Accueil Littéraire(s) Il faut dire que les temps ont changé… – Chronique fiévreuse d’une...

Il faut dire que les temps ont changé… – Chronique fiévreuse d’une mutation qui inquiète

451
0
“Il faut dire que les temps ont changé…” Chronique fiévreuse d’une mutation qui inquiète, par Daniel Cohen, Éd. Albin Michel, 2018, 224 p., 19 €

L’Histoire s’écrit maintenant

L’économiste Daniel Cohen invite à une révision pédagogique de ce qui s’est passé depuis 50 ans dans l’économie et sur le plan social et culturel. Cette « chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète » apprend beaucoup à qui n’est pas historien ou économiste. Notamment parce que l’auteur évite de convoquer les cohortes de chiffres, courbes et autres projections dont les économistes usent et leur préfère des références à la vraie vie. À l’instar de cette mention du célèbre Times, they are a-changin de Bob Dylan (1964), dont l’auteur rappelle qu’il s’est soldé par de nombreuses désillusions. Au fil du cheminement qui structure l’ouvrage, des « mythologies modernes », aux « illusions perdues » en passant par la « génération iPhone », se dessine l’effondrement progressif de la société industrielle et l’absence d’un modèle de remplacement, par-delà les certitudes de la droite et les promesses de la gauche. L’économiste considère que l’espérance d’une société et d’une économie au sein desquelles « l’homme puisse s’occuper de l’homme lui-même, dans une société où le temps du travail serait dédié aux personnes plutôt qu’aux objets, dans la santé, l’éducation ou les loisirs », a été trahie. En fait, c’est une société digitale qu’on a laissé s’installer, dont on réalise progressivement, qu’à coup de logiciels, d’algorithmes, d’intelligence artificielle, elle s’instille dans tous les « pores de la vie » individuelle et collective. Cette dictature virtuelle impose de violentes ruptures des schémas traditionnels de la production et de la consommation et conduit au formatage des esprits.

Pour l’auteur, « l’espérance d’un avenir radieux a laissé place à la nostalgie d’un passé magnifié. Le populisme a remplacé le gauchisme comme porte-voix de la contestation. L’immense difficulté de la jeunesse à envisager l’avenir, son enfermement dans une espèce de présent perpétuel sont les symptômes des traumatismes accumulés au cours du dernier demi-siècle ». Daniel Cohen n’est pas le seul à poser ce constat. Mais, plutôt que de proposer son catalogue de propositions, il invite à s’interroger en profondeur sur « ces temps qui ont changé », rappelant que « l’histoire s’écrit maintenant, à condition de ne pas se tromper sur sa signification » et qu’il en va du « devenir de la civilisation ».

Patrick Boccard

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.