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Le bluff du printemps

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La femme, la gauche, les éditeurs et les subventions d’État

En domaine de poésie, tout semble bon pour avoir l’air… surtout l’invisible fontaine du bluff et du fard populaire. Si vous êtes une jeune et belle starlette blablatant contre les outrages faits aux femmes dans nos sociétés occidentales, vous avez le droit et le devoir de lire d’urgence Maram al-Masri et de la prendre pour une nouvelle héroïne d’avant-garde.
Quand Maram chante platement « des yeux qui regardent et voient/des yeux qui désirent/qui embrassent/et jouissent » en page 109 de l’anthologie que les Éditions Bruno Doucey viennent de faire paraître sur beau papier, tout se tait. Préfacée par l’égérie Murielle Szac, ce livre illustré en couleurs nous propose sans discernement les « grandes voix de la poésie contemporaine » (sic). Il confond doctement quelques scribouilleurs avec des petits chanteurs sans croix, à la surface des choses, des modes et de l’érotisme facile.

ll me semble que, depuis qu’ils publient sur papier glacé des poètes fauchés sauf pour le bilan de leur start-up, certains éditeurs cherchent en vain de nous capter l’air du temps et nous endorment d’insignifiance.

Ainsi, Bruno Doucey et Christophe Dauphin, pour ne point les nommer, (sous les labels Editions Bruno Doucey et Les Hommes sans épaule) tombent, les pieds joints, dans l’assuétude sans surprise à cette mode de la « gauche caviar » qui ne fait ni l’authenticité de la gauche politique ni la valeur intrinsèque d’une voix foncièrement originale et « inclassable », par essence, comme dirait Jean-Paul Sartre jadis, quand le philosophe affirmait que l’essence précède l’existence !

Toujours proches des petits-fours de la mondanité organisée et des « Académies Mallarmé » du snobisme inguérissable, nos anciens amis rêvent en vain d’être les nouveaux Seghers de ce début de siècle.

À la longue, ils fatiguent. Bruno Doucey confond par exemple le marchand de soupe expert en subventions de la Mairie de Paris ou de l’État centralisateur avec je ne sais quel découvreur authentiquement révolté et pourfendeur du mercantilisme hypocrite des salons à rince-doigts.

Le ténébreux Christophe Dauphin, quant à lui, se prétend sans sourciller fils adoptif de Jean et de Michel Breton, et d’Alain Breton par dessus le marché. Cela lui permet de pratiquer le « compte d’auteur masqué » à des tarifs lucratifs dans l’euphorie générale des biens pensants, sous les compliments, sans doute, de l’Union des poètes d’antan, syndicat en perpétuelle « guéguerre » pour mouches prises en flagrant délit d’ivresse stérile.

Alors, n’hésitons pas à tout bousculer et à crier : vivent les migrants à célébrer sans réticence pour combattre sainement les nationalistes étroits ! Vivent les « gilets jaunes » quand ils soulignent vraiment les injustices sociales criantes de notre pays et refusent les dévots du libéralisme économique, énarques ou non.

Dans un monde fou d’étoile brisée sur la Place du même nom, le microcosme de la poésie contemporaine est tristement peuplé de tambours qui sonnent creux et de rimailleurs fascinés par le PEN CLUB et les mimiques de Sylvestre Clancier à la salle Gaveau quand il demande à chaque poète une manne participative pour avoir le droit de ne pas vendre mais de bâiller à l’entrée des artistes.

Il n’empêche : le vingt-et-unième siècle espère ses nouveaux Aragon et ses nouveaux René Char. Il attend encore et encore. La nuit tombe et l’Apocalypse frappe à la porte. Qui viendra demain ?

Jean-Luc Maxence

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