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L’oisiveté, dingue… non ?

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L’art d’être oisif dans un monde de dingue, Tom Hodgkinson,
Éd. Les liens qui Libèrent, 2018, 332 pages, 22 €

C’est l’histoire d’un Londonien qui quitte un job lucratif dans la « pub » pour s’installer avec femme et enfants dans une ferme délabrée. Un de ces bobos qui déserte « le monde de dingues » pour se livrer aux délices de la coupe du bois, de la culture des légumes et à l’ivresse de la bonne bière dégustée en lisant tout son saoul d’ouvrages notamment consacrés à « l’éthique du travail et (aux) combats contre l’exploitation capitaliste ». Nombre de ceux qui ont cédé au « Ne travaillez jamais » inscrit par les situationnistes comme Guy Debord sur les murs de Paris en 1953, sont revenus d’un tel retour aux sources plus ou moins meurtris par cette confrontation avec la « vraie vie » dont ils ne voulaient finalement pas.

L’auteur a échappé à ce triste sort en échafaudant « une éthique de la paresse », sans laquelle il lui paraît impossible de « reprendre le contrôle de nos vies confisquées par ceux qui ont argent et pouvoir ». Au passage, il se joint au concert de ceux qui commencent à considérer que les réseaux sociaux, censés répondre au « désir naturel de sociabilité », convertissent en fait « nos relations et nos liens amicaux en biens à vendre », éreintant les profiteurs et les complices qui vicient le « connais-toi toi-même » en « connais les autres ».

Chemin faisant, il démontre que la paresse est « une compétence » dont il livre, dans ce qui constitue un véritable manuel pratique, les moyens de l’acquérir et de la développer. Il propose 24 leçons d’oisiveté, une pour chaque heure, abondamment nourries de réflexions et références historiques, métaphysiques et littéraires. De « la tyrannie du lever » tôt au mépris dont sont victimes « les rêveurs », à l’impératif asservissant de « la libération sexuelle », en passant par le « fichu travail » infligé par les vacances, il tord allègrement le cou à toutes les injonctions et les normes de rapidité, d’efficacité et d’hygiénisme, qui envahissent la vie de chacun. Il esquisse tranquillement une convaincante contre-hygiène de vie qui pourrait bien se révéler un rude adversaire du système « capitalo-consumériste » agitant les nouveaux esclaves de la modernité. Il prévient néanmoins ceux qui seraient tentés par un tel « engagement », que « la bataille finale est à mener contre notre sentiment de culpabilité ». Un oisif averti…

Martine Konorski

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