
(Episode précédent) On l’a compris avec le précédent article, le film ainsi que ses chansons ont été enregistrées dans l’urgence. Mais les Beatles sont habitués à ce rythme effréné. On se demande même si ça n’a pas un effet inspirant sur leur créativité.
Il reste que l’album A Hard Day’s Night est un grand, un très, très grand album.
Un nouveau jalon
Bien des choses rendent cet album indispensable aux fans. Tout d’abord, là où ils n’avaient eu que peu de temps pour expérimenter les possibilités de l’enregistrement en quatre pistes sur With The Beatles, ils vont là complètement explorer le sujet.
Une autre innovation, et pas des moindres, est l’acquisition par George Harrison d’une guitare très spéciale : la Rickenbacker 360/12. Comme son nom l’indique, c’est une guitare électrique à douze cordes, c’est-à-dire que chacune des six cordes habituelles d’une guitare est doublée par une autre corde une octave au-dessus. Le son est tout simplement phénoménal, aérien et marquera à jamais leurs productions de ces annnées là. Voici une démonstration des possibilités sonores de cette guitare :
A Hard Day’s Night
Un compte rendu précis et drôle de la vie qu’avait le groupe en tournée. Ça commence avec un accord inoubliable et ça évolue en un morceau très, très bien fait du point de vue des arrangements. Des bongos, une cloche sur le pont et la fameuse Rickenbacker 360/12 de George dans les arpèges du final.
I Should Have Known Better
If I Fell
Une des plus belles chansons des Beatles qui, parce qu’elle n’est pas parue en single ou sur des compiles, n’est connue (et adorée) que par les fans qui écoutent religieusement l’intégralité des albums. John et Paul y exécutent l’une de leurs plus belles harmonies vocales, digne du contrepoint classique et saupoudrée de magie.
Les paroles, de John, sont assez originales et manifestent une vulnérabilité sentimentale à laquelle il ne nous a pas habitué. Le narrateur a souffert d’une histoire d’amour qui a mal tourné et avoue à sa nouvelle petite amie, avant de commencer leur relation, qu’il a besoin d’être sûr, dès le départ, qu’elle l’aimera plus que sa précédente amie.
L’harmonie vocale des deux compères est particulièrement belle et déchirante sur le pont. Paul y chante l’une de ses plus belles mélodies.
I’m Happy Just to Dance with You
Une chanson composée par John et Paul pour que George ait une chanson à chanter dans l’album dont elle n’est pas, c’est évident, l’un des plus beaux fleurons. Elle a toutefois un charme bien à elle, d’abord parce que George la chante très bien et également parce que c’est l’une des dernières fois où les Beatles écrivent des paroles spécifiquement adressées à des adolescentes.
And I Love Her
Une chanson étonnante, à plus d’un titre. La guitare classique jouée par George imprime au morceau une sonorité inhabituelle et son thème à quatre notes le rend unique. Ringo joue uniquement des bongos. Et la voix de Paul…
Tell Me Why
Une chanson inspirée des girls groups afro-américains.
Can’t Buy Me Love
L’un des plus grands hits de la Beatlemania.
Any Time at All
Une chanson peu connue mais à la personnalité forte. L’arrangement des instruments sur le couplet, entre la basse et les guitares, est inhabituel. Là où John joue des accords classiques, Paul et George juxtaposent une descente sur les basses que Bach n’aurait pas reniée, lui qui en était le maitre absolu. Paul double cette descente de la basse par des notes de piano et il exécute seul le deuxième vers du refrain qui était trop haut pour John. Le pont au piano est énigmatique et vraiment intéressant.
I’ll Be Back
Une très, très belle ballade mélancolique, chantée en harmonie et dont le pont est magnifique (encore cette basse descendante !).
Accident de parcours
Pour l’album A Hard Day’s Night, les Beatles auraient dû faire une autre séance d’enregistrement le 3 juin 1964 mais l’album va s’arrêter là, et pour cause : Ringo a une grave inflammation des amygdales et doit être opéré d’urgence.
La fin de l’album n’est pas le seul problème généré par cette opération. Les Beatles doivent commencer une tournée mondiale le 4 juin à Copenhague ! John et Paul sont désemparés mais Brian Epstein et George Martin sont pragmatiques : il suffit d’engager un batteur professionnel pour remplacer Ringo le temps qu’il se remette.
Une qualité que tout le monde a toujours reconnu à George Harrison c’est sa loyauté vis-à-vis de ses amis. Il déclare tout de go à Epstein et Martin que, s’ils veulent remplacer Ringo, ils devront le remplacer lui aussi. Il est hors de question qu’il parte en tournée sans Ringo. Il faut reporter la tournée. Plus loyal, tu meurs !
A force de persuasion et en lui faisant comprendre tous les inconvénients juridiques qui pourraient survenir en cas d’annulation, Epstein et Martin arrivent à le convaincre. George Martin connait un batteur expérimenté qui connait toutes les chansons des Beatles : Jimmie Nicol.
La répétition du 3 juin sera donc consacrée à peaufiner leur répertoire avec Nicol.
Un nouveau Pete Best ?
On se souviendra que le premier batteur des Beatles, Pete Best, ne s’était jamais vraiment intégré au groupe et que Ringo lui avait été préféré. Le même Pete n’a jamais réussi à exploiter le fait d’avoir été un Beatles et deviendra boulanger.
Jimmie Nicol passe une dizaine de jours avec les Beatles au début de leur tournée et jouera avec eux jusqu’au 13 juin à Adelaide en Australie. Il participe à toutes leurs apparitions publiques. Le 15 juin, Ringo rejoint le groupe à Melbourne et le contrat de Jimmie Nicol est terminé. Il recevra par Brian Epstein une très forte rémunération pour service rendu mais n’aura jamais su exploiter le fait d’avoir fait partie du plus grand groupe du monde. Après des années de galère, il deviendra entrepreneur dans la rénovation.
Une tournée gigantesque
Ils parcourent le monde entier mais le moment le plus intense est certainement leur deuxième tournée américaine, bien plus conséquente celle-là.
Mais ça, c’est une autre histoire, que nous verrons dans le prochain article.
La prochaine fois : la deuxième tournée américaine



