
On l’a vu, le cinéma d’horreur est partie prenante du changement, et les années 70 vont voir le genre accéder au grand public et à la reconnaissance critique. Il faut d’abord citer le véritable coup de tonnerre que fut « The Exorcist/L’exorciste » de William Friedkin en 1973. Le diable guettait l’Amérique et en particulier ses enfants.
Sur des registres différents, il faut citer le délicieux « Phantom of the Paradise », ou le mythe de Faust revisité à la sauce rock’n’roll par Brian de Palma en 1974, de même que « Carrie » du même en 1976 et « Halloween » de John Carpenter en 1978, ainsi « The Hills Have Eyes/La colline a des yeux », dans lequel Wes Craven en remettait une terrifiante couche sur les dégénérés des trous perdus de l’Amérique. Le danger était encore intérieur.
Les genres classiques étant revisités, le film noir ou policier ne fit pas exception. Mais les privés étaient fatigués ou blasés et les flics malmenés ou fascistes. Dans « The New centurions/Les flics ne dorment plus la nuit » de Richard Fleischer, en 1972, nous découvrons le quotidien sordide mais très réaliste du policier de base, film adoubé par James Ellroy. En 1971, Friedkin introduit Popeye/Gene Hackman, flic raciste, violent mais intègre, dans le génial « The French Connection », avec la poursuite en voiture la plus exaltante depuis « Bullitt » en 1968. Neuf ans plus tard, il lancera Al Pacino à la recherche d’un serial killer, infiltré dans l’univers homosexuel bondage de « Cruising ». En 1974, Coppola rafle la palme d’or avec « The Conversation/Conversation secrète » où Gene Hackman, flic consciencieux, espionne tout le monde dans l’Amérique du Watergate. En 1973 Al Pacino est « Serpico » et vit une descente aux enfers pour parvenir à dénoncer la corruption dans la police de New York. Les flics singuliers peuplent la décennie, du « Laughing Policeman/Le flic ricanant » de Stuart Rosenberg au mythique réactionnaire « DirtyHarry/L’inspecteur Harry » de Don Siegel, incarné par Clint Eastwood. Et que dire de Robert Blake, flic inoubliable dans l’unique réalisation de William Guercio « Electra Glide in Blue », un très grand film.
Du côté des privés, Donald Sutherland, impavide, est « Klute » de Alan J. Pakula, face à Jane Fonda, prostituée newyorkaise. Jack Nicholson est le privé truculent de « Chinatown » de Roman Polanski en 1974, entre inceste et corruption généralisée. En 1973, Elliot Gould est un Philip Marlowe totalement mélancolique dans le Los Angeles post hippie. Un grand film de Robert Altman en 1973.
Bien sûr, il n’y a pas de policiers sans pègre ou maffia. Comment ne pas citer « The Godfather/Le parrain » et son deuxième volet, chefs d’œuvre de Francis Ford Coppola, en 1972 et 1974. Les deux volets rafleront l’Oscar. Ce que je pourrais en dire serait trop succinct pour être significatif. Á voir absolument !
D’un chef d’œuvre à l’autre, Martin Scorcese, après les petits truands de « Mean Streets » en 1973, signe « Taxi Driver », palme d’or en 1976. De Niro, inoubliable Travis Bickle jouait un autre de ces marginaux mis en lumière par le Nouvel Hollywood, chauffeur de taxi sociopathe, en croisade contre le vice. Cela lui valut l’Oscar.
Les films sur les médias et la politique parsèment également les années 70.
Impossible de ne pas citer « All the President’s Men/Les hommes du président » d’Alan J. Pakula en 1976, sur l’affaire du Watergate qui a discrédité le monde politique aux yeux des américains. « The Parallax View/Á cause d’un assassinat », du même réalisateur avait brodé sur le complot, avec l’assassinat de Kennedy comme référence. « Network » de Sydney Lumet en 1976 critiquait les médias prêts à tout pour faire de l’audience, tandis que « The Chinese Syndrom/Le syndrome chinois » sorti en 1979 montrait la collusion possible entre les intérêts des multinationales et ceux des médias, à travers un incident nucléaire qui préfigurait Tchernobyl.
D’une manière frontale, Peter Watkins dans « Punisment Park », en 1971, dénonçait la répression brutale du système face aux objecteurs de conscience et aux protestataires de tous bords traités de façon totalitaire. L’année précédente, Stuart Hagmann, avait, de façon un peu outrancière, plongé les spectateurs au cœur des manifestations étudiantes dans « The Strawberry Statement/Des fraises et du sang ». Enfin, en pleine paranoïa politique, « Three Days of the Condor/Les trois jours du condor » de Sydney Pollack, en 1975, voyait Robert Redford, employé de la CIA, essayer d’échapper aux complots internes menant aux règlements de compte.
Bien sûr, la comédie était aussi présente, Woody Allen commençait sa carrière et allait réaliser 8 films de 1969 à 1980, parmi lesquels on peut citer « Everything You Always Wanted to Know About Sex (But Were Afraid to Ask)/Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander » en 1972 jusqu’à « Manhattan » en 1979, en passant par « Annie Hall » en 1977. Il faut citer au moins un film de Mel Brooks sur la période, à savoir l’hilarant « Feankenstein Junior » en 1974. En 1975 « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman, comédie musicale queer et horrifique, accède d’emblée au statut de film-culte, et est demeuré une référence depuis. En 1971, dans « Taking Off » Milos Forman portait un regard amusé et critique sur les parents déboussolés de la génération du flower power. Et Robert Altman dans « A Wedding/Un mariage » en 1978 montrait toutes les hypocrisies derrière la façade respectable. « The Sting/L’arnaque », de George Roy Hill, plaisante comédie d’escrocs incarnés par Redford et Newman, remportait l’Oscar en 1973.
Nostalgie déjà ? Certains réalisateurs se penchaient sur le passé récent. « American Graffiti » de Georges Lucas nous dit clairement que c’était mieux avant, c’est à dire avant le mouvement hippie, la guerre et les marches pour l’égalité. Le reste de la carrière de Lucas confirmera d’ailleurs son absence totale d’intérêt pour la réalité sociale américaine. Avec « The Last Picture Show/La dernière séance » Peter Bogdanovich traçait un autre portrait de l’Amérique des petites villes et de l’ennui d’une génération adolescente. Un très beau film de 1971 dans lequel on voyait les premiers pas de Jeff Bridges et Cybill Shepherd. Huit ans plus tard, le plaisant « Hair » de Milos Forman , jetait déjà un regard joyeux mais lucide sur le mouvement hippie, pourtant pas si lointain.



