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Deux héros et deux amis, in memoriam – Michel Cazenave et Franck Venaille

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Ces deux-là n’ont pas pour seul talent d’être nés en Syrie comme Maram Al-Masri ou d’être édité par je ne sais quel éditeur mondain, ils ont marqué des générations de ce que Mohammed Taleb appelle avec justesse des militants de l’Âme du monde.

Gaulliste de la première heure, Michel Cazenave, compagnon de combat d’Olivier Germain-Thomas, est mort le lundi 20 août de cette année. Son parcours fut celui d’un penseur mystique et écologique, d’un fin poète psychologue, néoplatonicien et spécialiste de Carl Gustav Jung et qui le demeura jusqu’à son dernier souffle. Michel animait sur France-Culture, une superbe émission Les vivants et les dieux, et fut très vite accueilli par nos soins dans la collection « Poètes trop effacés », au Nouvel Athanor.

Ce fut un ami, aîné précieux qui m’encouragea beaucoup, durant des années, dans mes approches d’orientation jungienne, et même dans mon métier de psychanalyste. Sa poésie valait vraiment qu’on s’y arrête pour la méditer. Il aimait Plotin, les bons repas, les femmes et l’anthropologie. Nous pouvions parler ensemble, durant des heures, des religions comparées, et de poli- tique. Il a désormais sa place de Lumière au royaume des poètes. Frère des danseurs et des fous, il écrivait : « Faut-il prendre / la route / qui ne mène / nulle part / car nulle part / est le lieu / du secret dérobé ? ».

Venaille et 68

Franck Venaille, quant à lui, influença toute la poésie de ma jeunesse de soixante-huitard rebelle né par hasard dans un milieu fasciste. Découvert par Pierre-Jean et Hélène Oswald, Venaille est décédé à 81 ans, pourtant toujours jeune et révolutionnaire. Son premier recueil, Papiers d’identité, paru deux ans avant Mai 68, marqua toute une génération dont je faisais partie. D’abord franchement communiste, il n’abandonna jamais le marxisme protestataire et les couches populaires défavorisées. Il fut aussi, comme Cazenave, un homme de radio gueulard et inspiré. Ce fut pour moi un comparse du cri, lui qui n’hésitait pas à confier, insatiable : « pas assez crié dans ma vie. Pas assez hurlé. Que cela se déchire, là-dedans, en pleine poumonerie. Ce qu’il faut c’est bien regarder à l’intérieur de soi. Le cri vient vite dès que les images se font plus nettes. (…/…) Je vous en conjure criez pendant qu’il est temps encore »

Pour refermer mes souvenirs le concernant, je me demande si Frank Venaille, avec qui j’interrogeais Georges Perec, pour Seghers,, en compagnie de Gilles Pudlowski, ne fut pas surtout un neurasthénique révolté dont la franchise du cœur et l’écriture exceptionnelle permirent aux bons côtés de l’insurrection estudiantine de 68 de demeurer utile jusqu’à aujourd’hui !

Jean-Luc Maxence

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