
Dans la vie, on ne se retrouve jamais qu’à faire des boucles. On a l’impression d’avancer, mais, en fin de compte, on ne fait jamais que tourner en rond.
On se lève, on mange, on dort, on apprend, on travaille, on gagne de l’argent. On rencontre quelqu’un, on aime, on se sépare. On rencontre à nouveau. On reproduit des schémas, on se reproduit soi-même, un autre naît, puis on meurt.
Tout tourne en rond.
Nous. Vous. L’histoire. La vie. Le monde.
Surtout le monde.
Et puis nous. Surtout nous. Puisqu’après tout et, d’une certaine façon, nous sommes le monde.
Finalement, ce n’est pas si grave.
Ce qui importe, ce sont les micro-écarts. J’ai toujours cru en ce qui était minuscule. Les petits gestes. Les petites choses. Les petites victoires. Un mot prononcé autrement. Un regard qui change d’angle. Quelques attentions singulière.
C’est le changement minime qui ponctue l’histoire. Puis, avec le recul, on parle de révolution. Comme si tout avait basculé d’un coup.
Pourtant, les révolutions se répètent. La Terre ne tourne-t-elle pas sur elle-même ?
Nos trajectoires s’éloignent, puis se rapprochent. Puis s’éloignent. Puis se rapprochent encore. La répétition n’est pas un accident. C’est simplement un dispositif. Celui de l’existence.
On ne revient jamais exactement au même endroit.
Ce sont ces différences infimes qui comptent. Elles seules permettent de distinguer une boucle de la précédente.
Et puis j’ai pensé à la mort.
Vous me direz certainement pessimiste. C’est pourtant le contraire.
Mourir commence peut-être par une croyance simple : croire que les petits écarts ne comptent plus. Que déplacer une chose, écrire une ligne, appeler quelqu’un, ouvrir une fenêtre ou se lever cinq minutes plus tôt ne changera rien.
Moi, je crois que ce qui vit aspire à vivre. Et que vivre commence toujours par un geste.
Taper sur une lettre. Puis une autre. Les agencer. Faire un mot, une phrase, un paragraphe, un texte. Une pensée.
Organiser la vie.
Proprement, si possible. Dans le chaos si cela ne l’est pas.
Mettre une image à côté d’une. Vingt-quatre Vingt-cinq parfois cinquante. Faire séquence. Couper, monter, exporter, compresser. H.2.6.4. Superposer deux idées qui, séparément, ne disaient presque plus rien. Voilà c’est la l’agencement de la vie.
Le reste n’est souvent qu’une question d’ordre.
J’ai connu des gens. Je les ai aimés, puis perdus, puis parfois retrouvés.
J’ai connu des gens. Je les ai perdus, puis souvent regrettés.
La répétition n’empêche pas les erreurs. Les révolutions en sont pleines. Tant mieux. Ce sont elles qui nous empêchent de reproduire la même boucle exactement. Elles font que l’on continue à tourner en rond, mais différemment.
Parfois de très peu.
Une seconde. Un geste. Une décision prise trop tard. Une décision prise trop tard par ailleurs, c’est parfois une décision prise plus tôt que la fois précédente. Alors on cherche à justifier la boucle puis on se dit auteur.
On flotte dans le vide. On ressent la pesanteur. Et, quelques rares fois, on s’arracher un instant à la gravité.
Alors, on appelle cela l’évolution.



