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Encore un instant d’inculture au bord de ce monde !

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Furries at York Feb meet 2014

En ce monde, l’inculture n’est pas un retour au mythe de la table rase

L’inculture est un état instable de la matière ou de l’esprit qui suppose que le mystère de la pensée ou de la materia prima de la terre ne s’enrichissent de rien et semblent demeurer en l’état de si peu transmettre ou donner : le degré 0 de l’échange ou du partage dans un monde humain.L’esprit du petit d’homme est-il vierge de tout savoir ? Il participe à l’état vitruvien de tous les codes que la vie en société humaine vont développer. Tout est au sens pascalien « petitesse en l’homme » et obscure malédiction en son « cœur creux et plein d’ordures ». Mowgli fils de la jungle, enfant loup, l’actuelle folie allemande du culte des frères loups, Victor de l’Aveyron, en France au xixe siècle particulièrement, enfants maltraités ne semblent plus être considérés comme des enfants sauvages, petits perdus d’hommes incultes ayant reçu une éducation prodiguée par le savoir sauvage de la meute. Il faut observer, dans ce mythe, le besoin qui s’affirme, de nos jours, d’espérer voir la barrière d’espèce avec les animaux s’abaisser jusqu’à prétendre les connecter à leurs croquettes !

L’inculture, d’évidence pour la majorité des habitants de notre monde, est de ne pas pouvoir faire partie des élites, affichant leurs affinités esthétiques et susurrant aux nantis, ces « hauts grades » souvent obtenus par intrigue de la méritocratie arrogante. Tout cela pour se contempler parfois dans un bien petit miroir. Si le monde a droit à cette tranche de temps que l’on appelle histoire d’homme, il est, au présent, ce que nous avons construit en un lieu où le hasard nous a fait naître et vivre en société. Au passé, le monde prétend au récit d’histoire et au vertigo de la mémoire. Au futur, l’avenir de tout ce petit monde est angoisse et surtout peur, car l’astrophysique nous apprend désormais que nous ne sommes pas au monde mais au bord d’un monde. Prétendument « augmenté », l’homme n’échappera pas à la tyrannie d’une éternité calculée qui n’existera pas sans des maux multipliés.

Incultes que nous sommes, vivrions-nous un instant de perpétuelle fin du monde ?

Dans le monde cosmique, l’inculture est la loi. L’espace et le temps sont infranchissables à nos lois technologiques présentes. Des mémoires transmises dans la matière au cœur des atomes qui nous constituent sont une espérance sotte en notre temps, vaine en d’autre temporalité inventée, réelle, peut-être, à découvrir dans un futur qui nous est compté. Une démesure d’intelligence est inscrite entre les deux infinis, les mondes incultes les uns envers les autres, n’auront pas de fin, leurs incultures, en se mêlant enfin, voleront le feu de l’esprit aux ténèbres de la survie. Le poète, par son expression première, son chant, éveille en son cœur et à sa voix les résonances perdues mais jamais oubliées. La prose, cendrillon de la poésie, nous nargue de son prétendu savoir étalé. Hermann Hesse voyage vers ses souvenirs de jeune poète foudroyé, quêtant les antiques échos des sonorités « qui m’avaient touché à mes débuts de poète….me montrer à quel point tout est fortement enraciné en nous et inéluctable. » En lui vibrent ces vers d’Hölderlin :

La nuit vient. Emplie d’étoiles et se souciant bien peu de nous. Étonnée, étrangère parmi les hommes…

Tout s’effondre, se meut et se transforme en faisant l’économie de la vie et de la conscience d’un moment : c’est cela la fin de l’histoire. Pourtant, parmi des myriades de lueurs, sachons savoir que les étoiles pâliront et que la Grande Reine de la nuit cosmique étendra ses ailes si sombres sur notre agonie de passage dans notre système planétaire. Il n’est pas de mort inéluctable qui ne nous fasse taire en ces perspectives glacées. Sommes-nous des naïfs égarés au bord d’un monde, psalmodiant des vésanies d’espérance, scrutant des signes incertains dans le ciel, dans les dessins magiques que les tornades ouvrent dans nos champs de blé, livrés à la « Mélancolia » hallucinée des visionnaires de l’agonie ? Robinson, seul sur son île, eut le temps d’observer les pas de l’homme sur le sable d’une solitude insupportable. Qui es-tu pour ne rien voir Toi l’humain parmi d’autres, de ce qui est advenu et semble tracé ? Ne nous fut-il pas écrit que le Père avait d’autres maisons dans le « ciel » ?

Robert Liris

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