’État. Certes, certaines religions sont officiellement autorisées. Il leur fait obéir au PCC, accepter des caméras dans les lieux de culte, coopérer avec les autorités qui veulent tout savoir des fidèles, enseigner la valeur de la doctrine du PCC lors des offices, etc. Et même cela ne les protège pas. De nombreux temples et églises sont détruits chaque mois, qu’ils soient des temples taoïstes, bouddhistes, ou des églises protestantes. Mais certaines minorités font l’objet d’une répression encore plus violente. Il s’agit principalement des membres de l’Église de Dieu Tout Puissant (un nouveau mouvement chrétien comprenant plusieurs millions de membres), des membres du Falun Gong (pratiquement décimé en Chine alors qu’il comptait 70 millions de membres il y a 20 ans), des musulmans ouïghours et bien sûr des bouddhistes tibétains. Pour les minorités religieuses, arrestations, déportation dans les camps de concentration dont j’ai parlé plus haut, tortures (de nombreux témoignages de torture ont été recueillis ces dernières années, et ces témoignages ont été vérifiés et documentés par nombres d’ONG sérieuses et par un nombre grandissant d’universitaires spécialistes de la Chine), et parfois assassinats sont quotidiens dans la Chine communiste.

Une réaction inexistante
La réaction de l’Occident est pour le moins très faible. Récemment, les médias français se sont émus des camps de concentration pour Ouïghours. Enfin. Cela n’a pas déclenché de prises de position du gouvernement français. C’est à peu près la même chose dans l’ensemble des pays de l’Union Européenne. La raison est assez simple : on privilégie les relations économiques avec la Chine, on craint sa capacité de nuisance, on ménage le pays qui représente tant d’intérêts financiers pour nos puissances vieillissantes. C’est la victoire de la realpolitik sur la diplomatie « droit de l’hommiste » (pour reprendre le terme dérogatoire employé par ceux qui n’aiment pas que les droits fondamentaux soient défendus comme des principes immuables au détriment des intérêts privés et étatiques). Mais 45 correspondants d’un magazine d’information européen arrêtés pour avoir fait leur travail de journalistes, ça n’est pas rien. Pourtant, cette liberté de la presse qu’on défend à cor et à cris lorsqu’elle est mise à mal dans l’hexagone, parfois pour des raisons ridicules si on les compare à ce qui se passe dans les régimes dictatoriaux, semble n’avoir plus cours lorsqu’elle est violemment violée chez les chinois. Soyons clairs : dans des cas comme celui-là, ne pas dénoncer, c’est cautionner. Je ne souhaite pas une guerre, même économique, avec la Chine. Mais lorsque nous sacrifions les principes sur lesquels nos démocraties ont été bâties, les valeurs de liberté qui sont les nôtres, au profit du profit, et/ou par peur de la puissance économique de la Chine, nous sacrifions par là-même notre fondement, et nous affaiblissons nos pays dont la puissance ne réside pas uniquement dans des billets et des comptes en banque mais aussi dans des idées, une force spirituelle, des idéaux et des valeurs. La Chine est signataire de traités qui l’obligent à respecter les droits de l’homme, dont la liberté de religion et de croyance et la liberté d’expression. Si elle a des droits, elle a aussi des devoirs. Et ce n’est pas remettre en cause sa souveraineté que d’exiger qu’elle soit à la hauteur des engagements qu’elle a pris, et à la hauteur des droits fondamentaux qu’elle s’est engagée à respecter et à protéger.

Pour en savoir plus : https://fr.bitterwinter.org/

Éric Roux

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