
Alain Marc écrit là sur l’Art et l’artiste, et nous pauvres innocents qui croyons savoir ce que c’est, sommes de fait perdus et hébétés, titubant dans un labyrinthe éclairé par des flashs stroboscopiques.
L’Art est bien un combat, ce qui nous apparait dès la couverture. Un visage (un cerveau ?) transpercé d’une hache primitive. Plus de visage. En trois traits et un point, comme un dessin de presse efficace, déstructuré par la violence, croquis d’un Charb sous acide ( !) La couleur est annoncée, c’est le rouge. A quelle sauce l’auteur va-t-il nous servir cette guerre-là ? Le tabasco va nous paraître insipide.
« Le premier Rôle de l’art / tiste / est de dire NON/ NON à la cruauté / NON / à la bêtise / Dire NON / au triomphe / au dédain infini / de la FORCE / sur la / Faiblesse »
Il est vrai. Toutefois, à force de dire NON, on pourrait faire accroire que l’artiste ne sait que dire NON, en révolté subventionné permanent qu’il peut être sous nos latitudes. Un contre-exemple me revient. John Lennon prétendait que sa rencontre avec Yoko Ono dans un expo new-yorkaise eut lieu après qu’il soit monté sur une échelle disposée par l’artiste contre un mur et qu’il eut lu tout en haut sur un petit carton le seul mot de « YES ». Si proclamer que la plupart des gens font leur vie en noir et blanc alors que « DANS TOUTES LEURS ŒUVRES les artistes cherchent toujours à la faire en Couleurs » paraît un peu rapide, nous sommes vite remis sur les rails de la langue ulcérée et comminatoire du poète avec : « FOU / MALADE / CREATEUR / Il a toujours vécu / de la condition / HUMAINE »… et « Sans Art / le monde serait / LE GOULAG DE L’ÂME ! »
De notre « conscience somnambulesque » aux masques que l’on porte pour participer au théâtre de la vie, peut-on de nous, pauvres pêcheurs, capturer la vie entière à partir des quelques traits d’un tableau et – question subsidiaire – cela est-il nécessaire pour nous dévoiler ?
Curieux comme dans les chapitres proposés par Alain Marc, les figures des créateurs – sculpteur, peintre, architecte… – qui nous viennent en appui de ses cris se mélangent et semblent servir un rôle différent de celui auquel on les destine. Par exemple un peintre pour sculpter, en l’occurrence un Velasquez parce que « COMMERCE D’ŒIL » pour « donner une certaine permanence à ce qui fuit », dans un silence obstiné », « suspendre HORS DU TEMPS ».
Hésitant à définir l’écriture comme rédemption, salut de l’âme – salut du corps – et montrant aussi une volonté démiurgique par la « recherche de cette floraison ultime qui ne peut venir que de la création », le poète nous bouscule en se déchirant, nous déchire en se secouant. A défaut d’être des tigres de papier, nous sommes des humains de papier.
Chez Alain Marc, les mots convoqués ont de cette intonation religieuse qui sied aux créateurs, croyants ou agnostiques : « Annonciation », « humblement », « Don », « Dieu Présent », « Sauveur de l’Humanité », « Souffrance », « COMMUNION », « SUPPLICE ». Lucide atterré, il sait bien que le héros en nous doit être mobilisé de façon forcenée pour pourvoir être édité, pour être reconnu, pour le rester dans ce maelström humain et la foire d’empoigne.
Souhaitant se fondre dans un blanc carrelé et fractal, il nous projette dans la métaphore de ce qui serait un purgatoire, un enfer, un paradis – rayez la mention inutile – à l’instar de l’astronaute de 2001, l’Odyssée de l’Espace pour lequel la vie, la mort, le temps, l’univers se résument à une chambre immaculée à la lumière crue. Alain Marc nous entraîne dans sa maison intérieure, au total-look Andrée Putman en carrelage 15×15 initiateur de lui-même, dans un exil volontaire qui oscille entre la retraite révélatrice et la folie ménageant cependant un passage vers le salut. A la fin, désireux de s’affranchir – en partie – de son espace immersif passablement mortifère, il ouvre les fenêtres, invite les vitraux colorés sertis de plomb.
… La Conscience
Issue de l’Art
COMME REPONSE
AU NEANT…
Punk post saint-sulpicien, ennemi de la fadeur, l’auteur nous gratifie d’images hallucinées de corps suppliciés en attente de rédemption. Convoquant dans notre imaginaire Le Gréco, Zurbaran ou Rouault, il démantibule les phrases, les mots, les membres. Peintre par procuration hallucinatoire, par la langue il donne à voir, par la poésie il donne à ressentir.
Comme l’écrit le collègue Jean-Pierre Siméon, il sait la voie du poète entre doute et enthousiasme. En deux verbes, la démarche du créateur est définie : « Douter mais Oser ! », et en même temps – volonté de se diluer, de se noyer – « Je n’aspire qu’à ce moment où je pourrai quitter l’Atelier » – « Ma main s’alourdit » – « L’œil se brouille ».
« J’écris POUR NE PLUS AVOIR DE VISAGE ».




