Accueil Littéraire(s) Les héros des uns ne sont pas les héros des autres

Les héros des uns ne sont pas les héros des autres

442
0
Les mains du miracle, Joseph Kessel, Éd. Gallimard, Folio, 2013, 416 p., 8,30 €

Les héros des uns ne sont pas les héros des autres

Parmi les nombreux ouvrages consacrés aux héros, il en est deux qui montrent bien que les représentations des uns ne sont pas celles des autres.

Les Mains du miracle, consacré par Joseph Kessel au Docteur Kersten, est le récit authentique de la vie de ce médecin hollandais, spécialisé dans les massages thérapeutiques. Parmi sa clientèle huppée, figurent les grands d’Europe. Pris entre les principes qui constituent les fondements de sa profession et ses convictions, Félix Kersten consent à examiner Himmler, le puissant chef de la Gestapo, affligé d’intolérables douleurs d’estomac, et devient son médecin personnel. C’est le début d’une étonnante lutte, le héros Kersten utilisant la confiance du bourreau fanatique pour empêcher la déportation massive d’une partie des juifs de Hollande en faisant partager sa peur à chaque page, Joseph Kessel dévide le fil sur lequel il avance en funambule, risquant de tomber à chaque seconde : « refuser chaque honneur, user de toute son intuition, son intégrité et sa raison associées, ne pas se laisser corrompre tout en étant en enfer. »

Un héros, Félicité Herzog, Éd. Le Livre de Poche, 2013, 240 p., 6,60 €

Un héros témoigne de la tragédie vécue par Félicité Herzog, fille de Maurice Herzog, célèbre alpiniste dont le fait d’armes fut la conquête, en 1950, de l’Annapurna dont il revint gravement mutilé. Elle raconte comment, cet ancien résistant, qui deviendra Ministre des sports du Général de Gaulle, premier alpiniste à vaincre un 8 000 mètres, a « laissé dans les cimes de cette ascension glorieuse une part de lui-même qui le rendra perpétuellement metteur en scène de sa légende ». L’auteure s’acquitte de la dette qu’elle pense avoir à l’égard de son frère aîné, Laurent, enfant très doué dont on a refusé de voir les difficultés, la folie même. Elle fait le récit de ce frère détruit par le père trop absent, avec son autre vie, ses autres enfants, son désir perpétuel de séduire, et son image de demi-dieu, détruit par la mère enfermée dans le déni de tout ce que dit la sœur sur l’état de Laurent, et par un milieu social où règnent l’hypocrisie, les convenances et le mensonge. Écrasés qu’ils sont par ce père-héros.

Patrick Boccard

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.