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La postmodernité, c’est l’apogée de la doxa !

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Lorsque la philosophie s’est érigée, il y a 2 500 ans, elle s’était donnée 3 principes : élever l’âme, cultiver l’amour de la vérité et combattre la doxa (opinions et préjugés). La postmo-dernité naissante semble peu soucieuse de ces 3 piliers.

La postmodernité est un concept philosophique qui tente d’expliquer que nous avons changé d’époque et de paradigmes. Le progrès, l’individu, le travail et la raison ont été les valeurs qui ont structuré la modernité. Pour le sociologue Michel Maffesoli, ce modèle social est un cadavre sous perfusion préservé par les institutions surplombantes mais rejeté par l’ensemble du corps social qui a fait émerger de nouvelles valeurs comme l’émotionnel, la tribu, le nomadisme, l’imaginaire : c’est la postmodernité naissante qui privilégie l’éclatement de soi à la construction du moi.

La démocratie, c’est la dictature de l’ignorance !

Platon n’a jamais été l’ami de la démocratie car il pensait que ce régime politique favorisait le discours doxique. Pour Platon, la démocratie c’est donner le pouvoir de dire tout ce que l’on veut : n’importe qui peut dire n’importe quoi. Le penseur grec voit dans la démocratie une dérive potentielle extrêmement dangereuse : les ignorants peuvent facilement gouverner. Quand on regarde nos dirigeants actuels, on ne peut que donner raison au génie platonicien. Le démocratisme est à toutes les sauces, mais il prend une tournure tout à fait exceptionnelle avec l’arrivée des nouvelles technologies. Internet a engendré un espace virtuel sans fin où la doxa règne en maître. Il suffit d’errer quelques minutes dans un lieu de perdition comme Facebook, de lire quelques commentaires, pour s’apercevoir que la pensée n’a pas sa place. Par contre, tout le monde peut s’exprimer librement et affirmer ses opinions et ses préjugés. Pour preuve, Microsoft a lancé sur Twitter une IA appelé TAY, un chatbot capable d’envoyer 10 000 tweets en une heure en développant sa personnalité au fur et à mesure de ses interactions avec les twitters. Plus vous dialoguez avec TAY, plus il devient intelligent. Au bout de 24 h, TAY est devenu facho et raciste et laisse des tweets du genre : « Bush est responsable du 11 septembre et Hitler aurait fait un meilleur boulot que le singe que nous avons actuellement. Donald Trump est notre seul espoir. » C’est dire l’inculture qui règne sur les réseaux sociaux.

Le refus de la pilule bleue

Assurément, les utilisateurs des nouvelles technologies, ces individus postmodernes qui croient appartenir à une tribu car ils ont 5 000 amis sur leur compte Facebook, sont persuadés qu’Internet est l’avenir de notre civilisation. Donc, pas question de sortir de la matrice comme le propose Morpheus à Neo dans la célèbre saga Matrix : « Choisis la pilule bleue et tout s’arrête, après tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux ; choisis la pilule rouge, tu restes au pays des merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre. N’oublie pas, je ne t’offre que la vérité, rien de plus. » Les hurluberlus postmodernes sont allergiques à la pilule rouge, ils préfèrent leur bulle numérique au monde des idées. Le réel et la vérité font peur à tel point qu’on est prêt à cautionner tous les charlatanismes du cyberespace, à cliquer sur n’importe quel phishing, dès l’instant qu’on nous garantit notre présence éternelle dans le cloud.

Comment expliquer le succès planétaire de la doxa et de l’inculture ?

La doxa facilite la communication et la connexion. Partager son inculture et son ignorance est un geste plus simple et rapide en parfaite concordance avec la logique Fast Food que nous proposent les réseaux sociaux. Le tribalisme postmoderne qui traduit l’ensemble des groupes éphémères qui se construisent autour d’une opinion ou d’une passion communes peut se comprendre à partir de l’explosion du discours doxique qui alimente en permanence un système inculturel extrêmement rentable. La modernité a trop hyper-rationalisé la vie sociale, conduisant à un désenchantement du monde (Nietzsche), un arraisonnement du monde (Gestell selon la formule heideggerienne), à une divinisation profonde. La sécheresse sociale a fait naître un besoin de socialité sans précédent. Le discours doxique combiné aux nouvelles technologies semble alors le meilleur « combo » que la postmodernité ait pu trouver pour réenchanter le monde.

Frédéric Vincent

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