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Kim & Ono – Une électropop hypnotique et ciselée

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A gauche Ono, à droite Kim

« Kim & Ono, ça m’intéresse de savoir quelles sont leurs influences, et si elles sont récentes ou pas. C’est une musique que je décrirais comme planante, atmosphérique, psychédélique. C’est beaucoup plus doux que l’électro que j’ai l’habitude d’entendre. Les paroles sont assez sympas, ça va du terre à terre au cosmique, mais sans contradiction parce que ça parle toujours de sentiments et de sensations, au final. On se concentre sur le moi, la conscience et les sensations du corps. D’ailleurs, il me semble que quasiment toutes les chansons sont écrites à la première personne. La seule œuvre à laquelle ça m’a fait penser, de loin, c’est Les garçons sauvages de Bertrand Mandico, un film fantastique français sorti en début d’année. Un film très très spécial, tourné dans un super 16 magnifique, en noir et blanc et en couleur. Je ne sais pas exactement dire pourquoi, sans doute pour son côté beau, onirique et sensuel ».
Juliette (20 ans), étudiante en cinéma

Éric Desordre : La musique, c’est une histoire de famille, de passion personnelle, d’influences ?
Ono : C’est tout cela à la fois. Rien ne se crée à partir du néant. On a des repères, une boussole personnelle. J’avais envie de faire quelque chose à la fois de moderne et qui soit lesté d’influences très larges qui vont de la musique française du début du xx e siècle – Debussy, Ravel – de la pop des années 60 à Flavien Berger aujourd’hui. La pop c’est aussi du recyclage, où chacun fait sa cuisine. Et puis il y a l’improbable, une lumière qui nous guide, quelque chose qui tombe d’on ne sait où. Ce que dit Juliette me plaît, cette difficulté à nous cerner. Ça m’arrange car je suis toujours gêné pour répondre à la question « quelles sont les influences ? ».
Kim : les influences sont celles de la vie, celles des aujourd’hui, pas uniquement musicales. Musicalement : kyrielle d’influences, il y en a tellement… Les bases, elles, sont le piano, le chant, la mélodie.

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Quelle alchimie ? Qui fait quoi ?
Ono : On s’est rencontrés lors d’un d’atelier d’écriture organisé par un éditeur de musique. J’ai aimé la voix de Kim, il y avait une fêlure qui me faisait penser à la voix de Christophe. Ça sortait du formatage inhérent à ce type de contexte. Kim : Je trouvais qu’Ono était le plus fou de l’atelier. J’ai tout de suite adhéré. On s’est ensuite perdus de vue, et on est tombés l’un sur l’autre il y a un an et demi, par hasard, dans la rue. On a pris un verre et on a décidé de faire quelque chose ensemble.

La composition elle-même, c’est un atelier, avec un retour des amis, d’un mentor ; ou bien un garage, un travail à deux ?
Ono : Garage. On fait notre truc, on a une cohérence entre nous. On fait de la musique d’abord pour nous, c’est un processus assez égoïste. Et si ça plaît, tant mieux !
Kim : Il y a une recherche à deux, on part d’une feuille blanche. On a travaillé un an sur les chansons ! Il y a une discussion, et l’objectif est d’arriver à quelque chose de plaisant.
Ono : L’écriture se fait en ping-pong, pas en solo. Disons que Kim est plutôt sur la mélodie et que je suis plus sur les productions mais il n’y a pas de rôle attribué. C’est une histoire de cuisine.

Il y a une très grande cohérence entre vos textes et la musique, mélodie et rythme. Quel est votre secret pour obtenir quelque chose d’aussi abouti ?
Ono :… la drogue ! Et le travail.
Kim : (rires)… en tout cas, si c’est l’impression que ça donne, tant mieux ! À dire vrai, on y a passé énormément de temps…
Ono : Kim est spontané, je suis un obsessionnel. Le paradoxe fonctionne.

J’ai ressenti une atmosphère « jeunesse dorée » dans les textes qui sont très ciselés, à égale distance de l’ironie et de la mélancolie…
Ono : Oui, c’est l’idée. Ça correspond à nos caractères. Kim a un côté pince-sans-rire, je suis plus mélancolique.

Des poètes vous ont-ils influencé ?
Ono : Mallarmé ! Ça ne se sent pas du tout dans les textes, mais je suis un symboliste… En fait, notre écriture ne suit pas une démarche poétique. On ne veut pas faire de la chanson à prétention littéraire. La poésie peut être ressentie, mais elle n’est pas voulue.

Il y a un dandysme dans votre musique, c’est pour ça que je pense à Gainsbourg et Initial BB. C’est de la poésie… et de la chanson !
Kim & Ono : C’est vrai qu’on assume un côté dandy. Mais en matière poétique, on cherche quelque chose de « neutre », pas de rimes, quelque chose de décontracté. En cela on a voulu lâcher Gainsbourg et Bashung et retrouver la légèreté de la musique française, son charme. Ce qu’on fait pourrait être du Françoise Hardy, par exemple.

Votre chanson Poisson Lune 1. me fait irrésistiblement penser à Royaume de Siam de Gérard Manset. Est-ce fortuit ?
Kim & Ono : Ça nous va très bien, Gérard Manset !… et Philippe Katerine. C’est la pop onirique. Aussi : Dominique A.

Air ? Kelly watch the stars, ou Remember ? Air, c’est classe ! Le côté cinématographique. Un artiste nous suit pour les illustrations, pour chaque chanson, son nom est Gopal. Il nous fera peut-être un clip, un jour, qui sait… La partie vidéo de notre création n’est pas encore définie, mais on cherche quelque chose de récurrent. Le couple musique-vidéo est indispensable, finalement. Même si « Video Killed the Radio Stars » 2 …

Seriez-vous tentés par les instruments type piano, violon ?
Ono : C’est envisageable. On travaille d’abord sur un synthé. Pour les instruments, c’est une question de moyens. On ne les a pas pour l’instant. On préfère utiliser des vrais instruments. Même si l’enregistrement n’est pas au top.
Kim : Sur Yoga, c’est un vrai piano, enregistré sur un téléphone parce qu’on n’avait pas le matos. C’est un parti pris, on préfère un mauvais enregistrement d’un vrai piano qu’un bon enregistrement d’un faux piano.

Chanson anglaise ?
Ono : On est fans de psychédélique des années 60, le post punk, la musique électronique à partir des années 90, et même le rap… Keith Richard disait qu’il y a deux sortes de musique, la bonne et la mauvaise. On ne fait pas de distinguo dans ce qui est bon. Musique savante, Stravinsky, John Lennon… La pop va avec l’anglais, ça n’est pas si compliqué. Il faut juste trouver un ton, ça sonne, ça colle. On ne fait pas particulièrement attention, on ne cherche pas à comprendre. En français, c’est beaucoup de travail. Pop, c’est Andy Warhol et c’est aussi une bulle qui éclate, une sorte de perfection, de paradis.
Kim : Au départ, on aurait pu faire le projet en anglais. Ou même du pur instrumental. Mais le choix de l’anglais, c’est souvent un cache-misère. On s’est posé la question « est-ce qu’on s’y retrouve dans ce qu’on dit ? » Et on est finalement revenu au français. Ono : Il y a des groupes français qui n’ont rien à dire, ou qui n’arrivent même pas à le dire avec des fleurs, d’où le choix de l’anglais. Et puis il y a le mythe d’internet et le marketing qui va autour, la conviction que les ventes et donc le pognon doivent passer par l’anglais… Parmi ces groupes français, il y en a bien sûr qui sont très bons, mais j’ai plus de tendresse pour Flavien Berger ou La Femme. Il faut faire sonner les mots en français, pourquoi renier sa langue ? Qui saura traduire en anglais Fantaisie militaire de Bashung ? Impossible et c’est très bien comme ça.

Quelle est la place du musicien aujourd’hui, entre les plateformes de téléchargement et les réseaux sociaux ?
Ono : Commence, Kim, parce que je vais encore une fois être très long !
Kim : Le musicien est un acteur. On le voit dans le rap.
Ono : Les musiciens se font baiser en ce moment. Les DJs ont pris la place. Les stars dans le futur seront les créateurs de logiciels, des ingénieurs qui fournissent un savoir-faire aux musiciens. On a perdu en artisanat. Ça peut être séduisant, mais c’est le musicien authentique qui reste derrière.

Comment voudriez-vous être produits ?
Pour l’instant on est en autoproduction. On va voir comment ça prend, tout est ouvert.

Pourquoi « Kim & Ono » ?
Kim : On aimait bien le mot « kimono », et on l’a divisé en deux. Pas plus compliqué que ça.
Ono : Et la pratique des arts martiaux, le karaté. On se met sur la gueule après les séances d’enregistrement. C’est agréable. Kim a du répondant !

Des projets, au-delà des chansons
actuelles ? Une vidéo, un spectacle. Exister, être connus et reconnus par un plus grand nombre.

Dernière question : peut-il y avoir aujourd’hui de la musique sans la scène ?
Ono : Je rêverais de faire de la musique sans la scène, ne pas avoir à faire le singe. Mes albums préférés ont toujours été pensés pour le studio par des artistes fuyant le monde et utilisant le studio comme un paradis utérin. On pourrait citer Glenn Gould, Brian Wilson… Le concert peut être grisant mais si j’avais le choix, je prendrais le studio. Plus belle la vie ! Des grands albums de Gainsbourg, je préfère Melody Nelson qui n’a jamais été tourné à You’re Under Arrest qui l’a été.
Kim : Oui, il y a le côté bulle du studio, la création d’un monde, mais la scène aussi est un plaisir !
Ono : C’est impossible de ne pas faire de scène, on est d’accord. On sait que la notoriété passe par là. Mais personnellement je préfère l’art à la culture. Beethoven composant dans sa chambre, c’est de l’art ; Karajan jouant Beethoven avec le Philharmonique de Berlin, c’est de la culture… surtout avec Karajan. Et puis je n’ai pas envie de faire comme tout le monde qui veut être connu, qui veut montrer son visage partout. J’ai envie de faire le contraire. Parce que je suis un emmerdeur.
Kim : (Rires)… Je vois ce que tu veux dire !

Interview du 26 novembre 2018 par Éric Desordre

1. https://soundcloud.com/user-896755567/poisson-lune
2. Titre célébrissime du groupe anglais The Buggles, album The
age of plastic, 1979

Qui se cache derrière Kim & Ono ?
Notre collaborateur (de la première heure !) Jonathan Lévy-Bencheton est aussi l’un des comparses du duo de musiciens Kim & Ono qu’interroge Éric Desordre dans ce numéro, pour notre curiosité attentive. Jonathan Lévy-Bencheton est Kim. Ono est Thierry Fournier. Quoi qu’il en soit, nous aimons toujours, à R.B.L, la pluralité de talents dans une même personne ; elle est garante de son indépendance, sans conteste.
JLM

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