
Je prends rarement les transports en commun. Je préfère marcher.
J’ai bien tort.
L’autre jour en prenant le bus j’ai fait des découvertes stupéfiantes, tant au niveau sociétal (comme on dit dans les articles sérieux) que relationnel, voire à propos du vocabulaire.
Tout d’abord, j’ai remarqué qu’alors que l’on prétend que la marche est bonne pour la santé, ce que je croyais, j’étais beaucoup moins fatigué après un trajet en bus. Au temps pour moi.
En montant, à un usager qui achetait un ticket à l’unité et qui demandait le prix, le chauffeur répondit ; « 1euro douze, tout rond ! ». Cela augurait bien du trajet ! J’allais m’amuser.
Á une époque où je ne sais plus trop quelle réaction attendre des femmes, ni comment me comporter avec elles, sans enfreindre de nouveaux codes, je me rendis compte qu’un voyage en autobus présentait des avantages incroyables. Ainsi je pus dévisager longuement la plupart d’entre elles, m’appesantir sur leur joliesse ou leur beauté, la texture de leurs cheveux, l’élégance de leurs gestes, sans aucun problème. Elles étaient toutes concentrées sur leur téléphone. Un vrai plaisir d’esthète, en toute sécurité, sans ambiguïté !
Par ailleurs, on prétend que la jeunesse n’est plus comme avant, bla bla bla, mais j’ai pu, au contraire, constater une formidable solidarité. Un groupe d’adolescents se tenait devant moi. Ils ne s’adressaient les uns aux autres qu’en s’appelant « frère », filles comprises. Cela me mit du baume au cœur de voir tant d’égalité et de solidarité. Mon enthousiasme fut toutefois tempéré par un sentiment de ras-le-bol et de désillusion général qu’ils exprimaient vertement. Quel que soit le sujet abordé, ils étaient tous d’accord ; « Ils s’en battaient les couilles ! ». Vu le nombre d’occurrence de l’expression, à la fin du trajet, leurs testicules devaient être dans un sale état.
Deux femmes, dont les enfants étaient au lycée, parlaient derrière moi. Leur conversation fut très informative. La fille de l’une avait un exposé à faire sur les énergies renouvelables, les éoliennes et les panneaux photovolcaniques*. Un sujet détonant ! La deuxième se rendait dans une librairie car son fils avait besoin d’une anthropologie* de poésie. Un recueil très humain, à n’en pas douter !
Avant de se quitter, elles se donnèrent rendez-vous pour faire, le samedi suivant, une balade dans une forêt dominicale* proche. Une forêt dominicale ? Un samedi ? Je prévoyais quelques problèmes.
Enfin, à côté de moi un jeune homme parlait de sa soirée du samedi précédent, qui était éclatée et qu’il avait kiffé grave ! La jeune femme à ses côtés était d’accord, la soirée avait été chère cool, de ouf ! Une seule ombre au tableau, quand un certain Hector s’était pointé avec la meuf à Oscar, il y avait eu un moment de « gênance » !
Une telle liberté langagière me ravit. En fait Ségolène, avec sa bravitude, avait raison. Elle avait été visionnaire. Nous entrons dans le temps inventif du néologisme et de la création pure. Quelle découverte ! Me sentant néanmoins de plus en plus décalé, je ressentis une grande solitudarité.
C’est décidé, je reprendrai l’autobus !
*Citations compilées ici mais néanmoins véridiques.




