
Attention, cette chronique peut heurter la sensibilité du jeune public. Chastes oreilles s’abstenir.
Tout m’intéresse et j’aime beaucoup les langues étrangères. Lors de mes pérégrinations mentales, j’en suis venu à me dire que si une langue traduit une façon spécifique de voir le monde, les jurons et les insultes doivent eux aussi révéler quelque chose du peuple qui les profère.
Il y a bien sûr des invariants, en général sexuels, mais aussi beaucoup de nuances et de particularités, selon les pays.
Commençons par la France. Il faut bien avouer que, pour des raisons qui m’échappent, nous avons une certaine obsession fécale.
Cela va du classique « Merde ! » et sa version chic « Crotte ! » ou enfantine « Caca-boudin ! » à ses déclinaisons « Je t’emmerde, c’est un emmerdeur, sac à merde, etc ». Les variantes : « Tu nous fait chier ! C’est une chieuse !» ou « Espèce d’enfoiré ! » dont je vous laisse chercher l’étymologie. Si nous rajoutons qu’au premier soupçon de pénurie, un des deux produits phares provisionnés en France est le papier toilette, nous sommes sur une tendance lourde. Bref, on est pas dans la merde, si j’ose dire, et on a, en tout cas, très peur d’y être.
Si nous nous tournons vers les États Unis, l’on dénote, peut-être à cause d’une tradition de puritanisme, une tendance plus sexuelle. Du simple « Fuck ! » aux dérivés « What the fuck ? » « Motherfucker ! », plus l’emploi de l’adjectif « fucking » rajouté à n’importe quel mot. Exemple pris au hasard : « He’s a fucking president. ». Adjectif qui peut être agrémenté de « good » ou de « bad » : « She’s a fucking good actress ! ». Obsession pour la baise, très respectable par ailleurs. Et l’on comprend mieux pourquoi Kirikou et ses scènes torrides de femmes aux seins nus pillant le mil, fut interdit aux moins de 18 ans.
Pour l’arabe, j’ai dû faire appel à des traducteurs, mais il semble se dégager, entre autres, une fixation sur la mère. Gros complexe d’Œdipe ? Sans doute un marché à creuser pour les psychanalystes. Tout le monde connaît le désormais célèbre : « Nique ta mère ! » avec là encore moult déclinaisons « Ta mère la pute ! » « La tête/vie de ma mère ! ». On m’a parlé d’une expression où ladite mère faute avec des chameaux, ce qui m’a laissé songeur et ouvert des perspectives. Un relent oriental et exotique. La même version existe avec des chiens mais excite décidément moins l’imagination.
Notons au passage que l’espagnol, que je n’ai pas encore approfondi, présente une synthèse franco-arabe intéressante (question de géographie et d’histoire, sans doute) avec l’expression : « Va chier sur ta mère » qui a le mérite d’une certaine souplesse.
L’italien, soucieux de la famille, a toute une batterie d’insultes en lien avec celle-ci : « Bâtard ! » « Cocu ! » « Fils de pute/chien ! ».
Je connais peu très peu l’allemand mais la seule expression « Va là où pousse le poivre ! » pour envoyer paître quelqu’un me donne très envie d’en savoir plus.
Je suis également curieux du monde gitan dont je ne connais que le fascinant « Mange tes morts ! », expression qui ouvre vraiment sur une autre vision de la réalité.
Enfin, le hongrois et son« Puisses-tu chier un hérisson ! », me fais rire aux larmes.
Voilà un bref aperçu. Je ne connais pas toutes les langues, hélas, mais je suis preneur de toute contribution.
Pour finir, une anecdote personnelle. Beaucoup de mes élèves se proposaient régulièrement, dans les couloirs, de se « niquer leur race » ou s’encourageaient mutuellement à la sodomie, et cela pour un oui ou pour un non. Par contre, quand ils se comportaient mal en cours, je me suis rendu compte qu’il me suffisait de les traiter de « faquins, ladres, marauds…», pour les mettre dans une colère surprenante. Ces termes désuets leur semblaient insultants au plus haut point, simplement parce qu’ils ne les comprenaient pas.
Attention donc, s’il vous prend l’envie de traiter un jeune importun de « pisse-froid », de « Jean-foutre » ou de « traîne-patins », sachez que vous risquez une réaction violente. Dites-lui simplement d’aller s’occuper de sa génitrice, il sera en terrain connu.




